Aider les femmes à s’aider elles-mêmes : Le Brief Psychotherapy Centre for Women résiste au passage du temps

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Brief Psychotherapy Centre for Women (centre de psychothérapie brève pour les femmes), Women’s College Hospital

« [Grâce à la thérapie] je comprends mieux mon sentiment d'impuissance, son rapport avec les expériences passées, associées à la race et à la classe… Je sais que j’ai le droit d’avoir des sentiments et de les exprimer, même s’ils sont inhabituels ou impopulaires… Je suis capable, à présent, d’affronter des situations [parmi des Blancs de classe moyenne] sans me sentir « diminuée » ou jugée. Lorsque ces peurs surviennent, elles sont moins intenses; j’arrive à reconnaître ce qui est en train de se produire et quel est l’élément déclencheur. Grâce à cette thérapie, j’ai le sentiment d’être capable d’avancer et de poursuivre [ma carrière], ce que je ne me sentais pas capable de faire auparavant. »

– Propos d’une cliente du Brief Psychotherapy Centre for Women à Toronto

Il est rare de trouver au Canada un centre de santé mentale inspiré par des principes féministes et s’adressant spécifiquement aux femmes. C’est ce qui fait du Brief Psychotherapy Centre for Women de Toronto un modèle qui mérite notre attention et notre soutien.

Le Brief Psychotherapy Centre for Women (BPCW) – qui fait partie du Women’s College Hospital à Toronto – préconise une approche communautaire et féministe en matière de santé mentale. Depuis son ouverture en 1988, plus de 2200 clientes y ont suivi une thérapie. Une équipe autogérée de femmes psychothérapeutes y propose des services de psychothérapie non médicale et brève, inspirés par un modèle de santé mentale « relationnel-culturel » conçu tout particulièrement pour répondre aux besoins des femmes.

« Notre philosophie et l’objectif de la thérapie sont axés sur le renforcement de l’autonomie des femmes, explique la psychothérapeute Shirley Addison. Malheureusement, c’est le seul programme du genre au Canada; il se distingue par son modèle de thérapie relationnelle-culturelle brève, offert dans un centre réservé aux femmes. »

La psychothérapie féministe de courte durée est une forme de thérapie distincte. Celle-ci est axée sur des problèmes ou des questions définis par la cliente elle-même. Les clientes du Centre collaborent avec une thérapeute en vue d’établir les objectifs sur lesquels toutes deux se concentreront au cours de la thérapie. « Cette structure renforce la notion voulant que les femmes savent reconnaître les problèmes importants qui les concernent, définir des objectifs, s’efforcer de les atteindre et apporter des changements », affirme Joyce Curry, psychothérapeute au centre.

« [La thérapeute a démontré une] grande empathie, non seulement à mon égard, mais aussi envers les personnes avec qui j’éprouvais des problèmes. J’ai vraiment compris que nous sommes tous des êtres humains », explique une ancienne cliente.

Les clientes du centre ont le choix entre une psychothérapie individuelle, suivant des séances hebdomadaires de 50 minutes pendant 16 semaines et une psychothérapie de groupe, offerte en séances hebdomadaires de 90 minutes pendant 20 semaines. Les deux options comprennent une séance d’évaluation visant à déterminer la pertinence du programme et deux séances de suivi environ trois mois après la thérapie. En outre, les femmes qui ont suivi une thérapie individuelle peuvent ensuite, si elles le désirent, faire partie d’un groupe pendant 12 semaines.

La thérapie relationnelle-culturelle brève (BRCT) repose sur la thérapie relationnelle-culturelle (RCT), un modèle de développement psychologique qui tient compte de différents facteurs (sexe, pouvoir et culture) dans un contexte relationnel. Ce modèle a été mis au point sur la base d’un ouvrage précurseur publié en 1976 par Jean Baker Miller, intitulé Towards a New Psychology of Women. Il vise à cerner la source des problèmes, ainsi qu’à trouver des solutions, aussi bien dans le cadre des relations interpersonnelles que des structures sociales.

La BRCT permet d’examiner en quoi le genre et d’autres facteurs (la race, la situation socioéconomique, les différences culturelles, l’éducation, l’orientation sexuelle, l’âge, la capacité, l’immigration, etc.) conduisent à des inégalités en matière de pouvoir, de statut et de privilèges, qui influent sur la dynamique et la qualité des relations et, partant, sur la santé mentale. La thérapie vise à permettre aux femmes de façonner leurs relations dans un souci d’équité, de mutualité et d’authenticité. Il s’agit donc de développer des relations plus complexes, propices à la croissance personnelle et fondées sur l’empathie réciproque et le renforcement de l’autonomie de chacun. Une approche qui exige une attention toute particulière aux pressions auxquelles sont soumises les femmes à différentes étapes de leur vie – en tant que conjointe, mère, fille, amie ou collègue de travail – et à l’incidence de ces rôles sur le bien-être et la santé physique et mentale.

