Une pilule pour avorter rapidement et facilement?

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Les contraceptifs de la dernière chance et les nouvelles options en ce qui a trait à l'avortement : le point sur le RU 486 et le méthotrexate
par Kemlin Nembhard

Dire qu'il s'agit d'une pilule pour avorter est peut-être exagérer un peu les choses, étant donné qu'une femme doit voir le médecin au moins deux fois pendant le processus. Mais le RU 486 et le méthotrexate présentent néanmoins quelques avantages par rapport à l'avortement chirurgical. Un grand nombre des femmes qui ont utilisé l'une ou l'autre de ces options les ont préférées.

Offert en Europe et en Chine depuis 1989 et en attente d'approbation aux États-Unis, le RU 486 n'a même pas encore fait l'objet d'une demande d'approbation au Canada. Mais le méthotrexate (utilisé habituellement en chimiothérapie), bien qu'il soit moins efficace que le RU 486, est approuvé à des fins semblables au Canada.


Ce que le RU 486 et le méthotrexate accomplissent

L'œuf fraîchement fertilisé a besoin de progestérone, une hormone stéroïde, pour s'implanter dans l'utérus et s'y nourrir. Le RU 486 et le méthotrexate occupent les sites récepteurs de la progestérone. Ils bloquent l'implantation de l'œuf non encore implanté ou expulsent l'embryon déjà implanté. L'œuf a besoin d'environ six à huit jours pour s'implanter après sa fertilisation et de six à huit jours pour compléter le processus. Selon la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC), le méthotrexate administré avant l'implantation peut être considéré comme un contraceptif de "dernière chance". S'il est administré par contre après l'implantation, il agit comme agent abortif.


Comment le méthotrexate fonctionne-t-il et quels en sont les effets secondaires?

La procédure peut être accomplie dans le bureau privé du médecin ou dans une clinique. Elle doit se produire dans les neuf semaines suivant les dernières menstruations. Il est toutefois recommandé qu'elle ait lieu dans les sept premières semaines.

Il s'agit d'abord d'administrer une injection de méthotrexate. Ensuite, cinq à sept jours plus tard, la femme peut s'administrer elle-même, chez elle, une dose de misoprostol (une prostaglandine) sous forme de comprimé ou de suppositoire vaginal. Si l'avortement n'a pas lieu dans les 24 heures, on administre une autre dose de misoprostol.

Deux semaines plus tard, la cliente doit effectuer une visite de suivi chez son médecin afin de vérifier si l'avortement a eu lieu complètement. En cas d'avortement incomplet (5% des cas), l'avortement chirurgical est recommandé.

Les effets secondaires peuvent inclure de fortes hémorragies et des crampes chez 80% des femmes, de la nausée, de la diarrhée et des vomissements (entre le quart et les deux tiers des femmes). Les études ont révélé que le traitement n'a pas d'effet indésirable sur la fertilité future.


Conclusions

Bien que la SOGC croit que l'avortement ne devrait pas constituer l'un des principaux moyens de planification familiale, elle reconnaît qu'il existera toujours une demande pour des services d'avortement. Elle reconnaît également que l'interruption médicale de la grossesse précoce au moyen du RU 486 ou du méthotrexate et du misoprostol s'avère une solution efficace de remplacement de l'avortement chirurgical. On croit en fait que le besoin général d'avortements thérapeutiques diminuerait probablement s'il devenait possible de se procurer facilement du RU 486 ou du méthotrexate.

Bien que le méthotrexate soit efficace, le RU 486 semble encore s'avérer la meilleure méthode optionnelle de contraception d'urgence et d'avortement au cours du premier trimestre. Son taux de succès est meilleur que celui du méthotrexate. Le RU 486 sera très probablement approuvé aux États-Unis d'ici quelques mois, mais rien n'indique que cela devrait se produire bientôt au Canada.

La demande d'avortements médicaux va certainement augmenter avec le temps. Malheureusement, tant que le RU 486 n'aura pas été approuvé au Canada, les femmes du pays auront seulement des formes inférieures d'avortement médical à leur disposition. La SOGC a encouragé les professionnel-les de la santé à appuyer l'approbation rapide du RU 486 au Canada.

Kemlin Nembhard est éducatrice en santé au Réseau canadien pour la santé des femmes.




Des pour et des contre

Pour

  • Les femmes ont l'impression d'avoir plus de contrôle et de mieux protéger leur vie privée avec cette méthode.



  • Le traitement est moins envahissant et semble plus "naturel" (semblable à un avortement spontané).



  • Le traitement ne comporte pas d'anesthésie, il n'effraie pas autant les femmes et permet d'éviter le risque de rencontrer des gens contre l'avortement.



  • Il s'obtient plus vite et plus facilement du fait qu'il n'est pas nécessaire d'attendre une intervention chirurgicale.



  • Il permet d'éviter les complications chirurgicales comme la lacération ou la perforation cervicale.



  • Il coûte beaucoup moins cher que l'intervention chirurgicale, les médicaments nécessaires sont faciles à obtenir et peu coûteux.



  • La formule est simple. La femme peut obtenir les services requis au bureau du médecin et s'occuper elle-même de la plus grande partie du processus.

Contre

  • Le médecin et la cliente doivent s'engager à respecter le suivi, parce que la cliente doit absolument être examinée pour déterminer si l'avortement est complet.



  • Il présente un taux d'échec plus élevé que celui de l'avortement chirurgical (taux global de 5%).



  • Il comporte des effets secondaires qui peuvent durer entre une et trois semaines, jusqu'à ce que le processus arrive à terme.