Une entrevue avec Abby Hoffman

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Ancienne représentante en athlétisme aux jeux olympiques et figure de premier plan sur la scène du sport canadien pendant plus de 30 ans, Abby Hoffman a été faite Officier de l'Ordre du Canada en 1982, en reconnaissance de sa contribution au sport et aux services publics.

Maintenant directrice générale du Bureau pour la santé des femmes, Abby Hoffman est chargée de la coordination des activités et des politiques liées à la santé des femmes à Santé Canada. Une grande partie de son travail consiste à s'assurer, avec d'autres, que le système de santé canadien reconnaisse les besoins des femmes en matière de santé et y apporte réponse. Dans cette perspective, Hoffman a joué un rôle clé dans le développement des Centres d'excellence pour la santé des femmes.

Le gouvernement fédéral a récemment annoncé que cinq Centres d'excellence pour la santé des femmes avaient été sélectionnés. Ceci représente un important pas en avant vers l'introduction des questions liées à la santé des femmes dans les programmes politiques canadiens.

Chacun des centres réalisera des recherches non cliniques fondées sur l'analyse des politiques, qui viseront à apporter des changements positifs en ce qui a trait aux services et à l'attention accordée à la santé des femmes. Les centres conseilleront également le gouvernement et d'autres organisations en matière de politiques. Le programme sera administré par le Bureau pour la santé des femmes de Santé Canada et par un Groupe consultatif national.

Nous avons demandé à Abby Hoffman de partager avec nous son point de vue concernant les effets éventuels de ce programme sur la santé des femmes.

Réseau : Que sont les Centres d'excellence pour la santé des femmes?

ABBY HOFFMAN : Le but d'un centre d'excellence est de réunir les personnes et les organisations qui s'intéressent à la santé des femmes et qui ont développé une expertise en la matière. Nous espérons que le programme ainsi que chacun des centres généreront des connaissances nouvelles et pertinentes concernant la santé des femmes.

Réseau : Qu'entendez-vous par «expertise»?

A.H. : Dans ce cas, nous ne parlons pas d'«expertise» en référence strictement à la recherche traditionnelle. L'expertise s'étend aux personnes qui ont acquis une expérience dans le travail sur le terrain ou en fournissant des services à l'intérieur du système de santé, ou aux personnes qui connaissent d'une manière générale les questions liées à la santé des femmes.

Réseau : Il ne s'agit donc pas seulement de chercheurs?

A.H. : Non. Les personnes associées à un centre peuvent faire de la recherche, mais elles peuvent aussi bien travailler dans les domaines des communications, du droit ou de l'analyse des politiques. Ce que nous visons, c'est à concentrer les efforts sur la base de ressources financières adéquates afin que les personnes puissent consacrer leur temps et leur énergie à la réflexion et au travail sur les questions relatives à la santé des femmes.

Réseau : Pourquoi la réflexion et le travail sur ces questions sont-ils importants?

A.H. : Il y a un manque d'information concernant la manière dont le système de santé réussit ou non à répondre aux préoccupations des femmes en ce qui a trait à la santé, et il y a un besoin de générer un nouveau type d'information et de compréhension relativement à la santé des femmes.

Au cours des cinq ou six dernières années, la prétendue réforme de lasanté a fait partie des priorités de tous les gouvernements provinciaux. Toutefois, la somme des travaux de recherche rattachés àces politiques et réalisés en fonction des effets de la réforme de la santé sur les femmes et la santé des femmes est minime.

Réseau : Pourquoi cela?

A.H. : Il y a deux raisons. Historiquement, la majorité des reserches sur la santé ont été axées sur l'étude des principales maladies, les soins et les traitements. On a prêté considérablement moins d'attention aux facteurs qui déterminent la santé des gens et à l'influence du système de santé. En second lieu, relativement peu de personnes ont reconnu le fait que notre système de santé puisse toucher différemment les hommes et les femmes, et qui ces différences valent la peine d'être étudiées.

Réseau : Qui décidera de ce qui fera l'objet de recherches dans les centres?

