Point de vue d'intervenantes en milieu ethnoculturel sur le Programme québécois de dépistage du cancer du sein

Taille du texte: Normal / Moyen / Grand
Version imprimableVersion imprimable


Point de vue d'intervenantes en milieu ethnoculturel sur le Programme québécois de dépistage du cancer du sein

Instauré depuis 1998 dans la plupart des régions du Québec, le Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS) poursuit l'objectif ultime de réduire le nombre de décès dus au cancer du sein d'au moins 25% chez les québécoises âgées entre 50 à 69 ans et ce, sur une période de dix ans.

Ainsi, à tous les deux ans, sur présentation d'une lettre d'invitation (ou d'une prescription médicale), les femmes de cette population cible sont invitées à l'un des centres de dépistage désignés afin de passer une mammographie de dépistage (radiographie des seins). Les frais de la mammographie de dépistage ne sont couverts par la Régie de l'assurance-maladie du Québec (RAMQ) que si cette dernière est effectuée dans l'un de ces centres, lesquels sont gérés par les régies régionales selon les besoins et les ressources propres à chaque région.

En tant qu'intervenantes impliquées dans le dépistage précoce du cancer du sein, nous désirons faire part de quelques commentaires et constats relatifs à ce nouveau programme.

À l'occasion de nos ateliers d'information organisés à l'intention des femmes des communautés ethnoculturelles, nous avons rencontré des femmes de diverses origines. Quand on les interroge sur leurs habitudes de dépistage, on constate que l'auto-examen des seins et l'examen clinique par le médecin sont rarement pratiqués.

Quand au P.Q.D.C.S., il n'est pas davantage connu dans les communautés ethnoculturelles. Cependant, quand les femmes en prennent connaissance, elles manifestent un très grand intérêt et se montrent disposées à y participer. Elles jugent même trop longue la durée de deux ans entre deux mammographies. De plus, le fait de recevoir les résultats de la mammographie à la maison est vu comme un élément très positif du programme.

Parmi elles, certaines femmes âgées de moins de 40 ans avaient une soeur ou une mère atteinte ou décédée d'un cancer du sein. Nos ateliers on eu pour effet de susciter chez elles encore plus d'angoisse: en plus de s'inquiéter de leur soeur ou de leur mère atteinte et restée au pays, elles apprenaient qu'elles risquaient de développer un cancer du sein. Elles prenaient également conscience que, compte tenu de leur âge, elles n'étaient pas admissibles au P.Q.D.C.S.

Lorsque ces femmes ne maîtrisent pas la langue ou ne sont pas familiarisées avec le système de santé, les difficultés qu'elles rencontrent sont énormes. Fort heureusement pour plusieurs d'entre elles, les centres communautaires ethnoculturels semblent être les lieux de prédilection pour briser leur isolement. Celles qui souffrent d'avoir une proche parente touchée par le cancer du sein y trouvent un formidable réconfort de la part des autres femmes de la communauté.

Le principal souci de l'Alliance des communautés culturelles pour l'égalité dans la santé et les services sociaux (ACCÉSSS) est le bien-être de ces femmes déjà fragilisées par le contexte migratoire. Si le travail d'ACCÉSSS en partenariat avec les institutions dans le cadre du P.Q.D.C.S. a permis l'adaptation de plusieurs outils à la réalité et aux besoins de ces femmes, tant sur le plan du contenu que des traductions, l'expérience nous montre qu'il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine.

Il nous semble donc indispensable de développer des modes de collaboration entre les différents partenaires impliqués dans ce dossier. Il faut notamment sensibiliser davantage d'intervenantes et d'intervenants du milieu à la réalité des femmes des communautés ethnoculturelles et promouvoir la formation interculturelle dans les instituts d'enseignement et les établissements du réseau de la santé et des services sociaux. Il faut également poursuivre le travail de vulgarisation et d'adaptation de l'information sur les méthodes de dépistage du cancer du sein à l'intention des femmes des communautés ethnoculturelles et favoriser l'utilisation d'interprètes culturels dans les établissements du réseau.

ACCÉSSS souhaite que les efforts soient déployés par le ministère de la Santé et des Services sociaux pour faire connaître aux femmes le Programme québécois de dépistage du cancer du sein et que cette information soit accessible aux femmes des communautés culturelles.

Karina Hallouche et Nancy William
Alliance des communautés culturelles pour l'égalité dans la santé et les services sociaux (ACCÉSSS)