La recherche en santé, à quoi ça sert ?

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La recherche en santé des femmes au sein des IRSC : un élément indispensable
par Anne Rochon Ford

Le gouvernement a dégagé des fonds supplémentaires qu'il affectera aux activités de recherche des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Or, bien des militantes et des intervenantes de première ligne des milieux communautaire et hospitalier sont très mécontentes que ce financement additionnel ne serve pas aux services. En fait, pratiquement tous les paliers de gouvernement ont sabré dans les services destinés aux femmes, tant dans les collectivités que dans les établissements.

Devrait-on faire avancer la carrière des chercheuses et des chercheurs au détriment des services de première ligne si cruciaux? Bien sûr que non. Mais, ces deux éléments sont essentiels si l'on veut améliorer la santé des femmes. Aussi devons-nous participer à la création des IRSC et nous ériger contre les compressions dans les services de première ligne afin que tous les paliers de gouvernement y injectent des fonds supplémentaires. Nous devons également préconiser l'essor et la qualité de la recherche en santé des femmes.

Le mouvement pour la santé des femmes s'est évertué à faire inclure la santé des femmes dans les programmes des prestataires de soins et de la communauté scientifique. Si nous ne prenons pas sa défense dès maintenant, nous risquons de briser l'élan donné par des programmes tels que les Centres d'excellence pour la santé des femmes.

Qu'est-ce que le réseau d'IRSC ?

Comme le signalait l'édition du printemps 1999 de Réseau, le milieu de la recherche en santé sera transformé sous peu par la création des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). En effet, au début de l'an dernier, le ministre de la Santé Allan Rock avait annoncé que le gouvernement fédéral injecterait des fonds supplémentaires dans la recherche afin de modifier l'organisation des activités de recherche au Canada.

Le ministre a déclaré que, d'ici 2002, le budget de la recherche en santé aura doublé par rapport à celui de l'an dernier. Cette annonce survient après des années d'inquiétude relativement à la pénurie de fonds alloués à des activités de recherche en santé qui, parce qu'elles sont financées par l'État, doivent rendre des comptes à la population.

Bien des Canadiennes et des Canadiens ignorent qu'une large part des activités effectuées au Canada sous le couvert de la "recherche en santé" sont, en fait, des essais de médicaments et d'appareils médicaux financés, en tout ou en partie, par des sociétés pharmaceutiques et menés par des chercheurs contractuels.

L'annonce du ministre Rock fait suite au cri d'alarme soulignant l'importance de la recherche financée par les deniers publics et axée sur l'obligation de rendre compte à la population. À l'origine de ce cri d'alarme, il y a plusieurs faits: le scandale du sang contaminé, une meilleure compréhension des véritables déterminants de la santé, des expériences comme celle qu'a vécues la docteure Nancy Oliveri à l'hôpital Sick Children et une prise de conscience progressive de l'éventail des besoins dans une population diversifiée.

L'argent frais que vient d'injecter le gouvernement dans la recherche est un moyen de garder au pays les travailleurs intellectuels formés ici, de les empêcher d'aller grossir les rangs de l'économie libre de nos voisins du Sud - le fameux "exode des cerveaux". Même si bon nombre de personnes jugent que la notion "exode des cerveaux" est nettement exagérée (oublie-t-on l'afflux de "cerveaux" que représentent l'immigration?) rares sont celles qui prétendraient que la recherche en santé au Canada est suffisamment financée.

La vision

Lorsque tous les éléments du nouvel organisme seront en place ce printemps, les IRSC devraient transformer la façon dont on mène et on finance la recherche au Canada.

La philosophie des IRSC vise, entre autres, à établir des liens entre les chercheurs des quatre "piliers" de la recherche en santé, soit:

  • la recherche biomédicale fondamentale;
  • la santé des populations;
  • la recherche clinique appliquée; et
  • les systèmes et les services de santé.

Bien que l'on ne sache pas encore où se fera la recherche sur des thèmes tels que la promotion de la santé ou les médecines douces, il n'empêche que cette transition vers une approche plus intégrée augure bien.

Le réseau d'IRSC

À la tête du réseau se trouvera un conseil d'administration non élu qui supervisera l'ensemble des activités menées par les 10 ou 15 instituts "virtuels" de recherche en santé au Canada. Chaque institut sera administré par une directrice ou un directeur scientifique.

C'est au ministre de la Santé et au conseil d'administration des IRSC que reviendra le choix des instituts à financer. Cette décision se fondera sur les recommandations d'un conseil d'administration provisoire, qui a reçu 170 propositions.

Les intérêts commerciaux

La question des intérêts commerciaux au sein des IRSC reste vague. Il faudrait aussi élaborer des lignes directrices claires et nettes sur les conflits d'intérêts à l'intention des personnes qui pourraient éventuellement être nommées par le gouvernement à des postes reliés aux IRSC.

Nos inquiétudes face aux intérêts commerciaux ne se limitent pas aux chercheurs subventionnés par l'industrie ou aux porte-parole du secteur industriel, mais englobent aussi les groupes bénévoles et communautaires qui acceptent leurs fonds.

