ditorial : Bouillie génétique

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par Rachel Thompson

Au tout début, tout ça ressemblait à du délire paranoïde. Des clones prenant d'assaut le monde entier. Des cochons avec des pattes de poulet.

Et puis la technologie est arrivée à franchir la frontière des gènes. Soudainement, les cochons-poussins ne semblaient plus être une idée si farfelue et les livres de science-fiction prenaient du retard sur la réalité.

Des individus en combinaisons blanches brûlant des récoltes expérimentales; du poisson et des tomates mijotant dans un bouilli génétique; de gros bonnets fantasmant sur des graines capables de s'autodétruire en cinq secondes.

Notre santé est-elle menacée par tout ceci? Nous n'en savons rien.

Laissez-moi répéter cette phrase : nous n'en savons rien.

Et s'il n'y a pas là matière à devenir paranoïaque, je me demande bien ce qui pourrait l'être.

Aucun service gouvernemental n'a effectué des études sur les aliments génétiquement modifiés qui se trouvent déjà sur les étals des supermarchés et dans nos assiettes. Malgré cela, des dépliants publiés par Santé Canada soutiennent qu'ils sont « sûrs ».

Or le véritable cœur du problème est le suivant: s'il s'agissait seulement des produits eux-mêmes, nous aurions moins de raisons de craindre pour notre santé.

Le hic - et c'est ici que vous allez croire que je sombre dans la paranoïa, mais lisez tout de même jusqu'au bout - c'est que les aliments génétiquement modifiés appartiennent à quelqu'un. Et je ne parle pas ici des fèves de soja ou de l'huile de canola que vous avez achetés et mis dans votre propre garde-manger.

Ce à quoi je fais allusion, c'est le fait que le code génétique entier de cette fève ou de la graine qui a servi à fabriquer cette huile est la propriété privée d'un ou de plusieurs individus. Ces derniers ont donc des droits sur toute la lignée qui en découlera. Et que la fève de soja ait existé bien avant que les grandes sociétés aient jamais vu le jour ne semble pas les préoccuper outre-mesure.

Je ne suis pas seule à me sentir paranoïaque.

Un groupe de petits fermiers ontariens ont mis sur pied une campagne pour demander aux gens d'écrire au ministre de l'Agriculture Lyle Vanclief afin que celui-ci fasse cesser la culture d'aliments transgéniques.

Ils avancent entre autres que les cultures issues du génie génétique n'ont pas été conçues pour régler le problème de la faim dans le monde. Il s'agit plutôt pour quelques grandes multinationales de faire main basse sur les semences.

Ajoutez la voix de ces fermiers à celles de tous les autres qui s'opposent à cette technologie -  l'idée même de vendre ces produits en Europe est exclue - et l'on s'éloigne alors de la paranoïa pour se rapprocher de la prudence.

Faire preuve de prudence consisterait à faire en sorte que les produits modifiés ne se retrouvent plus sans étiquette ni garantie sur les tablettes des épiceries.

Je veux être en mesure de faire mes propres choix. Et je ne crois pas que ce soit de la paranoïa.




Biotechnologies, génie génétique et OGM
par Lorelei Bourrier

On entend beaucoup parler des biotechnologies, du génie génétique et des OGM, mais de quoi s'agit-il véritablement? Le présent article se donne comme objectif d'en faire un survol rapide...

Qu'entend-on par biotechnologie?

Les biotechnologies font beaucoup de bruit actuellement. Il s'agit de technologies axées sur la génétique. Nos gènes, ainsi que les gènes de tous les organismes vivants, recèlent d'importants renseignements. Certains y voient même la clé du savoir.

Nous sommes actuellement à l'ère de la génétique, c'est-à-dire que les scientifiques arrivent à manipuler les gènes, à les déplacer d'une espèce ou d'une catégorie d'être vivant à une autre. On désigne l'ensemble de ces manipulations par le terme « génie génétique ». Les applications pratiques sont innombrables : il reste à déterminer lesquelles on veut mettre en oeuvre.

Prenons par exemple les progrès réalisés dans le traitement du diabète. Les personnes diabétiques ne produisent pas suffisamment d'insuline pour assimiler le sucre: selon la gravité de leur maladie, on les soigne au moyen d'un régime spécialement adapté ou d'insuline administrée par comprimés ou par injection. L'insuline utilisée était traditionnellement extraite des pancréas de porcs ou de bovins. Malheureusement, il se développe chez la plupart des personnes diabétiques une intolérance (ou allergie) à l'insuline d'origine porcine et bovine. Or, grâce au génie génétique, on arrive à fabriquer de l'insuline à partir de cellules humaines. Le risque d'intolérance diminue.

Si les applications sont aussi positives, pourquoi les biotechnologies suscitent-elles de si vifs débats?

Les applications des biotechnologies étant illimitées, certains se méfient d'éventuels abus et d'applications déraisonnables. C'est le cas, notamment, des applications biotechnologiques dans le domaine de l'alimentation.