A.H. : Chaque centre sera différent, mais je pense que ce qui fera l'objet de recherches devra être influencé par les personnes qui se trouvent au-delà de la communauté de recherche. L'un des rôles du Réseau canadien pour la santé des femmes (RCSF), c'est d'aider à établir un programme de recherche qui soit pertinent à travers la variété de ses contacts et de ses réseaux.

Réseau : Quelles ont été les réactions des personnes qui travaillent sur le terrain?

A.H. : À mon avis, les réactions sont généralement favorables. Je pense que ce que les gens aiment entre autre, c'est que le fait de donner de nouvelles assises au programme soit un facteur déterminant dans l'approche de la santé. Cette approche ne dit pas que les seules choses qui contribuent à la santé des femmes proviennent des médecins. Elle dit que plusieurs facteurs - politiques, économiques, sociaux, culturels - influencent la santé des femmes.

Je pense aussi que les personnes qui font partie des organisations de base y voient une occasion d'établir un lien avec l'un des centres, que ce soit directement ou par le biais du travail que réalise le RCSF en vue d'influencer les programmes de recherche.

Réseau : Que dites-vous aux femmes qui sont sceptiques devant ce type d'approche fondée sur le partenariat?

A.H. : Quand vous essayez de réunir des personnes et des organisations ayant différentes perspectives, il y a toujours des difficultés qui surviennent dans la recherche des manières de travailler ensemble. Je considère le partenariat comme un travail en développement: il n'existe pas une seule et bonne manière de faire les choses ou un état de satisfaction absolu où tout, les participants et les processus souhaités, seraient en place. Ce n'est pas parce que toutes les parties n'en arrivent pas à un accord parfait qu'il faut tout lâcher ou attendre jusqu'à ce que nous ayons atteint une manière parfaite de travailler. Toutes les personnes devraient sentir qu'elles sont là à la fois pour contribuer et pour apprendre, et pour trouver des points communs afin que nous participions ensemble au même ouvrage, en créant quelque chose de cohérent et d'utile.

Réseau: Est-ce qu'il y a des points communs?

A.H. : Parmi les propositions que nous avons reçues, aussi bien les 25 originales que les 13 qui ont cheminé dans le processus de sélection, il semble qu'il y ait de quoi construire des partenariats qui seront éventuellement très efficaces.

Réseau : Que signifie le programme pour la santé des femmes en tant que domaine de recherche?

A.H. : Les centres vont fournir des individus et des équipes de recherche, en leur offrant la possibilité de réaliser un travail qui autrement ne serait pas fait. Il n'a pas été facile pour les universitaires de bâtir une carrière professionnelle autour de la santé des femmes, en particulier si l'idée est d'utiliser une grille fondée sur les déterminants, parce que ce domaine n'a pas été tenu en haute considération. Il faut créer une plus grande crédibilité à l'égard du domaine de la santé des femmes et, nous l'espérons, le programme sera une contribution en ce sens.

Réseau : Pourquoi la santé des femmes n'a-t-elle pas reçu la considération qu'elle méritait?

A.H. : La santé des femmes requiert une perspective interdisciplinaire, ce qui n'est pas la norme dans le milieu universitaire. Je pense que la santé des femmes requiert un nouveau type de perspective et de formation. Les personnes engagées dans les centres vont essayer de concevoir la manière dont toutes ces disciplines ainsi que les expertises des individus pourront être réunies.

Réseau : Selon vous, où en seront rendus les centres dans quelques années?

A.H. : J'espère que grâce aux centres il y aura, à l'intérieur du système, une conscience générale plus grande et une injection d'énergie en ce qui a trait à la santé des femmes. Il y aura une somme plus considérable de travail orientée vers la santé des femmes au Canada et l'on aura procédé à une meilleure identification des questions qui demandentque l'on continue à travailler. J'espère que les personnes intéressées par ces questions réussiront à obtenir plus d'argent de la part des principales institutions qui financent la recherche dans le domaine de la santé. Je me plais à espérer que, à mesure que se développera le système de santé canadien, les centres et leurs associés des différentes régions du pays deviendront des ressources-conseils hautement respectées en matière de politiques.