Combler le fossé : Un sondage examine l’accessibilité des maisons d’hébergement pour femmes

Taille du texte: Normal / Moyen / Grand
Version imprimableVersion imprimable

Par Jewelles Smith

Tiré du Réseau d’action des femmes handicapées du Canada

En 2008, le Réseau d’action des femmes handicapées (RAFH) du Canada a mené à bien la première phase de son Sondage national sur l’accessibilité et les mesures d’accommodement (SNAA). Cette phase était axée sur l’accessibilité des maisons d’hébergement et de transition aux femmes handicapées au Canada. Fin août 2008, un peu plus de 10 % des maisons avaient répondu au sondage.

DAWN-RAFH Canada avait déjà effectué une enquête semblable en 1990. On avait alors découvert que l’accessibilité d’un grand nombre de maisons était déficiente. De plus, l’accueil réservé aux femmes ayant un handicap mental était restreint; de nombreux employés refusaient en effet d’accepter celles-ci parce qu’elles étaient perçues comme des « clientes à problèmes ». La nouvelle version du sondage visait à réévaluer la situation et à vérifier si les mesures d’adaptation se sont améliorées. On a donc examiné l’accessibilité des établissements aux femmes handicapées et la mesure dans laquelle les programmes et services (notamment les services d’approche) répondent à leurs besoins, ainsi qu’aux besoins des mères handicapées à la recherche d’un refuge contre la violence qu’elles subissent. Indéniablement, des progrès ont été accomplis depuis 1990. Cependant, il reste beaucoup à faire pour faciliter encore davantage l’accessibilité des maisons d’hébergement aux femmes handicapées.

Résultats du sondage

De nombreuses maisons d’hébergement sont partiellement accessibles aux femmes à mobilité réduite, c’est-à-dire qu’elles sont dotées d’une salle de bain et d’une chambre à coucher adaptées et, dans certains cas, d’une rampe d'accès. Toutefois, les autres pièces du bâtiment ne sont pas accessibles dans bien des cas, ce qui peut notamment restreindre l’accès à la cuisine, à la buanderie ou aux salles communes. Un peu plus d’un tiers des maisons sont dotées d’un ATS (téléscripteur). Même si de nombreux efforts sont investis à l’échelle du pays pour répondre aux besoins en ce domaine, plus de 10 % des maisons doivent refuser des femmes souffrant de problèmes de santé mentale, car elles ne sont pas en mesure de les accueillir. Les femmes qui nécessitent l’aide d’une préposée aux soins personnels doivent elles-mêmes en louer les services. Autrement, la plupart des maisons d’hébergement refuseront de les accueillir, puisqu’elles ne peuvent fournir ce type de ressources. Bon nombre de maisons continuent de refuser des femmes, soit parce qu’elles fonctionnent à pleine capacité, soit parce que les chambres adaptées sont déjà occupées.

Femmes ayant des problèmes de mobilité

Même si 97 % des maisons d’hébergement ont rapporté avoir un jour répondu aux besoins des femmes handicapées, 45 % ont refusé de les héberger. Dans bon nombre de cas, les raisons invoquées concernaient le manque d’accessibilité (halls d’entrée, couloirs, escaliers, salles de bain et toilettes). Un certain nombre de maisons ont indiqué qu’elles ne pouvaient pas accueillir des femmes handicapées, car elles préconisaient un modèle « d’autonomie » et n’étaient pas en mesure d’offrir à celles-ci le soutien nécessaire.

Femmes ayant une maladie mentale

Les maisons d’hébergement ne disposent pas des moyens nécessaires pour accueillir des femmes souffrant d’une maladie mentale; plus de 10 % ont déclaré leur avoir refusé l’hébergement. Les raisons invoquées sont les suivantes : la complexité des besoins; les difficultés qu’éprouvent certaines femmes à vivre en groupe; le manque de ressources pour répondre aux besoins des personnes instables, qui ne prennent aucun médicament et ne sont pas disposées à participer à un programme de traitement.

Femmes sourdes ou malentendantes

Il existe encore de nombreuses maisons d’hébergement et de transition inaccessibles aux femmes sourdes ou malentendantes parce qu’elles ne sont pas dotées d’un ATS. Sans cet appareil téléscripteur, impossible pour ces femmes de communiquer avec une maison d’hébergement sans l’aide de quiconque. Par ailleurs, la plupart des établissements ne disposent pas de dispositifs d’alarme, de réveils ou d’écrans qui s’illuminent pour avertir que quelqu’un frappe à la porte, que le réveil sonne ou qu’un enfant pleure.

