No Choice : des femmes canadiennes témoignent de leur avortement illégal

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No Choice : des femmes canadiennes témoignent de leur avortement illégal
par Irene D'Souza

Publié par Childbirth by Choice Trust
Toronto, Canada, 1999

Très peu de récits écrits par les premières personnes concernées sur le vécu d'un "avortement de cuisine" ou d'un avortement provoqué et sur leurs conséquences ont été publiés. Une nouvelle parution intitulée No Choice fait justement cela.

En donnant la parole à celles qu'on a trop souvent bâillonnées et en présentant leurs mots et leurs vies aux lectrices et lecteurs, la Childbirth by Choice Trust [Fiducie Accouchement par choix] sort les avortements illégaux de l'ombre, des ruelles et des petits coins noirs où on les avait occultés jusqu'à aujourd'hui. Ce livre extraordinaire et convaincant fera rougir de honte ceux et celles qui voudraient que la question de l'avortement s'évanouisse par enchantement.

Les témoignages des soixante femmes qui se racontent dans No Choice sont prenants et font mal à lire. "Ma souffrance à propos de l'avortement n'a pas à voir avec ma décision comme telle, mais avec les démarches humiliantes, effrayantes et extrêmement risquées que j'ai dû entreprendre pour mettre en œuvre cette décision", dit l'une de ces femmes.

Les lectrices et lecteurs seront captivés par les récits saisissants de ces femmes et par leur solitude et leur force. Le livre débute par l'histoire d'une Albertaine en 1909 et se poursuit avec d'autres récits allant jusqu'en 1969, année où l'avortement devint légal dans certaines circonstances. (L'avortement a été complètement décriminalisé en 1988.) No Choice se penche sur les croyances de l'époque et la pratique du Dr W. McCallum qui procurait des avortements illégaux durant les années 1950.

Saisissant et obsédant, chacun des récits relate une époque où une grossesse non désirée apportait terreur, colère, honte, panique, dépression, isolement et dépersonnalisation. Les femmes qui y sont dépeintes voulaient mettre un terme à leur grossesse. Leurs tentatives pour obtenir un avortement ont entraîné leur souffrance.

De tous âges, états civils, lieux de résidence, classes sociales, croyances religieuses et allégeances politiques, les femmes de ces récits nous montrent que la question de l'avortement est tissée dans la fibre sociale canadienne même.

Le fait de savoir qu'il était habituel que des femmes se lacèrent pour mettre un terme à une grossesse rend la question de l'avortement illégal d'autant plus signifiante. "Elle a utilisé un gros pétard ou quelque chose de semblable pour s'ouvrir le ventre", écrit une des narratrices. Souvent, les femmes provoquaient leur avortement elles-mêmes ou avaient recours à un réseau informel pour trouver un avorteur. Parfois, leurs récits se lisent comme des romans d'espionnage: attendre l'appel téléphonique, se rendre dans un endroit isolé, attendre seule, se faire bander les yeux et être amenée. Souvent on les attaquait.

De plus, l'avortement comme tel était coûteux et effectué de façon primitive et dans des conditions malsaines.

Les lectrices et lecteurs d'aujourd'hui seront outrés par les descriptions claires et précises de ces interventions douloureuses, ces tortures. No Choice fait comprendre que la seule réponse aux grossesses non désirées est la dignité.

"L'accès à l'avortement n'existe pas encore à l'Île-du-Prince-Édouard et dans certaines régions rurales du pays."

La fiducie Childbirth by Choice Trust apporte des arguments de poids à ceux des nombreuses militantes en santé des femmes afin que le choix remplace l'absence de choix, le "Pas le choix".

Irene D'Souza est auteure à la pige et chroniqueure de revues de livres.