Les chercheurs du domaine agro-alimentaire ont réalisé le transfert de gènes de certaines espèces végétales ou animales à d'autres pour leur donner les caractéristiques souhaitées. On appelle les organismes ainsi créés « organismes génétiquement modifiés », ou OGM.

Par exemple, les scientifiques ont mis au point une variété de soya qui résiste aux herbicides. Ce soya génétiquement modifié ou transgénique ne présente nulle autre qualité supplémentaire par rapport au soya conventionnel à part le fait qu'il peut être arrosé d'herbicide et s'en porter parfaitement. On cultive également au Canada une variété de canola transgénique résistante aux herbicides.

Certains défenseurs du génie génétique affirment que la transgénèse se pratique depuis des siècles...

Il est certes vrai que l'être humain, de même que la nature, crée depuis longtemps des hybrides, c'est-à-dire des individus issus d'un croisement de variétés ou d'espèces différentes. La mule, hybride du cheval et de l'ânesse, en est un exemple parfait. Les superbes roses qui embaument nos jardins sont issus de croisements de variétés. Mais justement, il s'agit de croisements, de fécondations effectuées naturellement. Les sélectionneurs doivent normalement attendre plusieurs générations avant d'obtenir une progéniture qui possède les qualités recherchées. La mise au point d'une nouvelle variété de blé, par exemple, est en général une affaire d'au moins 15 ans.

Or, le génie génétique permet de brûler les étapes et d'obtenir des résultats beaucoup plus rapidement. De plus, le rôle régulateur de la nature, qui rejette la plupart des croisements entre espèces à cause de l'incompatibilité des gènes, disparaît. Il devient alors possible, par exemple, d'insérer les gènes d'un poisson de l'océan Arctique dans une tomate afin que celle-ci résiste au froid.

Quelle est la réaction du consommateur face aux OGM?

La réaction varie largement selon le pays et la région. En Amérique du Nord, malgré les préoccupations de certains scientifiques et groupes de consommateurs, l'insertion des OGM dans la chaîne alimentaire s'est faite en douceur. En Europe, par contre, les OGM ont donné lieu à des débats houleux au sein des divers gouvernements et à des boycottages d'aliments et de marques par le public. Du coup, la plupart des fabricants d'aliments de l'Europe ne veulent pas d'OGM dans leurs gammes de produits et commandent uniquement des produits bruts non transgéniques.

Pourquoi certains consommateurs craignent-ils les aliments transgéniques?

Il existe plusieurs raisons qui expliquent cette méfiance. D'abord, la peur de l'inconnu. Certains y voient aussi une aberration relativement aux lois naturelles. Plusieurs se préoccupent des intérêts qui contrôlent actuellement ces technologies et s'inquiètent des répercussions que pourraient entraîner les brevets de semences dans le domaine de l'agriculture ainsi que du prix et de la disponibilité des produits alimentaires et médicaux. D'autres encore se méfient des répercussions à long terme sur leur santé et l'environnement. On craint notamment que les gènes des végétaux génétiquement modifiés ne se dispersent dans la nature, ce qui donnerait lieu à la création de variétés de plantes super résistantes dont nul herbicide ne viendra à bout. Soulignons que les scientifiques ne sont pas tous persuadés de l'innocuité des OGM et que le débat se poursuit.

Les Canadiens et Canadiennes risquent-il de trouver des aliments transgéniques dans leur assiette?

La réponse à cette question est un « oui » catégorique. Il s'agit surtout du canola et du soya. L'huile de soya est incluse dans la plupart des aliments achetés qui contiennent de l'huile végétale, allant des sauces à base de tomate aux tablettes de chocolat. À moins d'acheter exclusivement des aliments certifiés biologiques, il est impossible d'éviter les OGM.

Où pourrais-je trouver davantage de renseignements à ce sujet?

Internet contient une foule de renseignements sur les OGM et les biotechnologies. Le site de Santé Canada (www.hc-sc.gc.ca) fournit des renseignements sur la législation canadienne en vigueur. Des recherches effectuées au moyen de moteurs de recherche vous permettront de prendre connaissance de tous les arguments pour et contre. Vous pouvez également visiter votre bibliothèque locale pour effectuer des recherches dans les revues et les journaux.

Lorelei Bourrier est traductrice spécialisée en agriculture.



Ressources :

Biotech action Montréal : http://bam.tao.ca

Groupe de travail du GRIP-UQÀM qui vise l'information et la sensibilisation du public à la problématique des organismes génétiquement modifiés (OGM), principalement dans le domaine des aliments transgéniques.

Réseau de Protection du Consommateur (Québec) : www.consommateur.qc.ca

Vous trouverez sur le site du RPC des informations fournies par 29 associations de consommateurs, des organismes qui oeuvrent aux quatre coins du Québec et dont la principale mission est d'informer et défendre les consommateurs. Aussi connu sous le nom de Fédération Nationale des Associations de Consommateurs du Québec (FNACQ).