Le programme de psychothérapie brève comprend un processus d’évaluation intégrée, également centré sur la cliente. Au milieu et à la fin de la thérapie, la cliente est appelée à en mesurer les effets en fonction d’une échelle de réalisation des objectifs. Elle évaluera également la thérapie par le biais d’un récit structuré présenté par écrit et d’un questionnaire. Selon une évaluation récente du programme, 87 % des clientes ont rapporté une amélioration qui dépassait les objectifs fixés; 72 % ont indiqué qu’elles s’occupaient mieux de leur santé après avoir suivi le programme.

Le succès et la longévité du programme confirment qu’il s’agit d’un modèle qui mérite amplement d’être reproduit. Deux facteurs clés en ont assuré la réussite : une méthode thérapeutique féministe fondée des données probantes et des racines solides dans la communauté. Une formule qui a manifestement bien résisté au passage du temps.

En ce qui concerne la participation de la communauté, le centre compte un comité consultatif réunissant douze membres issus des organismes communautaires locaux et d’autres secteurs, d’anciennes clientes et un membre du conseil du Women’s College Hospital. Son rôle consiste à apporter des idées et du soutien aux programmes et aux activités du centre.

Le Brief Psychotherapy Centre for Women répond aux besoins d’une clientèle diverse sur le plan de l’appartenance ethnique, la race, l’âge, le statut socio-économique, l’orientation sexuelle, la religion, le niveau d'études, l’emploi, l’état de santé. Une diversité qui reflète la population desservie au sein du Réseau local d’intégration des services de santé (RLISS) de Toronto. Les services sont offerts en anglais seulement, mais on rapporte que des clientes francophones les ont utilisés par le passé.

Pour avoir accès aux services offerts par le centre, les clientes doivent s’y présenter de leur propre chef. Toutefois, c’est souvent par l’entremise d’un ou une prestataire de soins qu’elles en apprennent l’existence : médecin de famille, hôpital, organisme communautaire ou de santé mentale; ou encore, par une ancienne cliente, un proche ou une amie. Les problèmes qui amènent les clientes à consulter sont de nature complexe et durent en général depuis longtemps. Ils couvrent un large spectre : problèmes relationnels; répercussions des sévices sexuels, physiques ou émotionnels subis; dépression et anxiété; deuil et isolement; santé et maladie; vieillesse; estime de soi; image corporelle; rôle parental; emploi; éducation; problèmes financiers et stress lié à la pauvreté et au travail; problèmes d'ordre juridique; discrimination; et adaptation culturelle, entre autres. Le centre ne traite pas les femmes aux prises avec de graves problèmes de toxicomanie ou de dépendance, ni celles qui présentent des troubles psychotiques aigus ou nécessitent une intervention d’urgence.

Reconnaissant l’efficacité du modèle et les lacunes en matière de recherche, le Conseil ontarien des services de santé pour les femmes a financé un projet dans le but d’étudier la méthode préconisée par le BPCW. Selon Jane Pepino, présidente du Conseil à l’époque, « les évaluations fournies dans le cadre de cette étude ont permis de combler un besoin vital dans la recherche : celui de repérer des modèles de bonnes pratiques en matière de santé des femmes. Nous en avons besoin pour mettre en place un système de soins de santé équitable sensible aux besoins des femmes qu’il dessert » (2004).

Fondée sur des entretiens avec les clientes du centre et des questionnaires psychométriques, l’étude a révélé que tous les indicateurs de résultats s’étaient améliorés de façon appréciable et que ces améliorations s’étaient « pratiquement toutes maintenues trois et six mois après la thérapie ». Les clientes ont affirmé qu’elles étaient « exceptionnellement satisfaites du modèle de thérapie » et qu’elles « avaient compris la démarche proposée. »

Une partie du projet de recherche visait à élaborer une échelle et un manuel afin de mesurer l’adhésion des thérapeutes au modèle préconisé par le centre, actuellement en cours de modification. L’idée est de préparer un manuel de formation en thérapie relationnelle-culturelle brève (BRCT) qui sera publié après coup. « Les conclusions montrent clairement que la méthode mise au point par le BPCW permet de traiter un large éventail de problèmes de santé mentale chez les femmes », affirme Anne Oakley, psychothérapeute et coordonnatrice. Vu la liste d’attente actuelle de 12 à 16 mois, l’idéal serait de reproduire ce modèle et de l’étendre à d’autres contextes. »

Pour de plus amples renseignements :

Site du Brief Psychotherapy Centre for Women : www.womenscollegehospital.ca/programs/program68.html