Les technologies de la santé contribuent-elles au bien-être des femmes?

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Les technologies de la santé contribuent-elles au bien-être des femmes?
par Denise Morettin et Carolyn Green

Les tests d'évaluation de la teneur minérale des os ont été vantés comme étant une arme puissante dans la "lutte" contre l'ostéoporose. Ils seraient notre seul espoir de prévenir les fractures et d'éviter aux femmes atteintes de vivre inutilement des mois de souffrance et d'incapacité.

Une telle approche se joue des espoirs et des craintes des femmes à l'égard de leur santé. Les études récentes démontrent que cette technique ne peut servir à identifier les femmes pour qui le risque de fracture importante est élevé; elle a transformé malgré tout ce qui n'était qu'un facteur de risque en maladie.

La recherche et le développement portant sur les technologies de la santé est une industrie en plein essor. Dans les médias, les reportages à ce sujet abondent, que ceux-ci portent sur le tout dernier traitement ou sur une intervention de pointe.

L'idée générale qui se dégage de ces reportages, c'est que les nouveaux développements en matière de technologie sont bénéfiques. Or la portée des "progrès" réalisés est très difficile à mesurer en ce qui concerne la santé des femmes.

Les promoteurs de la technologie justifient leur discours à coup de preuves scientifiques, mais les ressources financières énormes dont ils disposent a permis de mettre en œuvre une approche de marketing direct dont les femmes sont la cible.

Il est difficile d'éviter de se pencher sur les rapports existant entre la recherche médicale et les intérêts de nature commerciale lorsque l'on aborde la question des technologies en matière de santé. Il importe de remettre en question les raisons qui motivent l'introduction de nouvelles technologies au sein du système de santé et leur intégration aux normes de la pratique clinique, alors que leur utilité n'a pas été scientifiquement démontrée ni sur le plan théorique ni sur le plan des résultats.

La tâche de cerner les différentes forces à l'œuvre n'est pas toujours facile; la recherche médicale et les changements dans la pratique médicale sont bien souvent plus qu'une question de santé ou de profit. L'introduction de technologies dans des domaines comme l'obstétrique, par exemple, peut être motivée autant par les inquiétudes des médecins à l'égard des accusations de faute professionnelle, que par le désir de protéger les intérêts de la mère et de l'enfant.

Selon Penny Ballem, vice-présidente des programmes de santé des femmes et de la famille au Children's and Women's Health Centre de la Colombie-Britannique, "l'évaluation des interventions de nature technologique et pharmaceutique doit impérativement être faite si nous voulons protéger les hommes, les femmes et les enfants contre des procédures pouvant s'avérer inutiles ou dangereuses".

Il y a risque que ces technologies causent des torts directs, particulièrement en ce qui a trait aux médicaments qui n'ont fait l'objet que de peu de recherches. Des travaux récents portant sur l'hormonothérapie (pour les femmes ménopausées) ont mis en lumière des interrogations sérieuses quant à l'équilibre entre risques et bienfaits.

Les femmes sont plus susceptibles de se faire offrir des traitements basés sur certaines technologies de la santé que les hommes: médicaments tels que les hormones de remplacement, appareils, procédures médicales ou chirurgicales, programmes de soutien ou administratifs.

Dans les faits, les conditions de santé des femmes sont différentes non seulement à cause des différences biologiques, mais aussi à cause des disparités sociales et de la discrimination.

Le rapport final de la Commission royale d'enquête sur les nouvelles technologies de reproduction note que la médicalisation de la reproduction est un problème préoccupant. Non seulement cette tendance entraîne-t-elle une perte d'autonomie des femmes en regard de leur corps et de leur rôle dans la reproduction, mais elle mène également vers une conception médicale étroite vu la complexité des conditions sociales déterminantes pour la santé reproductive.

Puisque les inégalités persistent, les femmes demeurent vulnérables face aux technologies qui ont peu été étudiées. Aussi longtemps que ces outils continueront à être le reflet de partis pris sexistes, elles resteront à la merci des erreurs possibles du système de santé. L'évaluation scientifique des technologies à la lumière d'une analyse fondée sur les différences entre les sexes contribuera à réduire les risques de danger. Mais pour que les préjugés disparaissent entièrement, il faudra aussi que les femmes prennent part aux décisions concernant la santé à tous les niveaux.

Denise Morettin (B.A. B.Sc.) est chercheure associée au B.C. Office of Health Technology Assessment (BCOHTA).
Carolyn Green (B.HSc (PT) M.Sc.) est coordonnatrice de la recherche au BCOHTA
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Le B.C. Office of Health Technology Assessment

Le B.C. Office of Health Technology Assessment est un programme du Centre for Health Services and Policy Research de l'Université de la Colombie-Britannique. Son mandat est d'analyser les résultats de recherches portant sur les nouvelles technologies de la santé dans le but d'assister les secteurs public et privé dans les tâches de planification et de définition des orientations.

Les analyses effectuées par le BCOHTA servent les intérêts des femmes en matière de santé car elles se concentrent non seulement sur les preuves scientifiques mettant en évidence l'efficacité des outils technologiques, mais également sur le contexte social où ceux-ci seront mis en application. Cette perspective analytique a été appliquée notamment dans les cas suivants: tests d'évaluation de la teneur minérale des os, dépistage des marqueurs de la trisomie, échographie durant la grossesse, techniques de contrôle continu de la vie utérine chez soi, implants au collagène pour traiter l'incontinence d'urine à l'effort.

Une étude pilote portant sur la pertinence et la qualité des données corrélées en matière de recherche sur la santé des femmes a récemment été complétée; elle a été réalisée grâce au financement du Centre d'excellence pour la santé des femmes de la Colombie-Britannique.

Non seulement les tests de mesure de la teneur minérale des os ne sont-ils pas en mesure d'identifier les femmes pour qui le risque de fracture importante est élevé, ils ont aussi transformé ce qui n'était qu'un facteur de risque en maladie.