Invasion toxique : le cinéma au service de l’action solidaire

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Un film sur la santé des enfants et l’environnement

 

Par Ellen Reynolds

 

Ada Dowler-Cohen n’était pas encore née quand le Canada a banni, en 1985, l’usage du DDT sur son territoire. Pourtant, des tests ont révélé la présence de niveaux mesurables de la substance cancérogène dans l’organisme de cette petite fille aujourd’hui âgée de dix ans, ainsi qu’une longue liste d’autres matières toxiques. Dans la première scène de son film intitulé Invasion toxique, la réalisatrice Barri Cohen et sa fille Ada annoncent, lors d’une conférence de presse, les résultats du test de « charge corporelle » qu’elles ont subi. Après avoir appris qu’on avait détecté chez elles du DDT, du benzène et d’autres substances chimiques, Barri Cohen entreprend une enquête qui la conduira au cœur de ces foyers de pollution toxique que sont Sarnia et Windsor. En résulte un documentaire qui convainc de la nécessité d’agir.

 

En 2008, Invasion toxique a reçu le prix du meilleur scénario dans la catégorie documentaire décerné par la Writers’ Guild of Canada. Le film a été présenté dans de nombreux festivals au Canada et à l’étranger, dont le Festival international du film d’environnement à Paris. Distribué par le Women’s Healthy Environments Network (WHEN) de Toronto et l’Office national du film du Canada, il sert aujourd’hui d’outil pédagogique partout au pays.

 

Même si le film se concentre d’abord et avant tout sur le « couloir chimique » entre Windsor et Sarnia, son message est clair : personne n’est à l’abri.

 

« En réalité, on trouve aujourd’hui ces substances chimiques chez tous les individus. Des tests nous permettent de les détecter, mais ils ne nous disent rien sur leurs interactions, ni sur leur transformation éventuelle », affirme Dorothy Goldin-Rosenberg, productrice du film. « Voilà pourquoi il est si important de sensibiliser la population à la prévention. C’est la raison même pour laquelle je fais des films. »

 

L’idée à la base d’Invasion chimique appartient à Mme Goldin-Rosenberg. Cette militante passionnée avait déjà produit, en 2001, Les liens entre la dégradation de l’environnement et le cancer, un autre documentaire sur les répercussions de l’environnement sur la santé. Mme Goldin-Rosenberg est également coordonnatrice de l’éducation au Women’s Healthy Environments Network. C’est elle qui a rédigé le guide qui accompagne Invasion toxique (Taking Action on Children’s Health and Environment [Agir pour protéger la santé des enfants et l’environnement]). Une ressource destinée aux écoles et aux associations locales d’un bout à l’autre du pays, dont le but est de sensibiliser et de mobiliser le public. Le WHEN s’en sert aussi dans ses propres ateliers de formation.

 

« Beaucoup de gens sont préoccupés par la pollution toxique, explique Mme Goldin-Rosenberg. Le temps est venu d’agir; c’est pourquoi le film connaît un si bon accueil. Les jeunes mères veulent savoir; nous aimerions qu’elles prennent conscience que les changements d’orientation font aussi partie de la solution. Et qu’on peut remplacer presque tous les produits et procédés chimiques par d’autres qui ont l’avantage d’être plus sécuritaires. »

 

Les experts scientifiques à qui le film donne la parole offrent un aperçu de la recherche entreprise depuis plusieurs décennies sur les produits toxiques pour l’environnement. Parmi eux, citons : Devra Lee Davis, une épidémiologiste au franc-parler, directrice d’un centre d’oncologie environnementale aux États-Unis et auteure du best-seller The Secret History of the War on Cancer; Jim Brophy et Michael Gilbertson, deux chercheurs responsables de nombreux travaux sur la pollution toxique dans la région de Sarnia et des Grands Lacs; et Michèle Brill-Edwards, autrefois chercheuse à Santé Canada, dont on se souviendra qu’elle avait dénoncé, au milieu des années 90, les pratiques du ministère en matière de sécurité. Ces scientifiques connus de plusieurs nous révèlent qu’on étudie les effets des produits chimiques sur l’environnement depuis bien longtemps : en Amérique du Nord, c’est le cas au moins depuis les années 30. Invasion toxique présente des extraits de films des années 50 et 60, où l’on voit des enfants être aspergés de pesticides dans les salles de classe, une pratique jugée tout à fait choquante de nos jours. Or on détenait déjà à l’époque suffisamment de données pour en démontrer les effets nocifs, apprend-on dans le film.

 

Également, les répercussions de la pollution nous sont racontées à travers le récit de jeunes enfants qui peinent à respirer à cause de l’asthme, qui souffrent de cancers comme le lymphome de Non-Hodgkin et la leucémie, ou encore d’autres maladies débilitantes associées à l’exposition précoce aux produits toxiques. On y raconte aussi l’histoire de la Première nation Aamjiwnaang, près de Sarnia, qui affiche aujourd’hui un taux de naissance de deux filles pour chaque garçon, phénomène dont les perturbateurs endocriniens seraient responsables.

 

Malgré toutes ces histoires d’horreur, Invasion toxique est néanmoins porteur d’un message d’espoir. On y rencontre des parents soucieux de protéger la santé de leurs enfants, de leurs familles et de leur entourage face aux effets nocifs de la pollution chimique. Nous sommes également témoins de leurs réussites : interdictions visant les pesticides, recherches sur des poches de maladie dans certaines zones géographiques précises. Ce sont là des signes qui montrent que le vent tourne; les gouvernements se sensibilisent au problème et commencent à bouger.

 

« Il faut empêcher toute cette pollution chimique de dégrader notre air, notre territoire et notre eau », conclut Dorothy Goldin-Rosenberg. « Il appartient à chacun de se mobiliser et d’exercer des pressions sur les gouvernements. Il faut aussi réduire notre consommation. Les gens doivent comprendre qu’on peut faire quelque chose, qu’il est possible de se mobiliser en faveur de la prévention. »

 

Invasion toxique est coproduit par If You Love Our Children Productions et l’Office national du film du Canada, avec l’appui du Women's Healthy Environments Network (WHEN).

 

Ellen Reynolds est directrice des communications au Réseau canadien pour la santé des femmes.

 

Pour obtenir d’autres renseignements ou commander une copie du film :

www.womenshealthyenvironments.ca

 

Site du film : www.toxictrespass.com

 

Site du clip vidéo Story of Stuff en version française : www.storyofstuff.com/international (cliquer sur « français »)