Les mots pour le dire : The Art Studios : un programme d’aide au rétablissement

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Par Sandra Yuen MacKay

Instauré en 1992, The Art Studios offre un soutien aux personnes de la région de Vancouver-Richmond, en Colombie-Britannique, chez qui on a diagnostiqué des « problèmes de santé mentale majeurs ». Ce programme propose des cours d’art, la possibilité d’utiliser le studio pour travailler et une exposition ambulante d’œuvres d’art. Il jouit de l’appui de la Vancouver Coastal Health Authority. Sandra Yuen MacKay s’est inscrite pour la première fois au programme en tant qu’étudiante en 2002.

Je suis une Sino-Canadienne de 43 ans chez qui on a diagnostiqué un trouble schizoaffectif. Timide et tranquille, j’ai commencé à montrer des signes de maladie mentale dès l’âge de 14 ans. J’ai souffert en silence : j’entendais des voix, j’avais peur des yeux qui me dévisageaient, j’étais dans un état confusionnel et je vivais coupée de la réalité. J’ai été hospitalisée à l’âge de 15 ans.

Au cours des années qui ont suivi, j’ai continué à manifester des symptômes malgré les médicaments que je prenais. En faisant preuve de persévérance, j’ai terminé mes études secondaires et j’ai décroché un diplôme en beaux-arts ainsi qu’un diplôme universitaire en histoire de l’art. J’ai travaillé et je me suis mariée, mais j’ai connu une rechute, j’ai été hospitalisée en 1998 et j’ai dû quitter mon emploi de secrétaire. J’avais l’impression d’être revenue à la case départ.

Aux Art Studios, j’ai suivi gratuitement des cours d’art et d’écriture. C’était un milieu réconfortant, où nous partagions un lien tacite. Grâce à l’encouragement des autres, mon intérêt pour les activités créatives s’est réveillé. Après avoir suivi un cours de création littéraire, la formatrice m’a encouragée à envoyer mes écrits pour qu’ils soient publiés. Elle est devenue une amie intime et une confidente.

Le personnel entièrement féminin se compose d’ergothérapeutes, d’agentes de réadaptation et d’une secrétaire à temps partiel. La plupart des formatrices sont des femmes comme moi, qui ont également connu des problèmes de santé mentale. Les autres membres se portent volontaires pour agir comme aides durant les cours ou la période de studio libre. Deux fois par année, nous organisons des ventes qui nous permettent de proposer nos créations, notamment des peintures, des objets en céramique, des bijoux, des estampes et des cartes à l’aquarelle. Annuellement, un encan silencieux nous permet de recueillir des fonds pour enrichir le programme.

Des membres du personnel ont suggéré que je pose ma candidature comme assistante pour les expositions ambulantes en vue d’exposer les œuvres des membres du studio dans les bureaux de la région de Vancouver. Sans leur suggestion, je n’aurais jamais entrepris une telle démarche et obtenu ce poste. La coordonnatrice m’a demandé de donner un cours de création littéraire et même si je n’avais jamais enseigné auparavant, j’ai fini par le faire pendant une année entière. De nouveau, les autres membres m’ont offert un appui positif. J’ai pu développer mes qualités de chef en agissant comme présidente pour la planification des réunions.

J’ai parlé des problèmes de discrimination avec les membres du personnel féminin. Leur empathie et leur compassion m’ont consolée. Lorsque, à titre confidentiel, je leur ai parlé de ces problèmes, leurs réponses judicieuses et diplomates ont été utiles.

J’ai également été embauchée pour aider à une évaluation des programmes de l’organisme. Nous avons rédigé un rapport sur les façons dont celui-ci avait contribué au rétablissement des membres, leur avait enseigné des habiletés et avait créé une communauté.

Par l’entremise des Art Studios, je me suis fait des contacts et j’ai donné des conférences sur le rétablissement devant des étudiants, des familles et des professionnels en santé mentale.

Il m’a fallu beaucoup de temps pour surmonter l’autostigmatisation. Pendant longtemps, j’ai cru qu’en plus de ma maladie, mon sexe et mon bagage culturel me pénalisaient. J’ai appris à m’accepter comme une personne entière.

En tant qu’artiste, je peux m’exprimer sans l’aide des mots. Comme écrivaine et conférencière sur le rétablissement, je peux informer les autres en livrant un témoignage sur la maladie mentale. Mon expérience à The Art Studios m’a permis de trouver mon créneau. J’ai émergé de l’ombre, un peu ternie, certes, mais avec une lueur d’espoir et de la joie pour l’avenir.

Artiste et écrivaine, Sandra Yuen MacKay publie et parle en public du rétablissement par le truchement de la BC Schizophrenia Society.

Pour de plus amples renseignements :

The Art Studios : www.vch.ca/programs/art_studios.htm

Site de Sandra Yuen MacKay : www3.telus.net/sandra_yuen_mackay