Les femmes et l'eau

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Par Signy Gerrard

 

« Tout le monde croient que nous disposons d’une réserve d’eau infinie », dit Jyoti Phartiyal, du Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu. Selon elle, c’est ce que pensent les Canadiennes et les Canadiens au sujet de cette ressource primordiale. La population est convaincue que le pays recèle de quantités illimitées d’eau potable et universellement accessible.

Le RPSFM se penche sur ce postulat, dans une nouvelle étude diffusée en ligne depuis le 6 octobre 2009, à l’adresse www.womenandwater.ca (en anglais). Ce site traite de la question de l’eau et des femmes au Canada et des liens que celles-ci entretiennent aujourd’hui avec cet élément. L’idée de créer un site est apparue alors que le RPSFM pilotait une recherche examinant tous les programmes en cours. Cette étude portait sur les femmes et l’eau en territoire canadien et explorait certaines problématiques liées à l’eau et leurs effets sur la santé des femmes.

Interrogée sur les lacunes que comportent les recherches canadiennes dans ce domaine, Mme Phartiyal a immédiatement souligné « une absence totale d’analyse des influences du genre et du sexe ». Certaines recherches comportaient un volet « sexospécifique » mais celui-ci se limitait souvent aux fœtus et aux nourrissons. Cette lacune ne touchait pas uniquement la recherche canadienne. En effet, peu de ressources tiennent compte des rapports sociaux entre les sexes sur la question de l’eau, et ce dans tous les pays développés. La plupart des études qui portent sur les femmes et l’eau se penchent sur les pays en développement. Bien que ces études puissent offrir de l’information utile sur les questions relatives à l’eau et certaines de leurs dimensions sexospécifiques, les problématiques présentes au Canada sont probablement fort différentes.

Convaincues que l’eau joue dans la vie des femmes un rôle historique et spirituel et que les effets de cet élément sur leur santé est potentiellement différent, les chercheuses ont décidé d’approfondir la discussion sur les femmes et les politiques canadiennes en matière d’eau. Pour ce faire, elles ont créé un site Web qui centralise l’information sur le sujet et diffuse les recherches du RPSFM, du Programme de contribution pour la santé des femmes et d’interlocuteurs clés extérieurs. Cet outil est une ressource importante pour les universitaires et les chercheuses et chercheurs, et des projets sont en cours pour produire un plus grand nombre de documents en langage accessible à l’intention des décideurs et du public.

Les rapports disponibles sur ce site Web sont classés selon trois thèmes de recherche actuelle : les Autochtones, les contaminants et la privatisation. À l’été 2010, le RPSFM publiera le prochain volume de la série Women and Water in Canada [Les Femmes et l’eau au Canada], qui traite des conséquences sexospécifiques qu’entraînent des expositions chroniques aux sous-produits pharmaceutiques et désinfectants.


Les questions relatives à l’eau qui touchent les Autochtones

Selon womenandwater.ca,  cela constitue un exemple frappant de l’inégalité d’accès à une ressource vitale. Dans certains cas, ces avis perdurent depuis des années. Comme le précise le rapport intitulé Aboriginal Traditional Knowledge and Source Water Protection Final Report [Rapport final sur les connaissances traditionnelles autochtones et la protection des sites d’approvisionnement en eau] émis par les chefs de bande de l’Ontario, les femmes des collectivités portent traditionnellement la responsabilité d’approvisionner le foyer en eau potable dans nombre de cultures des Premières nations. De toute évidence, la recherche doit se pencher sur les conséquences sociales et culturelles et étudier les effets qu’entraîne une piètre qualité d’eau sur la santé physique des femmes.

Le premier rapport sur ce sujet à été publié en avril 2009, en partenariat avec le Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies. Intitulé Boil Water Advisory Mapping Project [projet de cartographie des collectivités touchées par les avis d’ébullition de l’eau], le document se penche sur la question de la qualité de l’eau. Il examine donc les données disponibles sur les avis d’ébullition de l’eau au Canada – une recommandation habituellement émise lorsque le public est exposé à des conditions qui nécessitent des mesures préventives (p. ex. maintenir l’eau à pleine ébullition pendant une minute complète) pour contrer la présence de substances potentiellement nocives dans les aqueducs publics. En l’absence d’une mesure normative pour évaluer la qualité de l’eau, les avis s’appuient sur un procédé d’évaluation qui génère des résultats rapides mais imprécis.

