Papalooza et les oubliées du test de Pap: une campagne de sensibilisation Pour célébrer et promouvoir la santé des lesbiennes et des transsexuel(le)s

Taille du texte: Normal / Moyen / Grand
Version imprimableVersion imprimable


Papalooza et les oubliées du test de Pap: une campagne de sensibilisation Pour célébrer et promouvoir la santé des lesbiennes et des transsexuel(le)s
par Jacquelyne Luce

«'Mon médecin m'a dit que je n'en avais pas besoin parce que j'étais lesbienne!'» La première fois que j'ai entendu de tels propos, je suis restée bouche bée. En tant qu'infirmière de rue travaillant pour la Clinique de Bute Street (Vancouver), je me demandais pourquoi les femmes qui avaient des relations sexuelles avec les femmes avaient rarement accès au test de dépistage de MTS, y compris le test de Pap, à notre clinique. À mon grand désarroi, j'étais de plus en plus convaincue que les pratiques de dépistage étaient davantage fondées sur la mythologie plutôt que sur un savoir relevant de la recherche, en ce qui a trait aux femmes ayant des rapports sexuels avec d'autres femmes», a déclaré Kathryn Collister, infirmière.

Dernièrement, au cours de mon propre test de dépistage, j'ai eu une discussion avec mon médecin sur les besoins des lesbiennes en ce qui a trait à la nécessité de passer des tests de Pap de façon régulière. « Y a-t-il chez vous, les lesbiennes, des cas de cancer de l'utérus?»" a-t-elle demandé. Apparemment, une sommité du cancer lui avait dit que les femmes qui n'ont jamais eu de relations sexuelles avec les hommes n'avaient pas besoin de test de Pap.

Le 13 mars 2001, un peu plus de quarante personnes étaient présentes au lancement du « Programme pour la santé des femmes queer et des transsexuel(le)s » à Vancouver, en Colombie-Britannique. Le programme est coordonné par The Centre: A Community Centre Serving and Supporting Lesbian, Gay, Transgendered, Bisexual People and their Allies [Le Centre : un centre communautaire desservant et soutenant les lesbiennes, gais, transgen-deristes et bisexuel(le)s et leurs allié(e)s], en partenariat avec des groupes communautaires et des centres de santé, et soutenu par des organismes, des entreprises et des particuliers qui ont consacré du temps, mis à profit leurs compétences et donné des prix. La série promeut et célèbre la santé au sein des communautés lesbiennes et transsexuelles.

Notre définition de « femmes queer » et de « femmes ayant des relations sexuelles avec les femmes » (FRSF) inclut les femmes qui ont des rapports sexuels avec les femmes, les femmes qui ont des relations avec les femmes et les hommes, et les personnes transsexuel(le)s. Le terme « trans » inclut les femmes prenant une identité masculine (FIM), et les hommes prenant une identité féminine (HIF), les transgenderistes, les transsexuel(le)s et les personnes s'identifiant comme queer.

L'une des principales composantes du programme est le projet Papalooza: The Smear Campaign [Papalooza, pour les oubliées du test de Pap]. Il s'agit d'un projet de santé et d'éducation qui combine la sensibilisation, l'éducation et les services de dépistage de MTS et de test de Pap. Les femmes queer et les transsexuel(le)s font face à d'importants obstacles lorsqu'ils veulent accéder à des services de santé adéquats et constituent une population mal desservie. De plus, le taux de dépistage est faible chez ce groupe.

Malgré la confusion qui existe chez les femmes queer, les
transsexuel(le)s et les médecins quant à qui devrait subir des tests de dépistage, à quelle fréquence et pour quelles raisons, les pratiques de dépistage doivent être appliquées chez toutes les femmes qui ont eu des relations sexuelles ou qui ont atteint l'âge de 18 ans. Le test de Pap détecte les changements survenant aux cellules de l'utérus, lesquels sont souvent précurseurs d'un cancer. Un dépistage précoce de ces changements cellulaires facilite le traitement et favorise la prévention d'un cancer de l'utérus envahissant.

