Un air malsain: un lien entre les toxines et l'endométriose

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par Lone Hummelshoj

Il n'existe toujours pas de traitement pour l'endométriose, une maladie qui touche environ un demi million de Canadiennes. De plus, une étude récemment menée auprès de 4000 NordùAméricaines indique que le retard moyen en ce qui a trait au diagnostic est de plus de neuf ans. En Amérique du Nord, plus de 5,5 millions de femmes souffrent de cette maladie et le nombre augmente. Les symptômes se manifestent de plus en plus tôt et sont davantage intenses. Seraitùil que les toxines contenues dans notre environnement causent l'endométriose? Les recherches indiquent que c'est peutùêtre le cas.

Il y a endométriose lorsque des tissus similaires à l'endomètre, contenu dans l'utérus, se greffent dans l'abdomen et sur les ovaires, les trompes de Fallope, les ligaments soutenant l'utérus, la zone entre le vagin et le rectum, la surface extérieure de l'utérus et les parois de la cavité pelvienne.

Les tissus réagissent aux hormones tel que l'endomètre, en se gonflant et en relâchant du sang à chaque menstruation. Puisqu'il y a des saignements dans une zone anormale et qu'il n'y a pas de voie d'écoulement, une inflammation s'installe, accompagnée de tissus cicatriciels, de kystes, de tumeurs et d'excroissances.

Le symptôme le plus fréquent de l'endométriose se manifeste par une douleur avant et pendant les menstruations, ainsi qu'à l'ovulation. Pour certaines femmes, cet état peut se dégénérer et se transformer en un cauchemar qui dure un mois, les empêchant de mener une vie normale. D'autres symptômes se manifestent par des douleurs pendant et après les relations sexuelles, par des saignements abondants ou irréguliers, ainsi que de la fatigue, une évacuation intestinale douloureuse au cours des menstruations, et des problèmes de vessie. l'endométriose est l'une des premières causes d'infertilit‚ chez les femmes.

«Cette maladie a eu des effets sur mes relations, mes finances, mes vacances, ma façon de vivre et mes rêves », témoigne une femme, dans le livre intitulé. The Endometriosis Sourcebook (guide d'information de l'Association de l'endométriose). Un sondage récemment men‚ auprès de NordùAm‚ricaines atteintes d'endométriose révélait que 79 % de ces femmes étaient incapables de poursuivre les activités normales du quotidien et un quart étaient privées de leur capacité de fonctionner pendant deux à six jours par mois.

«Gérer la douleur physique m'était difficile et ce l'est toujours. Ce qui est encore plus traumatisant, c'est le fait de souffrir sans comprendre la cause », rapporte Beth, une femme d'Alberta, dans le guide d'information.

En effet, les scientifiques ne comprennent toujours pas la cause, les facteurs qui provoquent l'endométriose et l'évolution naturelle de cette maladie. Il n'existe aucun traitement pour l'endométriose. Toutefois, nous savons qu'un diagnostic et un traitement précoces peuvent enrayer la propagation de la maladie et prévenir des problèmes qui peuvent survenir plus tard dans la vie.

L'Association de l'endométriose s'est donné pour mission de trouver la cause à cette maladie, ainsi que le traitement. Elle tient à jour le seul registre d'importance qui traite des recherches en cours concernant cette maladie.

L'Association de l'endométriose connaît les nombreux problèmes immunitaires dont souffrent les femmes atteintes d'endom‚triose. Elle connaît aussi les études menées par l'Armée de l'air américaine qui démontrent très clairement l'existence d'un lien entre une exposition à certains types et à certaines quantités de radiations et l'apparition de l'endométriose chez les singes rhésus femelles. C'est donc pour ces raisons que l'Association s'est donné la tâche, en 1991 et en début de 1992, de vérifier la rumeur à l'effet que les rhésus ayant été exposés aux BPC au cours d'expériences scientifiques avaient développé une endométriose grave.

L'Association apprit l'existence d'une étude menée sur une colonie de rhésus par la Direction générale de la protection de la sant‚ du Canada. Une forme très grave d'endométriose a été relevée chez certains des singes qui avaient été exposés au BPC. Il semble que plusieurs animaux soient morts, leur décès ayant été provoqué par une occlusion intestinale, laquelle fut causée par un état avancé de la maladie. De plus, les animaux exposés aux BPC affichaient de sérieux problèmes sur le plan de la reproduction.