Comme des femmes l'ont souvent fait remarquer, celle ou celui qui définit le sujet de recherche en définit aussi le résultat. Si l'objectif est de vendre un produit, la mise au point de ce produit primera-t-elle sur la prévention d'une maladie?

Les autres "piliers de la recherche en santé" - la santé des populations, par exemple - passeront-ils à l'arrière-plan? Est-ce que cela ralentira l'avancement des connaissances sur les véritables déterminants de la santé? Les chercheurs et les chercheuses seront-ils libres de diffuser des résultats négatifs? Les connaissances émanant des IRSC seront-elles brevetées ou du domaine public?

Le rôle de l'industrie pharmaceutique, particulièrement au sein du conseil d'administration, est lui aussi contesté. Il fait présentement l'objet d'un débat au Sénat dans le cadre de l'étude du projet de loi.

Un changement de cap

Cette initiative hausse le financement de la recherche en santé et vise aussi à éliminer graduellement le Conseil de recherches médicales - le principal bailleur de fonds en recherche médicale au Canada. Puis les autres organismes canadiens de financement seront peu à peu intégrés aux IRSC.

L'appui à la recherche en santé des femmes

L'automne dernier, un groupe de travail a soumis au ministre de la Santé un projet visant la création de l'Institut de recherche en santé des femmes au sein des IRSC. Le Groupe de travail sur les IRSC, les rapports sociaux entre les sexes et la recherche sur la santé des femmes est formé de chercheuses et de militantes de partout au Canada.

Le ministre de la Santé devrait dévoiler sous peu quels projets ont été retenus, ce qu'attendent avec impatience les membres du Groupe de travail.

L'Institut de recherche en santé des femmes favoriserait l'avancement des connaissances sur la santé des femmes. Il veillerait aussi à ce que la recherche tienne compte du vécu des femmes et des facteurs biologiques qui leur sont propres.

On pourrait étudier, par exemple, ce qu'il en coûte au réseau de la santé pour soigner les femmes battues, ou encore, comment mettre fin à la violence faite aux femmes. Il faut étudier, sous un angle neuf et humain, les effets de la réforme de la santé et de l'intensification des soins à domicile sur la santé des femmes et sur la charge de travail déjà très lourde qu'elles portent.

Le Groupe de travail a également recommandé que deux variables - le sexe et les rapports entre les sexes - soient intégrées aux IRSC. Ceci signifie, notamment, que tous les projets de recherche devront tenir compte des différences entre les sexes, le cas échéant.

Manifestez votre appui

Le Groupe de travail vous incite à écrire une lettre appuyant la création de l'Institut de recherche en santé des femmes. Envoyez-la au ministre de la Santé Allan Rock ainsi qu'au cabinet du Premier ministre.

Pour de plus amples renseignements sur la proposition ou le Groupe de travail, contacter :
Amanda Kobler, coordonnatrice du Groupe de travail sur les IRSC, les rapports sociaux entre les sexes et la recherche sur la santé des femmes
Tél. : (604) 875-2345, poste 6871
Courriel : akobler@cw.bc.ca
Site web : www.cwhn.ca/irsc/index.html


Voici quelques raisons pour lesquelles il faut intensifier la recherche en santé des femmes

Plus de femmes croient qu'elles vont mourir du cancer du sein que d'une maladie du cœur qui est, pourtant, la première cause de décès chez les femmes.

Des études récentes ont démontré que les femmes qui subissent une crise cardiaque ne présentent pas tout à fait les mêmes symptômes que les hommes. Une autre conclusion se dégage de ces études: parce qu'on ne croit pas que les femmes sont sujettes aux crises cardiaques, celles-ci et les personnes qui les soignent ne réagissent pas aussi rapidement aux signes avant-coureurs. En outre, les décisions quant au traitement des femmes victimes de crises cardiaques reposent souvent sur des recherches menées exclusivement auprès de sujets masculins.

Il est donc important d'avoir accès à davantage d'information de meilleure qualité sur les diagnostics et les traitements propres aux femmes et aux maladies du cœur.

Les femmes ont plus de difficulté à cesser de fumer. Il y a un plus grand nombre de jeunes femmes qui commencent à fumer que d'hommes. Pourquoi? Il va sans dire qu'il faut financer l'élaboration de programmes de désaccoutumance du tabac destinés aux femmes. Mais, pour pouvoir mettre au point des programmes efficaces, il faut d'abord bien comprendre pourquoi les femmes trouvent si difficile de cesser de fumer.

L'hormonothérapie augmente-t-elle le risque de cancer du sein?
Pendant un certain temps, les médecins soutenaient que le lien entre l'hormonothérapie et le cancer du sein était si ténu que les femmes ne devaient pas hésiter à prendre des hormones pour soulager les symptômes de la ménopause et pour prévenir l'ostéoporose et les maladies du cœur. Or, deux études très récentes sur l'hormonothérapie ont révélé que les femmes risquent effectivement d'avoir un cancer du sein si elles prennent de l'œstrogène et de la progestérone pendant une période prolongée (plus de cinq ans). En fait de bons conseils à donner aux femmes, nous sommes revenues au point de départ.

La qualité de notre travail - nous, les intervenantes de première ligne, les intervenantes communautaires, les médecins et les conseillères - repose sur l'essor et la qualité de la recherche en santé des femmes.