Le savoir-faire culturelchez les infirmières autorisées

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par Laurie Dokis

Remarque de l’éditrice : Laurie Dokis est une Ojibwa et une infirmière autorisée qui s’est un jour transplantée à Westview, une communauté du nord de l’Alberta. Après s’y être établie, elle avait constaté que les infirmières non autochtones se butaient à l’écart entre leurs propres attitudes en matière de santé et celles de leur clientèle autochtone. Il lui semblait que le problème exigeait, de part et d’autre, une meilleure compréhension des conceptions de l’autre sur la santé et la collectivité. Même si elle n’envisageait pas alors de devenir spécialiste en la matière, Laurie Dokis s’est retrouvée malgré tout à jouer le rôle d’intermédiaire entre les deux cultures.

Laurie a parcouru beaucoup de chemin depuis. Elle poursuit actuellement des études de maîtrise au département des sciences de la santé de l’Université de l’Alberta, où elle rédige un mémoire sur le savoir-faire culturel chez les infirmières autorisées.

L’automne dernier à Calgary, dans le cadre du Congrès national sur la santé des Autochtones, Laurie animait un atelier sur le sujet auquel ont participé en grand nombre des praticiennes de la santé, des décisionnaires et des Autochtones. Délaissant le format habituel de la conférence, l’atelier a débuté par un cercle de partage au cours duquel chaque participante a précisé d’où elle venait et ce qu’elle cherchait à apprendre en matière de savoir-faire culturel. Laurie a répondu aux questions et une aînée autochtone a ensuite raconté les problèmes auxquels elle s’était butée dans le système de santé.

J’ai demandé à Laurie de m’entretenir de son projet d’étude. Voici un résumé de ses constats et de ses recommandations.

Le savoir-faire culturel est un atout important pour les infirmières autorisées qui travaillent auprès de groupes culturels divers. La sensibilité à la diversité culturelle contribue à raffermir et à élargir le spectre des résultats mesurables en matière de soins infirmiers, à établir des programmes rentables et à favoriser les meilleures pratiques possibles au sein de la profession.

Les experts en santé des Autochtones s’entendent sur la nécessité d’offrir des soins infirmiers adaptés aux réalités culturelles, comme en font état l’Enquête régionale sur la santé des Inuits, la Commission royale sur les peuples autochtones, le rapport Bridging the Gap de l’Association médicale canadienne et le Rapport sur la santé des femmes autochtones.

Par conséquent, améliorer le savoir-faire culturel chez les infirmières autorisées devrait constituer une priorité pour les organismes autochtones, les infirmières praticiennes et les gestionnaires de la régie régionale de la santé de Westview (WHRA), au nord de l’Alberta. Tout projet en ce sens devrait comprendre les critères d’évaluation suivants : évaluer la mesure dans laquelle les disparités entre Autochtones et non-Autochtones sur le plan des croyances en matière de santé influent sur la planification et la prestation des services infirmiers; accroître l’accès des Autochtones aux services offerts à l’ensemble de la population; améliorer la qualité des services infirmiers et les résultats en matière de santé chez la population autochtone; enfin, augmenter les ressources financières dans le but d’offrir des services de santé spécialisés aux populations autochtones.

Développer le savoir-faire culturel des infirmières autorisées, approfondir la compréhension mutuelle entre Autochtones et non-Autochtones et répondre aux critères d’évaluation établis : tels sont les buts visés par les recommandations de principe présentées ici en quatre volets.

Les deux premiers volets se dérouleraient sur une période de trois à cinq ans et seraient financés par des sources non autochtones.

Au cours du volet initial, on élaborerait et mettrait en place un programme obligatoire d’initiation aux différences culturelles destiné aux infirmières. Étant donné le caractère informel des relations entre la régie régionale de Westview et les organismes autochtones de la région, de même que les ressources limitées de ces derniers, c’est la régie qui se chargerait de financer cette formation. Cet apport serait considéré comme un gage de sa bonne volonté et constituerait un premier pas dans l’établissement d’un partenariat coopératif.

Le second volet verrait l’embauche d’une conseillère en relations interculturelles, dont la tâche consisterait à fournir les ressources nécessaires en matière de formation continue.

Dans le troisième volet, le programme d’initiation aux différences culturelles continuerait d’être une condition obligatoire à l’embauche; il serait financé grâce aux sommes accordées à l’échelle régionale pour la formation des infirmières.

C’est à cette étape du processus que l’on transférerait le programme aux organismes autochtones, en formant un conseil consultatif autochtone sur les relations interculturelles. Ce dernier serait chargé de continuer à perfectionner le programme d’initiation, de l’offrir et de l’évaluer.

Il est indispensable que, tout au long de ce projet, l’on entretienne un partenariat fécond entre les organismes autochtones et non autochtones. L’expérience ainsi acquise pourrait ensuite s’étendre au ministère des Études supérieures, avec l’objectif à long terme d’accroître le nombre d’infirmières autochtones, ce qui permettrait de constituer un corps infirmier représentatif.

Les fruits récoltés à court terme grâce à ce programme d’initiation aux différences culturelles et au travail de la conseillère contribueraient à faire progresser les objectifs à plus long terme que sont l’autodétermination des collectivités autochtones en matière de santé et la présence accrue des Autochtones dans le domaine des soins infirmiers.

La santé n’est pas seulement une affaire de services. La possibilité pour les peuples autochtones de participer à part égale aux décisions qui les touchent se traduira par un renouvellement sur les plans politique et économique, ce qui devrait bénéficier la société entière.