Chercher des solutions

La majorité des maisons se sont dites disposées à trouver des moyens de répondre aux besoins des femmes handicapées et de leurs enfants. Bon nombre ont indiqué toutefois leur situation financière ne le leur permettait pas de le faire. Parmi celles qui ont récemment effectué des rénovations, 12 maisons sur 22 ont déclaré avoir procédé à des travaux majeurs en vue d’accueillir des femmes handicapées. Six maisons d’hébergement ont reconnu que le manque de fonds était un obstacle énorme à l’achèvement des aménagements nécessaires pour rendre l’espace plus accessible. En outre, plusieurs répondantes ont déclaré qu’une partie de l’établissement ou une partie des bâtiments était accessible aux fauteuils roulants. Une maison d’hébergement a déclaré qu’il n’était pas nécessaire d’aménager un espace accessible puisque personne n’en avait exprimé le besoin jusque là. Plusieurs établissements sont situés dans des bâtiments anciens qui ne peuvent pas être rénovés; une responsable a indiqué que le bail n’autorisait pas les rénovations. Le commentaire suivant résume le sentiment général exprimé par bon nombre de répondantes : « Notre accessibilité est limitée, mais nous saisissons toutes les occasions possibles pour améliorer la situation. Nous manquons toutefois de ressources pour faire tout ce que nous souhaiterions. »

L’accueil des mères handicapées

Le sondage mené par DAWN-RAFH Canada et les appels que l’organisme reçoit montrent clairement que les femmes handicapées qui sont mères de famille (et parfois d’un enfant handicapé) sont le groupe le moins bien desservi par le modèle actuel des refuges d’urgence. Selon certaines maisons d’hébergement, des fonctionnaires auraient même recommandé, au lieu d’octroyer des fonds pour répondre aux besoins des mères handicapées, de reconfier la garde des enfants au parent physiquement apte, souvent l’auteur des mauvais traitements. Même si elles ne disposaient pas des services et des fonds nécessaires pour leur venir en aide, ces maisons ont trouvé malgré tout les moyens de veiller à ce que les mères et leurs enfants soient en sécurité et reçoivent les soins nécessaires.

Très peu de maisons d’hébergement disposent d’équipement adapté (berceaux, pièces secondaires accessibles aux parents et aux enfants, aides à l’hygiène et aux soins corporels). Par ailleurs, les bâtiments à plusieurs étages n’en compte souvent qu’un seul répondant aux normes d’accessibilité. Certaines maisons n’admettent pas les enfants, ce qui constitue une source de stress supplémentaire pour toutes les femmes à la recherche d’un refuge contre la violence et la pauvreté. C’est là une question que DAWN-RAFH Canada entend approfondir davantage, afin de comprendre comment les mères handicapées s’y prennent pour surmonter l’épreuve de la violence, la perte de leur foyer et l’absence de domicile fixe.

Conclusions

La créativité et la bonne volonté du personnel des maisons d’hébergement face aux besoins particuliers des femmes handicapées méritent d’être soulignés. La majorité des maisons ont en effet indiqué qu’elles essayaient d’y répondre lorsqu’une demande leur était adressée. De nombreuses répondantes se sont inspirées du sondage pour réfléchir aux moyens de rendre leur établissement plus sécuritaire pour les femmes handicapées et demandé des renseignements supplémentaires sur l’accessibilité. Souvent, des aménagements légers, mais bien précis, suffisent pour permettre aux femmes handicapées d’être autonomes durant leur séjour.

Le manque de fonds semble être un obstacle majeur à l’adaptation des maisons d’hébergement. Rendre un espace accessible est d’abord une question de services et de comportement. Certes, les rampes d’accès améliorent l’accessibilité, mais des espaces aérés, un équipement adapté et des téléphones ATS sont tout aussi importants. Il faut aussi sensibiliser le personnel à l’importance de l’accessibilité et aux moyens à prendre pour apporter des changements efficaces.

Les maisons d’hébergement qui sont accessibles et celles qui ont mis en place des aménagements et des programmes adaptés doivent aussi se faire connaître auprès de la population visée par ces ressources. Pour y parvenir, il faudra sensibiliser les organisations communautaires, la police et les travailleuses et travailleurs sociaux, ainsi que les principales intéressées. Si les femmes avaient la certitude de trouver un espace accueillant et sûr dans les maisons d’hébergement, elles seraient plus nombreuses à demander de l’aide et à s’affranchir des situations de violence. Pour l’instant, la plupart des enquêtes à vaste échelle sur la violence familiale, d’autres formes de violence et les maisons d’hébergement, ne recueillent aucune information sur le handicap et la violence ou sur les ressources vers lesquelles les femmes peuvent se tourner.

Le SNAA fait partie d’un projet plus important intitulé Bridging the Gaps (Combler le fossé), qui continuera à explorer la violence faite aux femmes et les problèmes entourant l’accès aux maisons d’hébergement, les programmes de sensibilisation, le logement, la pauvreté et les transports.

Adapté du rapport intitulé Disabled Women and Shelter Access: Early Findings of the National Accessibility and Accommodation Survey. Pour obtenir d’autres renseignements, visitez le site de DAWN-RAFH Canada : www.dawncanada.net

Jewelles Smith détient une maîtrise et un baccalauréat en études de la condition féminine et un B.A. en anglais. Elle travaille à titre de conseillère pour DAWN-RAFH Canada.