Note de la rédactrice

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Qu’il s’agisse de changements climatiques ou des toxines qui s’infiltrent dans l’air, l’eau et la nourriture et qui nous assaillent quotidiennement, les transformations que subit l’environnement influent sur notre santé, et les effets ne sont pas les mêmes chez les femmes et les hommes. Ce numéro de la revue Le Réseau vous offre un éventail d’articles portant sur les conséquences des changements environnementaux sur la santé, notamment sur la santé des Canadiennes.

Nous avons suscité la participation d’organisations et de personnes qui ont collaboré avec le RCSF depuis plusieurs années et qui offrent des analyses de fine pointe sur l’état de l’environnement et les impacts sur la santé des femmes, dont Action cancer du sein de Montréal (ACSM), le Réseau québécois des femmes en environnement (RQFE), Action pour la protection de la santé des femmes (APSF), le Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu (RPSFM), DES Action Canada et le Women’s Healthy Environments Network (WHEN). Ces groupes et d’autres au Canada jouent un rôle essentiel dans la conversion des résultats de recherche dans le domaine de l’environnement et la santé des femmes en interventions et en politiques gouvernementales. Cette année, nous au RCSF, mettons l’accent sur l’environnement et nous sommes très heureuses de nous joindre à cette équipée.

Vous trouverez dans cette parution deux articles sur le thème des changements climatiques, qui explorent l’impact sur la santé des femmes. L’un présente le point de vue des femmes inuites du Nunatsiavut (territoire inuit à Terre-Neuve et au Labrador), et l’autre offre une analyse des politiques canadiennes sur les changements climatiques et ce qu’il faut introduire pour que celles-ci puissent répondre aux préoccupations des femmes en matière de santé. L’un des objectifs que nous nous sommes fixés dans ce numéro est de livrer ces messages auprès des décideurs fédéraux. C’est donc à cette fin que nous résumerons certains articles pour en faire des mémoires, lesquels seront présentés au gouvernement en début de la nouvelle année.

Il faut urgemment mener des analyses comparatives entre les sexes dans le dossier des effets environnementaux sur la santé. Depuis les années 1930, les scientifiques ont produit un impressionnant corpus de preuves qui démontrent les différents effets produits sur les femmes et les hommes exposés aux substances toxiques. Parmi ceux-ci, notons Rachel Carson, auteure du livre Le Printemps silencieux, qui a documenté ces effets, ainsi que Theo Colburn, Ph.D., auteure de Our Stolen Future, Myriam Wyman, éditrice de Sweeping the Earth: Women Taking Action for a Healthy Planet, et plus récemment la Dre Devra Lee Davis, auteure de The Secret History of the War on Cancer.

Nombre de toxines présentes dans l’environnement sont des perturbateurs hormonaux qui influent sur les hormones régulatrices de processus développementaux dans le corps. Les effets varient selon l’étape du processus développemental au moment de l’exposition. Toutefois, ils varient possiblement davantage entre les femmes/les filles et les hommes/les garçons puisque leurs systèmes hormonaux et leurs processus développementaux diffèrent.

Le premier estrogène synthétique, le diéthylstilbestrol (DES), par exemple, est un perturbateur endocrinien. Prescrit à grande échelle à une génération de femmes enceintes jusqu’à ce que les effets nocifs causés aux fœtus soient recensés, le cas du DES est un signal lancé aux scientifiques sur les possibles effets nocifs provoqués par d’autres perturbateurs endocriniens présents dans l’environnement et sur le besoin de prendre des (pré)cautions. Le cas du DES démontre les divers effets sur les fœtus masculins et féminins exposés in utero et confirme que les perturbateurs endocriniens peuvent provoquer une légère modification développementale qui peut entraîner une myriade de problèmes de santé, y compris le cancer, et ce des années ou même des décennies plus tard. Il illustre également que la présence de certaines substances chimiques, même d’une teneur négligeable, peut entraîner des effets très importants sur la santé.

Alors, que faisons-nous avec toute cette information?

Il semble que nous sommes à un moment de transition. De plus en plus de pesticides sont interdits, des restrictions sont imposées sur l’utilisation de certaines toxines comme le bisphénol A, les consommateurs exigent des solutions de rechange plus sécuritaires pour remplacer les produits toxiques et les sociétés déploient des efforts pour réduire leur impact sur le climat. Le temps est venu de mettre en place des politiques gouvernementales efficaces et réalisables qui reflètent l’apport de la recherche et la présence d’une conscience collective croissante au chapitre des facteurs environnementaux influant sur notre santé. Cette parution du Réseau se veut un catalyseur qui transforme cette conscience et les connaissances pertinentes en politiques gouvernementales. La transition est en cours mais nous avons encore beaucoup à faire.

Pour terminer, nous annonçons à notre le lectorat le départ de Kathleen O’Grady, qui œuvrait au RCSF en tant que directrice des communications et qui était en congé de maternité jusqu’à dernièrement. Kathleen a accepté un nouveau poste à Ottawa. Elle nous manquera et nous lui souhaitons de tout cœur beaucoup de bonheur dans sa nouvelle vie. Rédactrice en chef de cette revue depuis 2002, elle laisse derrière elle un legs impressionnant. Parmi ses nombreuses réalisations, elle a fait du Réseau une publication unique, qui fait état des recherches menées au Canada sur la santé des femmes et présente l’information dans un format accessible et intéressant, atteignant ainsi un large public. La barre est haute et en tant que nouvelle rédactrice en chef, je suis ravie de relever le défi. Je vous invite à me communiquer vos commentaires, vos opinions et vos suggestions d’articles. Le prochain numéro de la revue sera publié au printemps 2009 et portera sur la santé mentale au Canada. Ne le ratez pas!

Mes sincères salutations,

Ellen Reynolds
Directrice des communications