Vérification prénatale de la présence de substances chimiques

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Une étude canadienne examine l’exposition des femmes enceintes, des fœtus et des nouveau-nés aux substances chimiques présentes dans l’environnement

par Carolyn Shimmin

La plus vaste étude canadienne sur les composés chimiques présents chez les femmes enceintes, les fœtus et les nouveau-nés a été lancée. L’Étude mère-enfant sur les composés chimiques de l’environnement (étude MIREC) évalue dans quelle mesure les femmes enceintes et leur enfant sont exposés aux substances chimiques ainsi qu’à la fumée du tabac. L’étude évalue également les risques de santé associés à la grossesse découlant de l’exposition à des métaux lourds, et mesure les niveaux, dans le lait maternel, de certains éléments bénéfiques ainsi que de substances chimiques de l’environnement.

 

Cette étude quinquennale menée à l’échelle nationale est un livrable clé du Plan de gestion des produits chimiques du gouvernement du Canada et se veut un moyen de pallier le manque de données sur la quantité de substances chimiques dans le corps des personnes vivant au Canada. L’étude MIREC est complémentaire à l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé – d’une durée de deux ans et lancée au début de 2007 – qui fait partie du Plan de gestion des produits chimiques et qui devrait fournir des données des plus nécessaires sur l’exposition des Canadiennes et des Canadiens à plusieurs contaminants présents dans l’environnement, sans tenir compte toutefois des femmes enceintes.

 

« Les nouveau-nés, les femmes enceintes et les fœtus sont possiblement des groupes vulnérables », affirme Sarah Quelch, coordonnatrice de recherche au sein de l’étude à Vancouver. « Nous espérons créer un profil de la santé des femmes enceintes à l’échelle du pays, ce qui pourrait contribuer à la prise de décisions stratégiques quant aux niveaux acceptables d’exposition aux substances chimiques présentes dans l’environnement. »

 

Nous sommes tous exposés aux substances chimiques de l’environnement, et ce, de diverses façons, entre autres par inhalation, ingestion et contact avec la peau. L’étude MIREC observera le régime alimentaire des participantes, étant donné que l’une des premières voies d’exposition aux substances chimiques est le contact avec la nourriture et l’eau. Les chercheurs observeront également le lieu de résidence des mères (en milieu urbain ou rural) afin de déterminer les différences d’exposition aux substances chimiques transportées dans l’air, ainsi que leur niveau d’exposition sur le lieu de travail. Les participantes auront à indiquer si elles ont récemment effectué des travaux de rénovation à leur domicile pendant qu’elles étaient enceintes, les types de produits de nettoyage généraux qu’elles utilisent, les types de plastiques et de composants électroniques avec lesquels elles sont en contact et si elles possèdent chez elles des meubles traités contre les taches. En effet, tous ces produits et ces activités sont liés à l’exposition à certains métaux lourds et produits toxiques qui seront mesurés dans l’étude.

 

Les femmes visées par l’étude, recrutées dans le premier trimestre de leur grossesse, seront suivies jusqu’à l’accouchement, puis jusqu’à huit semaines post-partum. Des marqueurs biologiques de l’exposition à certaines substances chimiques présentes dans l’environnement et à la fumée du tabac seront mesurés dans le sang, l’urine, les cheveux et le lait maternel de la mère, ainsi que dans le sang du bébé prélevé du cordon ombilical et le méconium (la première selle du nouveau-né). De plus, les mères auront des questionnaires à remplir tout au long de leur grossesse et après l’accouchement.

 

L’étude permettra de mesurer la concentration de métaux lourds comme le plomb, le mercure, l’arsenic, le manganèse et le cadmium, ainsi que d’autres substances chimiques, telles que les phtalates et le bisphénol A, servant à la fabrication de plastiques et de vinyles, et les polybromodiphényléthers (PBDE), ajoutés à divers produits pour les rendre moins susceptibles de s’enflammer. Parmi les autres substances chimique mesurées, notons les pesticides organochlorés qui, bien que leur usage ne soit plus homologué au Canada, persistent dans l’environnement, les pesticides organophosphorés, dont la plupart sont utilisés pour la lutte contre les insectes, les biphényles polychlorés (BPC), servant autrefois à la fabrication de nombreux matériaux industriels, la cotinine, un produit dérivé du tabac, et les composés perfluorés, servant à la fabrication de substances imperméables aux graisses ou hydrofuges.

