L'histoire d'une femme - l'affaire de toutes

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C'est une jeune femme autochtone de 23 ans vivant à Winnipeg qui se trouve au centre du débat entourant le cas de «G», à qui un tribunal a ordonné d'entreprendre une cure de désintoxication l'été dernier alors qu'elle était enceinte de cinq mois et de son quatrième enfant. L'organisme qui avait intenté la poursuite, et qui lui avait auparavant enlevé deux de ses enfants dès la naissance, les Services à l'enfant et à la famille de Winnipeg (CFS), alléguait que «G» n'était pas disposée à cesser sa consommation de colle, et que ceci mettait la santé du foetus en danger. Selon les diagnostics, plusieurs des enfants de «G» sont atteints du syndrome d'alcoolisme foetal (SAF).

Cette décision a été renversée par la Cour d'appel du Manitoba, et «G» a entrepris un traitement de désintoxication de son propre gré, suite auquel elle a réussi à se libérer de son accoutumance. William, son bébé âgé de six mois, est en bonne santé et semble se développer normalement. Il est cependant trop tôt pour déterminer s'il est atteint du SAF.

Toutefois, n'étant pas satisfaits du jugement, les représentants de l'organisme de Winnipeg décidèrent de se tourner vers la Cour suprême afin d'obtenir le droit d'obliger les femmes toxicomanes à suivre une cure de désintoxication sans leur consentement -- un droit auquel on n'aurait recours que dans les cas extrêmes, selon les dires des requérants. Ils ont fait appel à la plus haute instance juridique du pays pour l'obtenir.

Des causes comme celles-ci ont une portée sociale, juridique et quelquefois même constitutionnelle importante; c'est pourquoi la Cour suprême du Canada permet aux groupes concernés de présenter leur point de vue. Les groupes qui se sont rangés du côté de la partie appelante (CAF) étaient les suivants : l'Alliance pour la vie, le Catholic Group for Health, le groupe Justice an Life, le Evangelical Fellowship of Canada, le Christian Medical and Dental Society, l'Association des centres-jeunesse du Québec, le Southeast Child and Family Services, le West Region Child and Family Services, et le gouvernement du Yukon.

La cause de «G» fut défendue par la Coalition pour les droits des femmes (qui regroupe la Clinique de santé des femmes, l'association Métis Women of Manitoba, le Native Women's Transition Centre, et la Ligue des droits et libertés du Manitoba), ainsi que le Fonds d'action et d'éducation juridiques pour les femmes (FAEJ), l'Association canadienne pour le droit à l'avortement, et l'Association canadienne des libertés civiles.

La directrice générale de la Clinique de santé des femmes de Winnipeg, Barbara Wiktorowicz, a déclaré que la coalition considérait cette cause comme «une affaire qui concernait toutes les femmes, en particulier les femmes autochtones.»

Elle ajoute : «Les femmes se sentent éminemment responsables de l'état de santé des enfants auxquels elles donnent naissance, et c'est une attitude qu'il nous faut encourager en tant que société. Nous croyons fermement à ce vieux dicton des sages-femmes qui dit : Prends soin de la mère, et tu répondras aux besoins de l'enfant. En fin de compte, on ne peut séparer les intérêts de l'enfant de ceux de la mère en matière de santé : ils sont inextricablement liés. Pour résoudre cet épineux problème que pose la question des femmes et de la toxicomanie, nous avons besoin de services qui sont sensibles aux besoins des femmes, et non pas d'une loi.»