Quelqu'un comme moi: Les femmes qui en aident d'autres dans des groupes d'entraide

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par Jennifer Poole

Au dernier décompte, le Conseil canadien de développement social évaluait à plus d'un million le nombre de Canadiens qui sont membres de groupes d'entraide. La plupart d'entre eux sont des femmes.

Quel que soit la situation que nous affrontons, que ce soit le cancer, la dépression, l'arthrite, les soins à donner ou le fait d'être parent, très souvent, notre instinct nous pousse à nous confier à une personne qui a vécu la même expérience et qui connaît bien la situation que nous vivons. Nous avons recours à nos amies, nos soeurs, nos mères et à nos réseaux pour bénéficier de ce soutien spécial que nous trouvons auprès de nos pairs, le type d'appui qui nous offre de l'information, des conseils et de l'espoir.

Au Canada, il y a de plus en plus de femmes qui se tournent vers des groupes d'entraide. Les femmes se rencontrent pour échanger dans les Cafés, les centres communautaires, les sous-sols d'église et sur Internet. Les femmes se soutiennent pour affronter le cancer du sein et la dépression, pour arrêter de fumer. Elles le font chaque jour, dans toutes les communautés du pays.

Un groupe d'entraide s'appuie sur des principes de bénévolat et de continuité. Il est à but non lucratif et mené par des personnes "qui ont aussi passé par là". Ses animatrices sont des citoyennes ordinaires : des mères, des bénévoles, des aînées et des jeunes, des personnes dont la seul compétence réside dans le fait qu'elles possèdent un vécu en rapport à des questions comme l'arthrite, l'abus ou la ménopause.

Les groupes d'entraide ne sont pas des groupes de thérapie. Ce sont des réseaux officieux regroupant des personnes qui partagent une situation de vie ou un vécu commun. Les membres se rencontrent en personne ou par l'intermédiaire du téléphone ou de sites de bavardage Internet. Elles parlent. Elles échangent de l'information. Elles créent un espace pour l'espoir.

L'entraide aide-t-elle?

Selon Bryan Hyndman, "les participants actifs signalent un taux de satisfaction supérieur face à la vie, une diminution du recours aux traitements, une hausse de l'estime personnelle, une capacité d'adaptation plus grande et une attitude plus positive envers leur problème".

L'entraide aide-t-elle? Voilà la question que pose Hyndman, du Centre for Health Promotion de l'Université de Toronto, dans le cadre de sa recherche sur les groupes. Il nota que les membres de groupes qui souffraient de problÈmes de santé mentale chroniques passaient moins de temps à l'hôpital, que les femmes atteintes de cancer du sein avec métastases vivaient plus longtemps et que les pourvoyeuses de soins amélioraient leurs habiletés de relation interpersonnelle, éprouvaient moins de colère face à la personne sous leurs soins et souffraient moins de dépression.

Toutefois, il y a des limites. Les groupes d'entraide ne conviennent pas à toutes les femmes et ils ne constituent certainement pas la seule "solution". Ces groupes sont conçus dans le but de complémenter et non remplacer les autres ressources de soutien vitales, dont le counseling, les réseaux sociaux et les groupes animés par des professionnelles.

Tu me connais

Il est évident que le ciment d'un tel groupe est la sensation de ne plus être seule.

"Quinze personnes sont venues ici, à la maison, pour la première rencontre. Ce fut magique. C'était comme si tout le monde était à la recherche d'une telle expérience. Le lien s'est créé tout de suite", témoigne l'une des participantes. "Je ne sais vraiment pas comment l'exprimer avec des mots, mais tout le monde avait l'impression que 'Ah oui, tu me connais et tu sais ce que je vis'".

Des centres d'entraide existent partout au Canada. Leur mandat est d'aider les individus à former ou à trouver de tels groupes, à l'échelle locale. Ces centres offrent de l'information, des services de références et de consultation, ainsi que de la formation pour fonder des groupes, en plus d'offrir des ressources et un soutien moral. Le plus important de ceux-ci est le Self-Help Centre of Greater Toronto, un organisme affilié au Centre for Health Promotion de l'Université de Toronto.

À ce centre, le personnel et les bénévoles aident à la création de près de 100 groupes par année, étudient des milliers de demandes de soutien et d'information, offrent des ateliers mensuels sur la création de groupes, coordonnent des conférences annuelles et parrainent trois projets de soutien par des pairs.

Lorsque nous rencontrons une personne qui a passé par les mêmes épreuves, qui a vécu l'expérience que nous vivons maintenant que ce soient donner des soins, être en dépression ou vivre une première expérience de maternité nous trouvons cet appui si spécial, celui qui nous met en contact avec de l'information, des conseils et de l'espoir. Nous commençons à saisir l'essence véritable de l'entraide.

Une semaine de sensibilisation à l'entraide sera tenue en Ontario, du 16 au 21 novembre 1998.

Jennifer Poole, TSH, est coordonnatrice du Ontario Self-Help Network.

Self-Help Resource Centre of Greater Toronto
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