Puis, l'Association prit connaissance de l'existence d'une autre colonie de rhésus à Madison, au Wisconsin, où deux singes moururent d'endométriose. Cette colonie avait été intégrée à une étude en toxicologie dont le but était d'évaluer les effets à long terme du TCDD (2,3,7,8- tétrachlorodibenzo-p-dioxine) - communément appelé dioxine.

Des doses de 25 parties par billion (ppt, dose élevée) ou de 5 picogrammes de dioxine (faible dose) ont été administrées à des groupes d'animaux. Le groupe contrôle de singes n'a pas été exposé à la dioxine.

Découvrant que les expériences étaient terminées et que la colonie devait être dissoute, l'Association de l'endométriose décida de subventionner les recherches auprès de cette colonie pendant une période de deux mois afin d'étudier l'incidence d'endométriose.

L'Association initia un processus de laparoscopies (chirurgie abdominale mineure) pour mesurer l'endométriose chez les survivants de cette colonie. Á cet effet, elle embaucha l'un des plus grands spécialistes dans le domaine de l'apparition de l'endométriose, ainsi qu'une autorit‚ reconnue en matière d'immunologie de l'endométriose.

Á la suite d'une longue journée de laparoscopies, les chercheurs furent renversés par les résultats : 79 % des animaux exposés à la dioxine étaient atteints d'endométriose. De plus, la gravité de la maladie était directement proportionnelle au niveau d'exposition à la dioxine plus le niveau d'exposition avait été élevé, plus les cas d'endométriose étaient graves.

Le spécialiste en immunologie effectua des études immunologiques auprès de la colonie. Les résultats indiquèrent que l'endométriose chez les animaux étudiés ‚tait associée à un dysfonctionnement immunitaire semblable à celui qui est relevé chez les femmes atteintes de cette maladie.

Depuis la publication des résultats de l'étude sur la dioxine, plus d'une douzaine de recherches liées à ce domaine ont été amorcées au sein d'institutions spécialisées, partout dans le monde. Notamment, le US National Institute of Environment Health Sciences et l'Association de l'endométriose mènent présentement une étude conjointe dont l'objectif est de mesurer le niveau de dioxine, de furanes et de BPC dans le sang de femmes atteintes d'endométriose. Le US Environmental Protection Agency a mené des études visant à déterminer les effets de la dioxine sur l'apparition de l'endométriose, en utilisant des rongeurs comme cobayes. Plusieurs études utiùlisant des animaux ainsi que des cultures cellulaires humaines atteintes d'endométriose ont aussi identifié la dioxine comme étant une cause de cette maladie.

De plus en plus de recherches sont sur le point d'être publiées. Loin de nous apaiser, cellesùci multiplient plutôt nos inquiétudes face aux substances qui menacent le système endocrinien et face à l'endométriose.

Nous devons immédiatement passer à l'action pour éviter que nos filles ne contractent cette maladie qui risquent de les affliger et mettre en péril leur éducation, leur carrière et leur capacit‚ d'avoir des enfants. Nous devons convaincre les gouvernements et les institutions de santé du danger que représente cette maladie débilitante. Nous devons amasùser des fonds pour mener des recherches vitales et trouver les causes de cette maladie. Nous devons aussi prendre des mesures pour éliminer les substances pouvant causer l'endométriose.

Lone Hummelshoj est la représentante européenne de l'Association de l'endométriose.


L'Association de l'endométriose.
8585 N. 76th Place
Milwaukee, WI 53223
USA.

Tel: 1-800-992-3636

E-mail: endo@endometriosisassn.org

www.endometriosis.org

L'Association de l'endométriose, le premier organisme au monde pour les femmes atteintes d'endométriose, est un groupe international d'entraide, à but non lucratif, ayant pour membres des femmes souffrant de cette maladie, des médecins, des chercheurs et autres personnes portant un intérêt à cette question. Le but de l'Association est de trouver un traitement pour l'endométriose et de mener un travail de sensibilisation, de soutien et de recherche.

Fondée en 1980 par Mary Lou Ballweg et Carolyn Keith, l'Association compte maintenant un réseau de sections, de groupes de soutien, d'organismes de parrainage et de femmes atteintes d'endométriose, et ce, dans plus de 66 pays. Des Canadiennes se sont jointes à l'Association dès sa fondation.

Des renseignements sont disponibles dans plus de 20 langues, ainsi que deux livres intitulés Overcoming Endometriosis et The Endometriosis Sourcebook.