Les contraceptifs injectables

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Entretien avec Farida Akhter sur l'utilisation du Depo-Provera au Bangladesh

par Debra Isabel Huron

L'utilisation du Depo-Provera vient tout juste d'être approuvée au Canada, et cela soulève à nouveau des préoccupations sur les effets que peut avoir cette substance sur la santé des femmes et sur leur autonomie, non seulement ici mais également dans le Tiers-Monde.

Le Depo-Provera est l'une parmi plusieurs méthodes de contraception hormonale à durée prolongée (tout comme Norplant et Noristerat) qui sont fréquemment administrées aux femmes dans les pays en voie de développement qui offrent des services de santé locaux peu élaborés ou qui n'en possèdent pas du tout. Ces produits doivent être administrés par un médecin.

Network/Le Réseau s'est entretenu avec Farida Akhter du Bangladesh, un pays où le Depo-Provera est utilisé depuis plus de dix ans, lors de la visite récente de cette dernière au Canada. Akhter est directrice générale de l'organisme UBINIG (Policy Research for Development Alternatives) et une membre active de FINNRAGE (Feminist International Network of Resistance to Reproductive and Genetic Engineering).

Selon Mme Akhter, les effets secondaires nocifs reliés à l'utilisation du Depo-Provera ont été largement documentés au Bangladesh; ils incluent des troubles de la vue et l'augmentation du poids, l'aménorrhée (l'absence de menstruations) et des pertes sanguines excessives, ce dernier effet secondaire pouvant avoir des conséquences graves pour les femmes souffrant d'anémie ou de sous-alimentation.

Mme Akhter croit que l'approbation donnée par le Canada accordera à Depo-Provera une plus grande légitimité aux yeux du gouvernement du Bangladesh. «Auparavant», dit-elle, «nous pouvions au moins faire valoir que dans les pays développés, les femmes n'étaient pas exposées à cette forme de contraception.»

Bien qu'à l'origine les contraceptifs injectables tels que le Depo-Provera ont été mis au point pour les femmes des pays développés, Farida fait remarquer que ces produits n'ont pas réellement trouvé preneur à cause des effets secondaires qu'ils causent; les sociétés pharmaceutiques se sont alors tournées vers les gouvernements des pays en voie de développement afin de vendre leurs produits.

«Il faudra affronter le fait que les gouvernements comme le nôtre s'engageront de plus en plus sur la voie des produits injectables et des implants», commente Farida. «Personne ne semble s'en soucier... les sociétés pharmaceutiques veulent se servir du corps des femmes pour écouler leurs produits, tandis que les gouvernements veulent contrôler la fertilité de ces dernières.»

Au Bangladesh, le programme national de planification familiale parle de «choix pour les femmes» mais en fait, «un organisme de planification familiale choisira un traitement tel que le Depo- Provera parce qu'il est plus facile à administrer, et qu'il est plus fiable si on le compare à la pilule contraceptive.»

Depuis plusieurs années, le Noristerat, un autre type de contraceptif injectable, a été administré aux femmes bangladeshi des régions rurales et ce, presque de façon interchangeable avec le Depo- Provera, même si les deux contraceptifs sont constitués de composés distincts et qu'ils causent des effets différents.. De plus, la durée des effets contraceptifs du Noristerat est de deux mois, tandis qu'elle est de trois mois dans le cas du Depo-Provera.

«Depuis plusieurs années, les travailleurs de la santé en région rurale ne savent pas si ce qu'on leur envoie de Dhaka (la capitale) est du Depo-Provera ou du Noristerat; alors, ils administrent les contraceptifs injectables sur une base moyenne d'une fois par deux mois et demi», dit Mme Akhter.

Debra Isabel Huron est écrivaine et vit à Ottawa. Ses articles sur les questions ayant trait à la santé des femmes ont été publiés dans Herizons, Healthsharing et The Women's Monitor.