En plus d’évaluer ces avis, le Boil Water Advisory Mapping Project souligne d’importantes lacunes en matière de données, lesquelles doivent être comblées, notamment en ce qui a trait aux maladies transmises par l’eau, au coût de l’eau pour les consommateurs et à l’analyse des influences du genre et du sexe relative à ces questions. Les futurs travaux réalisés à ce chapitre auront pour objectif d’approfondir la compréhension des enjeux liés à l’eau dans les communautés autochtones, notamment les implications sexospécifiques, les questions de réglementation, de financement et d’infrastructure, et autres thèmes.

 

Les contaminants dans l’eau

Depuis la flambée de maladies qui a frappé Walkerton et North Battleford lorsque les bassins d’approvisionnement en eau ont été contaminés par la bactérie E. coli et le Cryptosporidium, la question des contaminants dans l’eau est sous les feux de la rampe depuis quelques années. Les contaminants microbiologiques, comme ceux relevés dans ces deux communautés, constituent la menace la plus importante, mais la contamination des eaux par des substances chimiques demeure une préoccupation croissante. Bien que cette forme de contamination n’entraîne pas des effets immédiats et spectaculaires sur la santé, les effets cumulatifs d’une exposition à long terme constituent un grave problème.

Ces expositions cumulatives ont fait l’objet d’une recherche et de discussions dont fait état deux rapports qui seront bientôt publiés. Le premier rapport, intitulé « The Gendered Effects of Chronic Low Dose Exposures to Chemicals in Drinking Water » [Les effets sexospécifiques découlant d’une exposition chronique à de faibles doses de produits chimiques dans l’eau potable], se penche sur des données relevées dans tout le pays. Il conclut que l’eau potable au Canada est, dans la plupart des cas, sécuritaire, mais que sa qualité varie selon les régions. Le deuxième rapport, intitulé « Gendered Implications of Chronic Exposures to Pharmaceuticals and Disinfection By-Products in Typical Drinking Water » [Les effets sexospécifiques découlant d’une exposition chronique à des produits pharmaceutiques et à des sous-produits désinfectants dans l’eau potable habituelle], examine les produits qui contaminent notre eau – des médicaments et produits d’hygiène personnelle aux sous-produits utilisés dans le traitement des eaux, en passant par les interactions entre ces substances et leurs effets.

 

La privatisation de l’eau

L’une des études aborde aussi la question de la privatisation. L’eau est-elle un droit ou une commodité? Quelles sont les conséquences de l’une ou l’autre interprétation? Cette étude se penche sur la présence accrue du secteur privée dans les réseaux d’approvisionnement en eau, ainsi que sur les valeurs plus commerciales qu’il véhicule. Quelles sont les conséquences de ces changements pour les femmes? En tant que principales dispensatrices de soins et le plus souvent responsables de la santé de leur famille et de leur propre santé, les femmes risquent d’être grandement touchées par cette tendance.

The Significance of Privatization and Commercialization Trends for Women’s Health [Les conséquences de la tendance à la privatisation et à la commercialisation sur la santé des femmes], une étude menée en partenariat avec Le Conseil des Canadiens et soutenue par le Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies, et le groupe Les femmes et la réforme de la santé, examine les enjeux liés aux pressions exercées pour privatiser l’eau au Canada. L’étude aborde aussi une perspective plus large, notamment des questions d’ordre philosophique, et pose la question suivante : peut-on privatiser l’eau? Elle traite également de questions plus concrètes, dont entre autres les modèles de gestion de l’eau, les expériences de privatisation et les menaces qui pèsent au Canada, ainsi que les effets de la privatisation de l’eau sur la santé des femmes, surtout les femmes autochtones.

Visitez le site Web:  www.womenandwater.ca

 

La privatisation de l’eau :

www.womenandwater.ca/pdf/NNEWH%20water%20privatization.pdf

Les contaminants dans l’eau :

www.womenandwater.ca/pdf/NNEWH%20water%20contaminants.pdf

Les questions relatives à l’eau qui touchent les Autochtones :

www.womenandwater.ca/pdf/NNEWH%20water%20contaminants.pdf

(en anglais)

 

Signy Gerrard est Directrice des communications au Réseau canadien pour la santé des femmes