Le « POUVOIR » d’améliorer la santé des femmes

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Par Jean Kammermayer et Arlene Bierman

Du projet d’étude Ontario Women’s Health Evidence-Based Report (POWER) [Rapport sur la santé des Ontariennes et fondé sur des données probantes]

 

Nous savons que les hommes et les femmes ont des besoins différents en matière de santé et qu’ils ne vivent pas les mêmes obstacles quant à l’accès aux soins. Lorsqu’ils peuvent y accéder, les deux sexes sont traités différemment. Par exemple, les femmes atteintes de maladies cardiovasculaires peuvent vivre des temps d’attente plus importants avant d’obtenir des soins adéquats et elles sont moins nombreuses à recevoir des traitements indiqués, comparativement aux hommes. De plus, les contextes dans lesquels les femmes vivent et qui influent sur leur état de santé sont différents de ceux que vivent les hommes. On recense chez elles des taux de pauvreté supérieurs et elles portent plus de responsabilités pour ce qui est de donner des soins aux proches. L’élimination des iniquités en matière de santé et l’amélioration de la santé de la population et de la prestation des soins ne peuvent se faire sans s’attaquer aux problématiques découlant des rapports sociaux entre les sexes.

 

Le projet d’étude POWER mené en Ontario élabore présentement un outil fondé sur des données probantes. Cette initiative a pour objectif d’aider les décideurs, les pourvoyeurs de soins et les consommateurs à améliorer la santé de la population et de réduire les iniquités chez les Ontariennes et les Ontariens en matière de santé. En mesurant ces iniquités, nous pouvons guider les efforts qui ont pour but d’améliorer la santé de toutes les femmes. De plus, en surveillant l’occurrence d’iniquités dans le domaine de la santé et des soins qui peuvent survenir au cours du temps, nous pouvons repérer les progrès et l’absence de progrès.

 

Plus de 60 chercheurs rassemblés dans une équipe multidisciplinaire collaborent à ce projet, dont la durée s’échelonne sur plusieurs années. Il s’agit d’un partenariat entre l’hôpital St. Michael’s et l’Institute for Clinical Evaluative Sciences (ICES), deux instances domiciliées à Toronto, en Ontario. Le ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario ainsi qu’Echo, une nouvelle agence provinciale œuvrant pour la santé des femmes, financent le projet.

 

L’étude examine les différences entre les hommes et les femmes ainsi que les différences entre les femmes en se penchant sur l’âge, le revenu, la scolarité, l’origine ethnique et le lieu de résidence. Lorsque cela s’avère possible, les données sont analysées à l’échelle des Local Health Integration Networks (LHIN), des instances récemment mises sur pied en Ontario et responsables de la planification, la coordination et le financement de la prestation des soins dans leur communauté respective. Pour ce qui est des collectivités où il n’existe aucune donnée pour alimenter une analyse à l’échelle locale, les constats sont signalés aux autorités provinciales.

 

Un panel d’experts techniques a choisi les indicateurs de santé utilisés dans le cadre de l’étude, avec la rétroaction d’un large éventail d’interlocuteurs clés issus du milieu communautaire, y compris des groupes d’action pour la santé des femmes. Pour évaluer les indicateurs, les chercheurs analysent des données tirées des bases de données administratives en santé (p. ex. les hospitalisations), des sondages exécutés par Statistique Canada et d’autres organismes, des statistiques de vie et des registres de maladies. Les indicateurs reflètent les causes de maladies, d’incapacités et de décès les plus fréquentes chez les femmes et peuvent par la suite être utilisés pour améliorer la santé de cette population. Par exemple, la connaissance des taux de dépistage du cancer du col utérin chez divers groupes de femmes peut inciter les professionnels de la santé à multiplier les efforts de dépistage auprès des groupes qui ont moins accès à ce type de service.

 

Les résultats de l’étude POWER seront publiés en deux volumes. Le premier volume contiendra des chapitres sur les thèmes suivants : les effets de la maladie (sur la santé et le bien-être général, la prévalence de maladies chroniques, les facteurs de risques pouvant causer des maladies chroniques et la mortalité); l’accès aux soins de santé (soins primaires, soins spécialisés et soins à domicile; taux d’hospitalisation pour le diabète, l’asthme et l’insuffisance cardiaque); la dépression (évaluation de la réponse du réseau de santé ontarien aux femmes et aux hommes souffrant de dépression); le cancer (seins, système reproductif, poumons, colon et rectum; incidences de cancer; taux de survie; soins en fin de vie) et les maladies cardiovasculaires (cardiopathie ischémique, insuffisance cardiaque et accidents vasculaires cérébraux; temps d’attente pour les soins cardiovasculaires). Ces chapitres seront séquentiellement publiés en ligne dès le début 2009.

 

Le deuxième volume comportera des chapitres sur les maladies musculo-squelettiques, le diabète, l’infection au VIH et la santé gynécologique et génésique des femmes, ainsi que des chapitres sur les déterminants sociaux de la santé et les femmes à faible revenu, les femmes immigrantes et les aînées. Les données destinées à ces chapitres sont présentement analysées et la publication des résultats est prévue à l’automne 2009. Le public pourra alors télécharger chaque chapitre à partir du site Web de l’étude POWER (www.powerstudy.ca).

 

Les résultats d’étude seront également disponibles par le biais de l’outil de l’ICES (www.ices.on.ca), qui présente des données sur la santé dans un format interactif et accessible sur Internet. Ce site contiendra de l’information démographique additionnelle qui ne figure pas dans les rapports de POWER. Les décideurs et planificateurs, le personnel de la santé publique, les pourvoyeurs de services, les défenseurs des droits en santé, le public et les chercheurs pourront alors examiner les données et effectuer des comparaisons entre sous-groupes et régions, selon leurs besoins particuliers.

 

Dès sa création, divers interlocuteurs, tels des organisme communautaires, des défenseurs des droits en santé, des pourvoyeurs de soins, des consommateurs et des décideurs, ont participé activement au façonnement du rapport. Ils ont fourni des perspectives qui ont permis de cerner les priorités et les indicateurs ainsi que de précieuses suggestions concernant l’approche à adopter pour faire de ce rapport un outil des plus utiles. Les commentaires de la communauté ont également été très utiles à la création d’un cadre de travail axé sur les rapports sociaux entre les sexes et sur l’équité, en lien avec l’étude POWER. Ce cadre reconnaît l’existence de déterminants de la santé non médicaux, comme le milieu de vie et les conditions de travail.

 

L’objectif est de faire en sorte que les résultats deviennent un catalyseur d’action. L’étude POWER dresse un portrait des iniquités sexospécifiques, socioéconomiques et ethniques dans le domaine de la santé en Ontario. Dans le cadre de ce processus, elle cerne les nombreuses possibilités d’amélioration. Elle offre des données probantes objectives pour l’établissement de priorités et fournit un point repère qui permet de mesurer les progrès et d’évaluer l’efficacité des interventions visant l’équité sexospécifique et socioéconomique en santé.

 

Pour plus d’information et pour télécharger les chapitres au fil de leur publication, visitez le site Web de l’étude POWER au www.powerstudy.ca.

 

Jean Kammermayer, B.Sc.Inf., M.P.A., analyste d’expérience en matière de politiques, est directrice du transfert des connaissances pour l’étude POWER. Arlene S. Bierman, M.D., M.S., F.R.C.P.C., interniste générale, gériatre et chercheuse dans le domaine des services de santé, est directrice des recherches pour cette même étude.