Selon Santé Canada, le fait d'avoir des relations sexuelles à un jeune âge, d'avoir des partenaires sexuels multiples, d'avancer en âge, d'avoir été atteinte du papillomavirus, de fumer du tabac et d'appartenir à un groupe défavorisé sur le plan socioéconomique constituent les principaux facteurs de risque qui peuvent mener au cancer de l'utérus. La recherche a prouvé l'existence d'un lien important entre le papillomarivus, une MTS très répandue, et les changements cellulaires au sein de l'utérus. Bien que plusieurs de ces infections s'estompent rapidement, certaines d'entre elles persistent. En raison d'une longue période, soit 15 à 20 ans, avant qu'un cancer envahissant ne puisse être détecté, la plupart des cellules précancéreuses peuvent être repérées avant que le cancer ne se répande.

Les préjugés portant sur les comportements sexuels et sur la transmission des MTS influent sur les pratiques dans le domaine de la santé et sur la prestation de soins de santé. Ils agissent sur le statut des femmes queer et des transsexuel(le)s et influencent les professionnels de la santé, lesquels sont mal informés en ce qui a trait à l'importance d'effectuer auprès de cette clientèle des tests de Pap de façon régulière. L'absence de recherche historique sur la trans-mission des MTS entre femmes a produit un « savoir » dans le domaine des soins de santé qui présume un taux de transmission faible ou inexistant chez ces populations. Ceci porte faussement à croire que les queer queer ne sont pas à risque en ce qui a trait au cancer de l'utérus et qu'elles n'ont pas besoin de tests de Pap.

Le papillomavirus peut être transmis par un contact cutané direct. Des occurrences de cette maladie ont été signalées chez des femmes qui ont dit ne jamais avoir eu de rapports sexuels avec les hommes. Elle peut être détectée au bout des doigts et peut donc être transmise entre femmes. De plus, la plupart des femmes qui ont des rapports sexuels avec les femmes ont déjà eu des relations sexuelles avec les hommes, et plusieurs en ont toujours. Aussi, les femmes qui n'ont jamais eu de relations sexuelles avec les hommes ont eu des rapports avec des femmes qui ont eu des relations avec des hommes.

Puisque le déclenchement d'un cancer de l'utérus envahissant lié à une infection au papillomavirus peut survenir beaucoup plus tard, il faut sensibiliser les femmes et les professionnels de la santé à la nécessité d'identifier les antécédents sexuels et les pratiques sexuelles exercées dans le présent, dans le cadre de leurs discussions concernant les comportements sexuels, les risques de MTS et le test de Pap. L'idée préconçue selon laquelle les MTS ne sont pas transmissibles entre femmes, combinée à une pratique moins fréquente ou inexistante de dépistage à l'aide du test de Pap, peut augmenter le risque d'être atteinte d'un cancer de l'utérus non détecté chez les femmes qui ont des relations sexuelles avec d'autres femmes.

Le « Comité de planification du programme de santé pour les femmes queer et les transsexuel(le)s » reconnaît également la nécessité de diffuser de l'information concernant les besoins spécifiques des transsexuel(le)s en matière de santé. Des tests de dépistage pour le papillomavirus et le cancer du rectum pour les femmes qui ont des relations anales avec pénétration font présentement l'objet de recherches et la pratique de tels tests sera possiblement intégrée dans de futures séances de dépistage.

