La tristesse après l'accouchement : la dépression du post-partum

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par Corinne Mahar-Sylvestre

Il y a peu de temps, une femme de Toronto du nom de Suzanne Killinger-Johnson s'est jetée devant le métro avec son bébé de six mois dans les bras.

Son enfant a été tué sur le coup et elle est morte à l'hôpital peu de temps après. J'ai entendu tellement de gens dire avec mépris " Comment une mère peut-elle faire ça à son enfant? "

Lorsque j'ai eu cette nouvelle, j'ai éprouvé tellement de tristesse pour Suzanne, son bébé et sa famille. Je me suis sentie chanceuse aussi du fait que mon bébé et moi avions échappés à un tel sort.

Je suis travailleuse sociale, monitrice de cours prénataux et personne de soutien (assistante professionnelle à la maternité). J'ai aussi un beau garçon âgé de 18 mois nommé Ben.

Les premiers mois suivant mon accouchement, j'ai souffert d'une grave dépression du post-partum. Non seulement étais-je émotivement incapable de vraiment aimer mon fils mais j'avais aussi des fantasmes de mettre fin à sa vie et aussi à la mienne.

Les fantasmes liés à la dépression du post-partum (DPP) sont comme un magnétoscope projetant sans arrêt les mêmes images dans votre tête. Je m'imaginais constamment en train d'échapper mon fils et entendre le son de l'impact de son corps sur le sol.

Dans mes fantasmes, je m'approchais de son berceau et j'éprouvais un soulagement en constatant qu'il avait été frappé de la mort subite du nourrisson.

Parmi les images types qui traversent l'esprit des femmes souffrant de DPP, il y a le couteau sanglant, le bébé qui chute dans l'escalier ou le bébé dans le four - les scènes les plus horribles que vous pouvez imaginer.

Lorsque, dans mon esprit, le suicide était devenu la seule option " raisonnable ", je savais que j'avais besoin d'aide.

Comme la plupart des femmes atteintes de DPP, je n'aurais probablement jamais passé à l'acte. Mes fantasmes étaient un symptôme de ma maladie, un déséquilibre chimique dans mon cerveau.

C'est en parlant de mon vécu que j'ai commencé mon processus de guérison.

Je me suis sentie tellement soulagée de ne plus être seule avec ces pensées dans ma tête. J'avais maintenant d'autres personnes avec qui partager ce fardeau et pour me rappeler qu'il est normal d'avoir ces pensées lorsqu'on est atteinte de DPP et que le fait de les avoir ne veut pas dire que l'on va faire du mal à son bébé.

La Dr Killinger-Johnson était atteinte d'un type de dépression du post-partum plus rare et plus grave, connu sous le nom de psychose du post-partum.

Les femmes souffrant de psychose du post-partum font parfois l'expérience d'un état de conscience modifié et peuvent vraiment croire qu'elles entendent des voix qui leur ordonnent de tuer leurs enfants ou de se suicider.

Parfois, une femme souffrant de symptômes de DPP peut voir son état empirer si elle n'est pas traitée et peut éprouver des symptômes de psychose qui peuvent s'amplifier au point où elle peut devenir dangereuse pour elle-même et son enfant.

Il est possible que ce fut le cas de la Dr Killinger-Johnson. Toutefois, comment une telle chose a-t-elle pu se produire chez une femme qui était thérapeute et médecin?

Pourquoi n'a-t-elle pas sollicité de l'aide avant que la situation ne se détériore tant? Une telle question ne tient pas compte de la honte qui accompagne la dépression du post-partum.

Il se peut que, comme moi, elle ait eu peur de décevoir ses amis et sa famille qui s'attendaient à ce qu'elle soit une excellente mère.

Dans notre société, nous offrons très peu de soutien concret aux nouveaux parents, sinon aucun. Souvent, les familles demeurent loin et les nouveaux parents demandent rarement de l'aide puisqu'on s'attend d'eux qu'ils se débrouillent seuls et qu'ils soient heureux de le faire.

En racontant mon histoire, j'espère communiquer le fait que les femmes ont besoin de partager plus ouvertement leurs expériences en tant que mères et de partager leur savoir, se soutenir.

Maintenant, je crois sincèrement que je suis une meilleure personne, une meilleure mère, une meilleure conjointe et une meilleure personne de soutien grâce à mon vécu. Le partage concernant les réalités de la maternité est tellement important.

Comment cette tragédie aurait-elle pu être évitée?

D'abord, nos attentes en rapport à la maternité doivent être plus réalistes.

Pour la plupart des femmes, la fonction maternelle ne relève pas de l'instinct, comme on nous l'a appris, mais plutôt d'un apprentissage. Nous oublions que jusqu'à dernièrement, les femmes vivaient dans des communautés où elles bénéficiaient d'un énorme soutien de la part de la famille étendue et des amies.

Les bébés étaient nourris en public et les soins prodigués aux nourrissons étaient un sujet de conversation de tous les jours.

Aujourd'hui, les mères ne bénéficient pas de ce type de soutien et doivent savoir que c'est normal et même admirable de demander de l'aide et de rechercher l'appui des organismes communautaires.

Deuxièmement, en tant que consommatrices, nous devons exiger des soins de santé adéquats.

Au cours de la dernière année, plusieurs participantes d'un groupe de soutien que j'anime ont témoigné qu'on leur a refusé des médicaments pour leur DPP parce qu'elles allaitaient ou qu'on leur a dit qu'elles ne pouvaient prendre des médicaments que si elles interrompaient l'allaitement.

