La vieille femme en moi

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La vieille femme en moi
par Laura Fee

Une vieille femme habite en moi. C'est moi dans trente ou peut-être quarante ans. Les chiffres importent peu, mais elle est vieille, et moi, je ne le suis pas. Mais je veux le devenir. Un jour, je veux atteindre l'apogée de ma vie, me retourner et apprécier le chemin que j'ai parcouru.

Je la perçois comme une main aimante sur mon épaule. C'est une femme de paroles, de sagesse et de réconfort. C'est une présence constante, une guide, une force qui ne passe pas inaperçue. Je ne suis pas toujours consciente de sa présence, mais, comme une ombre, elle est toujours là.

Si je ferme les yeux, je peux la voir. Ses cheveux sont argentés, frisottants et coupés courts. Elle est maigre mais étonnamment forte, à cause de toutes les années qu'elle a passées à bouger la terre dans le jardin et à danser sur la pelouse. Son visage joliment ridé porte les traces du rire plus que de la sévérité. Chaque ride est une victoire. Les cicatrices qui marquent son corps, couleur d'argent, ne sont plus aussi prononcées, et elle les arbore fièrement, comme une preuve des combats qu'elle a gagnés et en mémoire des ennemis vaincus.

Elle a tant d'histoires à raconter et elle retient quiconque veut bien les entendre. C'est un grand privilège, selon elle, de pouvoir ennuyer les gens avec les histoires d'autrefois. Je me souviens, dira-t-elle, et si leur regard se perd dans la rêverie, elle ne le remarquera pas. Elle sera dans d'autres lieux, d'autres temps, entourée des êtres aimés, des animaux et des amis qui remplissent ses jours. Elle parle du bon vieux temps mais apprécie chaque jour qu'elle vit.

C'est une idée que je porte en moi, une image que je peux conjurer lorsque j'ai peur et que j'ai besoin d'entrer en contact avec une grande force positive. Elle était avec moi lorsque j'étais en chimiothérapie, les veines fatiguées et grises, regardant le liquide, le noir d'abord, puis le rouge, s'écouler en moi. Elle m'accompagnait dans la salle de radiation où j'étais couchée, seule et immobile, suppliant les machines d'exercer leur magie. Elle me portait lorsque mon corps maigre et endolori ne pouvait plus faire un autre pas.

Elle m'aide à croire que je vais atteindre ce sommet et porter ces rides. Elle me réconforte en me montrant un tout petit peu l'avenir. Un avenir dans lequel je serai vivante.

Laura Fee a survécu au cancer du sein et étudie la création littéraire au Malaspina University-College. Elle vit dans la région de Cowichan Valley, sur l'île de Vancouver, où elle cultive des vignes, élève ses enfants et se voue à l'écriture. Vous pouvez la joindre à l'adresse suivante :olga57@home.com