La campagne « Papalooza, pour les oubliées du test de Pap » intègre les services de santé à des activités sociales et éducatives agréables. Des séances de dépistage ont déjà été tenues les soirs, dans trois différents quartiers de Vancouver. L'objectif était de permettre aux femmes queer et aux transsexuel(le)s (FIM/ HIF) d'accéder aux tests de dépistage. Chaque séance comporte des activités mettant l'accent sur un thème spécifique, y compris l'amour de son corps, l'identité sexuelle, et la santé génésique et sexuelle. Des lectures de poésie livrées par des artistes de la région, des ateliers d'expression artistique, des présentations de vidéos et des discussions sur les jouets sexuels et la santé sexuelle sont offerts dans le cadre des séances qui sont menées partout dans la ville. Ces activités favorisent la visibilité des séances de dépistage et celle des professionnels de la santé ainsi que l'accès des communautés de femmes queer et de transsexuel(le)s à ces services.

Ces séances de dépistage durent trois heures et se déroulent le soir. Elles sont dirigées par deux infirmières qui s'identifient elles-mêmes comme lesbiennes, queer ou sensibilisées à la réalité queer. On peut se présenter sur rendez-vous et un temps est alloué pour des consultations ponctuelles. Un rendez-vous d'une durée d'une heure offre suffisamment de temps pour dresser l'histoire des antécédents complets sur la santé sexuelle et génésique, le dépistage de MTS et l'administration d'un test de Pap. L'intervenante peut aussi discuter avec la cliente et la sensibiliser, ce qui est très important pour assurer la santé des femmes queer. À la fin d'une consultation, chaque cliente reçoit un « sac de petites gâteries » contenant des huiles pour le bain, du savon, des digues dentaires à saveur de vanille et de fruits sauvages, des condoms et des gels lubrifiants. La cliente est aussi admissible à un tirage dont le prix est une nuit dans un gîte du passant pour femmes, sur l'île de Vancouver.

Une conseillère est présente sur les lieux au cours de chaque séance pour intervenir en cas de crise ainsi que pour les activités de débreffage et d'aiguillage, puisqu'un examen pelvien peut provoquer une anxiété extrême chez les femmes survivantes d'abus sexuels ou les femmes qui ont eu de mauvaises expériences avec des professionnels de la santé. De plus, un examen régulier peut souvent ouvrir la porte et permettre à une cliente de communiquer des problèmes psychosociaux nécessitant une attention immédiate.

La campagne Papalooza et le Programme pour la santé des femmes queer et des transsexuelles offrent un modèle unique d'activités de sensibilisation et invitent les interlocuteurs communautaires à collaborer et à développer des méthodes créatives pour promouvoir la santé. Bien que le nombre de clientes qui se sont présentées au début soit peu élevé, les séances font l'objet d'une rétroaction extrêmement positive. Elles représentent un engagement de la part des prestataires de soins communautaires et des consommatrices, qui reconnaissent le besoin d'offrir desservices de santé ouverts aux queer.

Les idées préconçues selon lesquelles les femmes ayant des relations sexuelles avec d'autres femmes n'ont jamais eu de rapports sexuels avec les hommes et selon lesquelles les MTS, comme le papillomavirus, ne peuvent être transmises entre femmes, sont fausses. Bien que les femmes qui ont des relations sexuelles avec d'autres femmes soient moins à risque, elles ne sont pas dégagées de tout risque. Les professionnels de la santé doivent répertorier les antécédents sexuels de façon méticuleuse. Ils doivent demander « Avez-vous des relations sexuelles avec les hommes, avec les femmes, avec les deux? » et reconnaître que les comportements sexuels, les pratiques et l'identité sexuelle peuvent changer au cours du temps.

Une conscience accrue et un dialogue continu entre les médecins de famille, les infirmières, les pourvoyeurs de services sociaux et les consommatrices concernant les besoins des femmes queer et des transsexuel(le)s en matière de santé sont essentiels. Papalooza se poursuivra en tant que projet de sensibilisation continu dans le domaine de la santé, avec des séances de dépistage qui seront tenues dans la région de Vancouver, là oùle personnel démontre de l'intérêt et aménage du temps et de l'espace à cet effet.

Jacquelyne Luce est une anthropologue médicale menant des recherches sur les questions concernant la santé des femmes queer.