Les conséquences de la diversité culturelle

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par Bilkis Vissandjee

La diversité culturelle est devenue une caractéristique déterminante d’un nombre croissant de sociétés. Mais qu’entendons-nous par le terme « diversité culturelle »? D’abord, cette notion est difficilement définissable, en raison des multiples significations du mot « culture ». De plus, l’expression révèle la présence d’au moins deux réalités distinctes, souvent en interaction. Dans un premier temps, le terme « diversité culturelle » fait référence à la diversité au sein d’un système culturel donné. Ce système comprend un ensemble de croyances et de référents fondamentaux, plus ou moins bien définis et partagés. Toutefois, la population qui partage ces éléments de base ne constitue pas un groupe homogène mais plutôt un ensemble composite formé de sous-cultures et de sous-populations de dimensions variables.

Chacune de ces sous-populations expérimente et influence la réalité socioculturelle plus large de façon différente, en fonction de ses besoins, de sa position et de ses aspirations spécifiques au sein des dynamiques de pouvoir. Par contre, chacune de ces populations est composée d’individus qui, à la fois, se ressemblent et ne se ressemblent pas. Plus précisément, chaque individu possède une identité complexe définie en termes d’appartenance à une myriade de groupes sociaux. Les femmes et les hommes, par exemple, constituent deux grands sous-groupes extrêmement hétérogènes. Contrairement à ce qu’affirme Gertrude Stein, le fait existentiel et politique d’être une femme détermine l’appartenance à divers autres groupes sociaux et est influencé par ces diverses appartenances.

Dans un deuxième temps, le terme « diversité culturelle » fait référence à la cohabitation de différents systèmes culturels, ou du moins à l’existence d’autres groupes sociaux importants façonnés par ces différentes cultures au sein de mêmes frontières géopolitiques, comme c’est le cas pour les pays qui, tel le Canada, accueillent d’importantes populations immigrantes en croissance.

La perspective incluse dans la première définition du terme « diversité culturelle » s’applique aussi à cette deuxième notion. Toutefois, le portrait qui s’en dégage est plus complexe étant donné la présence de plusieurs ensembles culturels de valeurs et de référents fondamentaux ayant de multiples interactions dont la nature nous échappe encore. Ces interactions sont influencées par la proximité culturelle, par les relations entre majorité et minorité, par les trajectoires migratoires, par les conditions économiques dans le pays d’accueil, et par la durée du séjour, l’âge, l’appartenance à un sexe et les rôles associés aux hommes et aux femmes.

Bien qu’il soit important de poursuivre la démarche qui nous amène à définir la notion de diversité culturelle, il est aussi important de se pencher sur ses conséquences, notamment sur la santé des femmes, un créneau encore nouveau aux yeux des chercheurs et du public général. Étant donné leur appartenance socio-culturelle différente, les individus, les groupes ou les populations ne vivent pas tous et toutes les déterminants de la santé de la même manière. Ce qui est pertinent en termes de déterminants de la santé, de pratiques de santé, d’interventions, de planification, de programmes, de politiques et de recherche pour un groupe particulier ne s’applique pas nécessairement à un autre groupe. Tous n’ont pas la même conception de la santé. Reconnaître cette réalité influence grandement la manière dont les besoins sont définis et identifiés, la façon de dispenser les services à différents niveaux du système de santé ainsi que l’évaluation des effets sur l’état de santé des populations.

Le défi est de développer des outils de recherche, d’intervention et de planification qui mèneront à une meilleure compréhension des dynamiques générées par la diversité en matière de santé, à la fois au sein et à travers les groupes ou les (sous)-populations. Si nous définissons la diversité en termes de statuts différents, nous aborderons alors la discussion sur l’appartenance à un sexe et sur les rapports sociaux entre les sexes avec le défi de développer des modèles pouvant saisir et intégrer la façon dont ces différents statuts coexistent et interagissent.

Nous devons absolument tenir compte du fait que l’appartenance à un sexe ne constitue pas une catégorie homogène. Sa signification varie d’une culture à l’autre et au sein d’une même culture. Les préoccupations des femmes en ce qui a trait à la santé ne se définissent pas facilement pour diverses raisons. D’une part la norme est d’appliquer aux femmes les mêmes facteurs de risque qui s’appliquent aux hommes de sorte que les facteurs de risque plus appropriés aux femmes ne reçoivent pas l’attention qu’ils méritent. D’autre part, nous commençons à peine à comprendre comment les rapports sociaux entre les sexes ne constituent pas une catégorie unitaire et interagissent avec d’autres déterminants de la santé, tout en les structurant.

La recherche a aussi commencé à analyser les liens entre les rapports sociaux hommes-femmes et la culture. Les normes culturelles définissant les rôles sexuels parmi certaines populations immigrantes sont très différentes des valeurs dominantes de la société canadienne et elles influencent les comportements en matière de santé. Par exemple, des études ont démontré qu’il existe un lien entre les croyances culturelles et le fait que certaines femmes immigrantes sont moins portées à participer à des programmes de dépistage du cancer, notamment à subir une mammographie ou un Pap test. D’autres travaux mettent en évidence le fait que les femmes immigrantes originaires de certains pays ont des préoccupations particulières liées aux pratiques d’incision et d’infibulation et elles sont moins portées à consulter des professionnels de la santé parce qu’elles craignent d’être mal comprises ou jugées.

De nombreuses questions demeurent quant à la nature précise de la relation entre les facteurs socioculturels et la santé physique et mentale des femmes immigrantes. Bien qu’il y ait lieu de croire que les modèles dominants de santé ne répondent pas de façon adéquate aux besoins des femmes de diverses origines culturelles, l’étendue de cette lacune n’est pas identifiée de façon précise car l’ampleur et la diversité des besoins des femmes en matière de santé ne sont pas bien connues.

Étant donné l’état actuel des connaissances, les conséquences de la diversité culturelle sur la santé des femmes peuvent, à mon avis, être résumées en soulignant deux lacunes importantes en matière de recherche, de planification et d’intervention dans le domaine de la santé. La diversité culturelle nécessite l’élaboration de modèles plus complexes et plus sensibles aux interactions entre les divers déterminants de la santé.

Considérant que Santé Canada a identifié 12 déterminants de la santé, notamment la culture, l’appartenance à un sexe et les rapports sociaux entre les sexes, il faut absolument tenir compte de l’expérience migratoire dans l’analyse des facteurs agissant sur la santé. En ce qui a trait à la situation des femmes, cela signifie qu’il faut considérer la diversité de leurs statuts, au sein de systèmes culturels particuliers ainsi que dans les interactions entre différents systèmes culturels.

Cette tâche est difficile mais elle s’avère une démarche nécessaire pour comprendre et analyser les effets de la diversité sur la santé des femmes.