De plus, peu de médecins effectuent un examen approfondi au cours de la visite post-partum à la sixième semaine.

Chaque femme devrait subir un examen pour déceler la DDP, exécuté par son médecin ou la sage femme. Un tel examen doit inclure quatre questions de base : Mangez-vous? Dormez-vous? Sortez-vous de la maison? Avez-vous des pensées qui vous font peur?

Je pense à Suzanne qui se tenait debout, sur le quai du métro, et j'imagine la douleur atroce qu'elle a dû éprouver. J'aurais souhaité que les choses aient été différentes et qu'elle ait pu bénéficier de l'aide dont elle avait tant besoin.

Il y a des mères dans notre société qui vivent présentement la même expérience. Si tel est votre cas ou celui d'une femme de votre famille, demandez de l'aide.

Corrine Mahar-Sylvestre est travailleuse sociale, monitrice de cours prénataux, personne de soutien et mère.


Pour plus d'information :

PASS-CAN (Postpartum Adjustment Support Services of Canada) Service d'aide et de soutien Tél. : (905) 844-9009
Téléc. : (905) 844-5973
Courriel : passcan@volnetmmp.net

Pacific Postpartum Support Society
Tél. : (604) 255-7999


Symptômes de la DPP :

  • Avoir de la difficulté à dormir (même quand le bébé dort)
  • Pleurer sans raison
  • N'avoir aucun sentiment ou éprouver trop d'inquiétude envers le bébé
  • Souffrir d'épuisement chronique
  • Vivre de l'irritabilité, de la frustration et des accès de colère
  • Éprouver du désespoir
  • Perdre l'appétit
  • Se sentir inquiète de tout
  • Être submergée par un sentiment de culpabilité
  • Avoir des chaleurs / des palpitations cardiaques
  • Éprouver des sentiments d'angoisse ou de panique
  • S'isoler (éviter la compagnie des amis et de la famille)
  • Avoir des pensées terrifiantes et / ou répétitives concernant soi-même et / ou le bébé

La déprime post-accouchement dure normalement quelques jours à quelques semaines. Donc, si vous ou un membre de votre famille vivez certains des symptômes énumérés ci-haut au-delà de cette durée ou éprouvez des difficultés pendant cette phase de " déprime ", communiquez avec votre professionnel de la santé.


DIX ACTIONS QUI VOUS PERMETTRONT D'AFFRONTER LA DPP

1. Si vous sentez que quelque chose ne va pas, allez chercher de l'aide professionnelle. Ne vous blâmez pas. Vous n'y êtes pour rien! Au moins une femme sur dix est atteinte de dépression du post-partum et plusieurs ne possèdent aucun antécédent de troubles de santé mentale.

2. Essayez de vous reposer lorsque votre bébé dort. Si vos pensées défilent sans arrêt, avisez votre médecin.

3. Essayez de bien manger. Si vous n'avez pas d'appétit, faites-en part à votre médecin ou votre sage femme. Évitez la caféine et l'alcool.

4. Souvenez-vous que les bonnes mères font des erreurs. Souffrir de DPP n'a rien à voir avec vos capacités en tant que mère. C'est une maladie qui peut être traitée et vous devriez être félicitée d'avoir demandé de l'aide. Essayez de ne pas vous comparer à d'autres mères. Évitez les gens avec lesquels vous vous sentez mal.

5. Parlez de ce que vous ressentez avec quelqu'un en qui vous avez confiance. Confiez-vous à votre partenaire et / ou votre famille. Dites aux autres ce qu'ils peuvent faire pour vous aider. Acceptez qu'on vous aide avec votre bébé ou les autres enfants.

6. Ne vous en faites pas si vous avez des sentiments négatifs. Souvenez-vous comment on se sent quand on commence un nouvel emploi. Bien souvent, une personne peut prendre six mois pour s'adapter à un nouveau rôle. La formation de liens affectifs entre mère et enfant nécessite un certain temps et la plupart des mères disent éprouver un sentiment de protection mais non d'amour au cours des six premières semaines. Ces liens n'apparaissent pas du jour au lendemain mais il est certain qu'ils se développeront.

7. Au début, il est normal de ne vivre que des mauvais jours ou seulement quelques bons jours. Bientôt, il y aura plus de bons jours que de mauvais jours. Permettez-vous de pleurer.

8. Continuez à prendre tous les médicaments qu'on vous a prescrits. Des études démontrent que la plupart des personnes arrêtent de prendre leurs médicaments dans les deux semaines suivant le début de traitement. Continuez à les prendre! Il faut de quatre à six semaines avant que vous ne ressentiez l'effet des antidépresseurs. Parlez-en à votre médecin. Il existe des médicaments que vous pouvez prendre pendant que vous allaitez et qui sont relativement sans danger. Si le fait d'allaiter pendant que vous prenez des médicaments vous inquiète, contactez Motherrisk à la Sick Kids Hospital, à Toronto.

9. Forcez-vous à prendre une marche d'au moins 30 minutes chaque jour. Des études démontrent que l'exercice peut être très efficace pour soulager la dépression. Prenez l'air. Respirez profondément.

10. Joignez-vous à un groupe de parent et / ou de loisirs. Trouvez un groupe de soutien ou un conseiller avec lequel vous vous sentez à l'aise. Si vous n'êtes pas bien dans aucun de ces groupes, n'y allez plus. Faites confiance à votre instinct. Faites part de votre état à votre médecin.