UNE COALITION S'ORGANISE en Colombie-Britannique autour du cas de «G»

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par Nancy Poole

Mon expérience de travail au sein de programmes de traitement destinés aux femmes toxicomanes m'a amené à constater qu'au Canada, celles qui se préoccupent des questions ayant trait aux femmes et à la toxicomanie ont tendance à travailler sans se concerter : d'un côté, il y a les militantes en matière de toxicomanie et des femmes; de l'autre, il y a les femmes qui travaillent dans le domaine de la prévention de troubles du développement liés à la consommation de psychotropes (TDLCP). La polarisation de l'opinion publique concernant le cas de «G» reflète bien les difficultés que nous éprouvons à trouver un terrain d'entente sur de telles questions.

Les intervenantes en prévention (TDLCP) ont eu tendance à se concentrer sur la problématique de la santé des enfants dont les mères avaient été consommatrices d'alcool ou de drogues alors qu'elles étaient enceintes. Tout comme la société en général, ces travailleuses doivent s'efforcer de faire preuve d'ouverture et de compassion envers les femmes qui continuent à être toxicomanes pendant la grossesse, et doivent aussi accepter qu'en matière de traitement, une approche holistique axée sur l'autonomie et choisie de son plein gré peut s'avérer efficace.

Quant à nous, féministes oeuvrant dans le domaine de la toxicomanie, nous sommes consternées devant le fait que la société ne semble guère se préoccuper des femmes toxicomanes, sauf lorsqu'elles sont enceintes, et que trop peu de programmes de traitement répondent à leurs besoins à long terme en matière de santé, tout en respectant les différences entre elles. En nous efforçant d'attirer l'attention sur ces besoins, nous avons pour notre part oublié, parfois, d'aborder certaines questions liées à la consommation des psychotropes durant la grossesse.

Actuellement, ce qui se déroule à Vancouver fait malgré tout figure d'exception, et ceci nous semble très encourageant. Les deux domaines n'y sont désormais plus cloisonnés, et nous avons appris à connaître et apprécier nos points de vue respectifs. Au cours des dix dernières années, les intervenantes en matière de TDLCP ont mis au point des services innovateurs destinés d'une part aux femmes pour lesquelles le risque d'avoir un enfant atteint du syndrome d'alcoolisme foetal est élevé, et d'autre part à celles qui doivent prendre soin d'un enfant qui en est atteint.

Deux projets fournissent un bel exemple du type de services ainsi offerts : le programme Sheway, qui offre des services de sensibilisation et de soutien aux femmes enceintes, et le Crabtree Corner FAS/E Prevention Project du YWCA (voir l'encadré). Au cours de la dernière année à Vancouver, des liens précieux ont été créés entre les intervenantes en traitement de la toxicomanie et les femmes oeuvrant dans le domaine des TDLCP, ces dernières ayant fait preuve d'une grande ouverture en accueillant leurs collègues dans leurs rangs.

Voilà le contexte dans lequel s'est effectué le travail médiatique que nous avons entrepris autour du cas de «G». Des représentantes du Centre Aurora (un programme de traitement à volets multiples pour les femmes toxicomanes offert au Children's and Women's Health Centre de la Colombie-Britannique) avec l'appui du nouveau Centre d'Excellence pour la santé des femmes de la Colombie-Britannique, ont entrepris de créer des ponts entre les femmes travaillant sur les questions liées aux TDLCP, celles qui promouvoient la santé des femmes autochtones, et les intervenantes oeuvrant au sein de programmes de traitement. Le consensus que nous avons atteint a fait l'objet d'une déclaration publique de notre part.

Il devenait donc essentiel à notre avis de remettre en question la notion selon laquelle les femmes enceintes ayant des problèmes de toxicomanie ne sont pas en mesure de faire les choix nécessaires pour s'en sortir, et d'insister sur le fait que les intérêts de la mère et de l'enfant en matière de santé sont inextricablement liés. Nous voulions également souligner que les programmes de traitement volontaires qui offrent du soutien et permettent aux femmes toxicomanes enceintes de se prendre en main sont efficaces, et que ces programmes sont trop peu nombreux.

Le 16 juin dernier, deux jours avant que le cas de «G» soit entendu devant le tribunal, les membres de notre coalition (voir la note 1) ont livré leur message par le biais d'une déclaration percutante devant les médias et un groupe important de gens sensibilisés à cette cause, au cours d'une conférence de presse tenue au YWCA à Vancouver.

Nous comptons désormais concentrer nos efforts vers le nouveau ministère des Enfants et de la Famille de la Colombie-Britannique, dont nous voudrions influencer les directives sur ces questions. La solidarité exprimée à notre endroit par le Centre de santé des femmes de Winnipeg et par les autres membres de la Women's Health Rights Coalition nous a encouragées, et nous espérons pouvoir célébrer prochainement notre victoire à toutes, lorsque la Cour suprême du Canada aura rendu sa décision.

Nancy Poole est conseillère au Centre Aurora du Children's and Women's Health Centre de la Colombie-Britannique. Elle travaille également en collaboration avec le Centre d'excellence pour la santé des femmes de la Colombie-Britannique.