 

L’objectif visé par l’étude MIREC est d’obtenir non seulement des données à l’échelle nationale sur l’exposition des mères et de leur enfant aux contaminants en provenance de l’environnement et qui ont été définis par le gouvernement fédéral comme substances d’intérêt prioritaire (en raison de leurs effets nocifs sur la santé humaine et sur l’environnement), mais aussi de déterminer si l’exposition à des métaux lourds est lié à une élévation de la pression artérielle chez la mère, à l’hypertension, à l’altération de la proportion des sexes et au retard de croissance fœtale, comme l’ont indiqué certaines études dans le passé.

 

L’étude vise également à recueillir des données canadiennes sur le tabagisme et l’exposition à la fumée du tabac, directe ou indirecte, pendant la grossesse. Ces données serviront probablement aux instances gouvernementales et aux responsables de la santé publique dans l’élaboration de politiques et de programmes destinés à encourager les femmes enceintes à cesser de fumer et à éviter l’exposition à la fumée secondaire, que l’on a démontré être liée à un poids insuffisant à la naissance et même à l’avortement spontané.

 

L’étude examinera en outre les bénéfices associés à l’allaitement par rapport aux risques qu’il présente, le cas échéant, et mesurera le niveau d’exposition à certaines substances chimiques, nutriments et composés immunoprotecteurs présents dans le lait maternel. Il sera ainsi possible de déterminer les facteurs environnementaux et ceux associés au régime alimentaire et aux habitudes de vie de la mère qui sont en corrélation avec ce niveau, permettant l’élaboration de programmes nutritionnels et de politiques environnementales appropriés. « Nous avançons l’hypothèse que l’allaitement demeure bénéfique du fait qu’il procure une protection immunitaire importante chez l’enfant », affirme Mme Quelch.

 

L’étude MIREC permettra, entre autres objectifs exploratoires secondaires, de mesurer, chez la population des femmes enceintes canadiennes, le transfert des toxines de la mère au fœtus, d’examiner la corrélation entre les polluants présents dans le sang du cordon ombilical du fœtus et de déterminer les facteurs qui influent sur la concentration de métaux lourds chez les nouveau-nés (telle qu’elle est mesurée par l’analyse du sang du cordon et du méconium). L’étude est également intéressante en ce qu’elle permettra d’examiner des moyens de prévenir une intoxication aux métaux lourds par l’administration de vitamines anti-oxydantes, de calcium et de sélénium, ainsi que de déterminer les sources et les indices d’exposition aux substances chimiques.

 

« J’espère que l’information recueillie par cette étude se traduira par des politiques qui amélioreront la santé des femmes et de leurs enfants, dit Mme Quelch. À titre d’exemple, on n’a qu’à penser à toutes les données recueillies et la recherche effectuée dans les années 70 sur le plomb et qui sont à l’origine de décisions visant à réduire le niveau d’exposition à ce métal lourd. Même chose pour le bisphénol A [dont on a parlé récemment dans les médias] que l’on peut maintenant mesurer et dont les données serviront à soutenir les décisions prises à propos de substances chimiques nocives. »

 

L’étude MIREC poursuit son processus de recrutement de 2 000 femmes de dix villes canadiennes, à savoir : Vancouver (Hôpital pour femmes et enfants), Calgary (Hôpital Foothills), Winnipeg (Hôpital général de Saint-Boniface), Sudbury(Hôpital général de Sudbury), Ottawa (Hôpital d’Ottawa – Campus Général), Kingston (Hôpital général de Kingston), Hamilton (Université McMaster), Toronto (Hôpital Mount Sinaï), Montréal (CHU Sainte-Justine et Hôpital Juif) et Halifax (Centre de santé IWK). Les femmes qui souhaitent participer à l’étude doivent résider dans l’une des régions où s’effectue la recherche et prévoir d’accoucher à l’un des hôpitaux participant à l’étude. Les mères auront à remplir de nombreux questionnaires et à fournir des échantillons de sang et d’urine, des cheveux et du lait maternel. Mme Quelch a indiqué que, advenant le cas où de fortes concentrations de plomb, de mercure ou de cadmium seraient détectées chez une participante, son médecin en serait informé immédiatement, même si le projet s’échelonne sur cinq ans et que l’observation des données et des échantillons se poursuive pendant toute la durée de l’étude.

 

L’étude MIREC est un effort de collaboration entre des chercheurs de Santé Canada et de l’Hôpital Sainte-Justine de Montréal, ainsi que des spécialistes en recherche clinique d’autres villes participantes. Le gouvernement du Canada investira 3,9 millions de dollars dans l’étude, et Santé Canada, les Instituts de recherche en santé du Canada et le ministère de l’Environnement de l’Ontario contribueront des fonds additionnels de 200 000 $.

 

Carolyn Shimmin est coordonnatrice du centre d’information au Réseau canadien pour la santé des femmes.

 

Pour obtenir de plus amples renseignements sur l’étude MIREC, consultez le site Web www.mirec-canada.ca