Le congrès de Saskatoon sur l'assurance-médicaments : Suggère une cure pour les coûts pharmaceutiques élevés

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Par Barbara Mintzes


De tous les pays soutenant une assurance de santé national, le Canada est le seul à ne pas couvrir les frais de médicaments. La dernier le Forum canadien nation al sur la santé est un comité réuni par le gouvernement, qui, durant deux ans, s'est penché sur le système de soins de santé canadien. Le Forum a recommandé que le gouvernement mette sur pied un régime national d'assurance-médicaments, dans le but de réduire les coûts de santé et d'améliore la qualité des soins.

En janvier dernier, un congrès portant sur les enjeux d'un régime d'assurance-médicaments, a été organisé par le gouvernement fédéral. J'ai assisté à cet événement qui s'est déroulé à Saskatoon et auquel participaient trois cents personnes. Parmi les participantes et participants, on retrouvait également des médecins, des pharmaciennes et pharmaciens, des ministres provinciaux de la santé, des porte-parole des compagnies pharmaceutiques canadiennes et multinationales, ainsi que des représentantes et représentants des universités, des comités de patients, des associations de consommatrices et consommateurs, ainsi que des groupes communautaires.

J'ai été sidérée d'entendre la conférencière invitée Judith Maxwell, présidente des Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques (RCRPP) et membre du conseil d'administration de La Mutuelle du Canada, déclarer à l'auditoire que 90 % de la population canadienne voyait déjà ses frais de médicaments couverts par un régime d'assurances. Maxwell a affirmé qu'il suffisait d'apporter quelques correctifs minimes pour « combler les lacunes ». Inquiet de ce que le congrès emprunte cette tangente, un groupe de délégué(e)s, incluant Mike McBane et Kathleen Connors de la Canadian Health Coalition, a immédiatement fait pression sur l'assemblée pour ramener le débat au cœur de la question d'un régime universel d'assurance-médicaments assumé par la collectivité.

Le lendemain, le ministre de la Santé Allan Rock semblait reconnaître qu'un régime universel d'assurance-médicaments pourrait être le moyen le plus juste et le plus efficace de pourvoir la population en médicaments. « Au bout du compte, a-t-il déclaré, il n'est pas possible d'assurer des soins médicaux de qualité si une part croissante des services essentiels est laissée pour compte dans le système de santé. » Il ne faut pas s'attendre toutefois à ce qu'un régime d'assurance-médicaments soit mis en place à court terme. Rock a souligné que le gouvernement fédéral n'imposera pas de nouveaux programmes aux provinces.

Les regroupements de consommatrices et consommateurs, les groupes d'aîné(e)s, les autochtones, les syndicats et les défenseuses et défenseurs des droits en matière de santé ont la conviction qu'un régime d'assurance-médicaments devrait faire partie intégrante de notre système de santé. Plusieurs employeurs voient d'un bon oeil l'établissement d'un tel régime, car si les médicaments sont défrayés à même les taxes, ils n'auront plus à assurer ces frais dans le cadre de leur propre régime. En revanche, les compagnies d'assurance privée perdraient ainsi ce marché, et ne sont donc pas en faveur d'un tel régime. De même, l'Association canadienne de l'industrie du médicament (ACIM), qui représente des multinationales en produits pharmaceutiques, ne veut pas de ce régime, car ce dernier risque fort de faire baisser le prix des médicaments et de limiter fortement les ventes des nouveaux produits. En effet, les nouveaux médicaments sont habituellement plus coûteux. Il se peut que l'assurance-médicaments n'inclue pas le nouveau médicament si un produit équivalent et plus abordable est déjà disponible.

Mais une question se pose - Avons-nous les moyens de nous offrir un régime d'assurance-médicaments? Comme Kapil Khatter de la Ligue pour la lutte contre la pauvreté le faisait remarquer aux délégué(e)s : Nous payons déjà nos médicaments. Il s'agit de savoir » qui paie? « La plupart des travailleuses et travailleurs professionnels ou syndiqués bénéficient déjà d'un régime d'assurance financé par l'employeur. Les employé(e)s à temps partiel ou non syndiqué(e)s, qui sont aussi en majeure partie des femmes, ne jouissent pas d'une assurance-médicaments. Le système actuel est également incohérent : les personnes prestataires d'aide sociale sont couvertes, mais non celles bénéficiant de l'assurance-chômage; les membres des Premières Nations jouissent d'une assurance, au contraire des Métis et des autochtones non-inscrits. La couverture des médicaments prescrits dans le cas de maladies chroniques varie également d'une province à l'autre. Khatter a souligné l'injustice fondamentale de cette approche en pièces détachées, que l'on retrouve dans le système d'assurance-médicaments.

Les arguments économiques semblent pourtant aller dans le sens de l'établissement d'une telle assurance. L'an dernier, le gouvernement québécois a instauré un régime mixte d'assurance-médicaments, qui est à la fois public et privé. Kathleen Gorman, membre d'une association québécoise de consommatrices et consommateurs, a déclaré, à l'assemblée, que les familles à faible revenu ont vu leurs frais médicaux s'accroître, ayant à assumer de lourdes primes d'assurance privée. Une analyse préliminaire, réalisée par un économiste de la Colombie Britannique, a révélé que le nouveau système québécois a permis à la province d'économiser plus de trois cents millions de dollars l'an dernier, mais que, du même coup, les personnes pauvres et les gens âgés ont dû collectivement débourser cette même somme pour obtenir leurs médicaments.

Immédiatement après la clôture du congrès, un groupe national de travail sur les politiques en matière de médicaments fut mis sur pied. Sa mission consistera à oeuvrer à l'établissement d'un régime universel d'assurance-médicaments défrayé par les fonds publics. Le groupe prône également le principe d'une imputabilité auprès de la population, en ce qui a trait à l'ensemble des dispositions régissant les produits pharmaceutiques, en plus de préconiser un meilleur contrôle quant à la promotion des médicaments.

Pour communiquer avec ce groupe de travail, veuillez contacter Barbara Mintzes :
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