Les femmes, la diversité et l'accès aux soins de santé dans les provinces de l’Atlantique: une perspective préliminaire

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Les femmes, la diversité et l'accès aux soins de santé dans les provinces de l’Atlantique: une perspective préliminaire
par Carol Amaratunga, Ph.D.

Le système de santé dans les provinces de l’Atlantique ne peut aider adéquatement les minorités immigrantes, réfugiées et raciales s’il ne peut les entendre ni les voir. Donc, lorsqu’il est question d’assurer à des populations diverses un accès aux soins de santé, l’une des préoccupations dominantes dans le dossier est leur invisibilité au sein du système.

Des recherches récentes parrainées par le Centre d’excellence pour la santé des femmes, région des Maritimes (CESFM), ont révélé un manque de connaissances très important en ce qui a trait à l’accessibilité aux soins de santé pour les sous-populations défavorisées en général, notamment pour les femmes, dans la région de l’Atlantique. Ce manque d’information quant à la vie des femmes de minorités ethniques et leur famille ­ surtout les femmes autochtones, noires, immigrantes et réfugiées ­ constitue l’un des obstacles majeurs qui font qu’elles ne peuvent bénéficier de soins adéquats. La voix de ces populations « oubliées » mérite une plus grande attention et doit être considérée lorsque les programmes et les politiques sont élaborés au sein du système de santé.

Environ une douzaine de projets de recherche portant sur les femmes immigrantes et réfugiées dans les provinces de l’Atlantique et parrainés par le CESFM contribuent à favoriser une meilleure compréhension de la question. Ces projets visent à élaborer un corpus de recherche essentiel axé sur les politiques portant sur les besoins en matière de santé selon l’origine ethnique, et traitent les résultats de recherche en tenant compte des différences entre les sexes. Ils nous révèlent également l’information suivante : bien que les soins de santé soient officiellement « disponibles » pour les groupes marginalisés comme ils le sont pour le public général, dans les provinces de l’Atlantique, la langue et les questions liées à la culture peuvent grandement limiter l’accès à des soins adéquats. C’est notamment le cas pour les nouvelles minorités ethniques. Leur petit nombre fait qu’elles peuvent souvent être oubliées ou exclues si des efforts particuliers ne sont pas faits pour signaler leur présence auprès des instances responsables des politiques de santé.

Des recherches régionales menées auprès de populations diverses et exclues ont révélé que la langue, la culture et la recherche médicale constituent trois obstacles majeurs qui empêchent les sous-populations ethniques d’accéder à des soins de santé adéquats.

Il faut augmenter le nombre et améliorer la formation des interprètes œuvrant en soins de santé pour aider à prévenir les malentendus et améliorer les processus de communication quant aux diagnostics. Une formation pour interprètes dans le domaine de la terminologie médicale et de la traduction culturelle et linguistique contribuerait aussi à améliorer le contact qu’ont les immigrantes avec les médecins et les infirmières. Leurs besoins pourraient être mieux exprimés, leurs voix mieux entendues. Il existe parallèlement un besoin d’augmenter le nombre d’organismes qui dispensent de l’information vitale et une éducation sanitaire dans la langue de l’immigrante, une information qui l’initiera à l’utilisation du système et aux questions liées à la santé. Les systèmes de santé provinciaux dans la région de l’Atlantique doivent développer des politiques complémentaires qui intègrent les questions multiculturelles dans les programmes destinés aux pourvoyeurs de soins et aux étudiantes en sciences infirmières. Une formation portant sur les questions de diversités, dispensée au personnel médical et aux employés de soutien, doit être intégrée aux politiques et aux pratiques avant que le système ne puisse dispenser des services qui répondent aux réalités culturelles.

Des recherches portant sur l’inclusion sociale et économique, axées sur la culture et les communautés, doivent être menées pour établir des fondements en ce qui a trait aux politiques, à l’éducation professionnelle et, en bout de ligne, à la prestation de services. Sans de telles recherches, la base de connaissances portant sur les besoins divers des minorités raciales en matière de santé ne peut être établie. La recherche doit identifier les besoins des femmes, des aînés et des enfants à partir d’une analyse fondée sur les facteurs culture, âge et rapports sociaux entre les sexes. La recherche doit aussi identifier des procédures concrètes visant à mieux intégrer les populations exclues dans les programmes de santé destinés à la population générale.

Le Centre d’excellence pour la santé des femmes, région des Maritimes, mène des recherches à l’échelle régionale en matière de diversité, d’inclusion et de santé, et ce, de façon continue, pour contribuer à améliorer les connaissances sur la question. Nous participons également à un groupe de travail pancanadien sur la question de la santé des femmes immigrantes et réfugiées au Canada, qui, nous espérons, contribuera au dossier et guidera en bout de ligne les politiques gouvernementales.

Mais il reste beaucoup à faire. En l’absence d’un Métropolis ­ Centre d’excellence national pour la recherche sur l’immigration en région Atlantique, il faut absolument mettre sur pied un plus grand nombre de ressources pour nous permettre d’identifier et de servir les besoins légitimes des minorités raciales et ethniques au sein du système de santé canadien. Pour plus d’information sur ces questions et sur d’autres projets concernant l’inclusion sociale et économique, nous vous invitons à visiter notre site Web : www.medicine.dal.ca/mcewh

Carol Amaratunga, Ph.D., est directrice exécutive du Centre d’excellence pour la santé des femmes, région des Maritimes (CESFM), soutenu par l’Université Dalhousie, le IWK Grace Health Centre for Children, Women and Families, Santé Canada et par de généreux dons anonymes.