La question du genre en Saskatchewan: Des chercheuses et des chercheurs se réunissent pour discuter de santé des femmes

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En janvier 2011, le Centre d'excellence pour la santé des femmes - région des Prairies (CESFP) a organisé deux activités visant à souligner l'importance de la recherche effectuée sur la santé des femmes en Saskatchewan et à permettre le partage de ses résultats. Les présentations et les débats ont commencé le soir du jeudi 20 janvier, à l'occasion d'un Café scientifique portant sur les questions rattachées à la santé des femmes et à la condition féminine, qui s'est tenu à la librairie McNally Robinson de Saskatoon. Cet événement a été suivi d'un atelier sur les questions rattachées à la condition féminine, qui a eu lieu le vendredi 21 janvier à l'Université de la Saskatchewan.

Café scientifique

Malgré un temps froid, l'organisatrice Yvonne Hanson (coordonnatrice en éducation à la diversité et chercheuse du CESFP) a pu se réjouir d'une participation nombreuse au Café scientifique organisé sous l'égide des Instituts de recherche en santé du Canada. Comme le mentionnait le Star Phoenix de Saskatoon, il s'agissait d'un événement public offrant aux personnes présentes la possibilité de poser des questions et de débattre des réponses proposées. La soirée a dépassé les attentes des participants, qui ont pu y faire du réseautage, établir des liens et en apprendre davantage à propos de méthodes de recherche particulières.

La première conférencière, Diane Martz, a présenté sa nouvelle étude pilote sur les besoins en matière de services de santé et de soins des femmes et des hommes âgés vivant en milieu rural. La majorité des 80 participants à son étude n'ont qu'un seul fils ou une seule fille vivant à proximité, contrairement aux générations précédentes où plusieurs frères et sœurs pouvaient se partager la responsabilité des soins à donner à leurs parents âgés. Selon Lil Sabiston, présidente sortante du conseil d'administration du CESFP, « il s'agit d'une réalité complètement nouvelle. Parfois, ce sont des amis ou des voisins qui prennent soin des personnes âgées. Mais il peut arriver qu'une vieille femme veuve ne connaisse pas même ses voisins. Cette situation est en train de s'installer parce que les grandes entreprises achètent de plus en plus de terrains. Le voisin le plus près peut vivre à des kilomètres. »

Margaret Haworth-Brockman, deuxième conférencière et directrice générale du CESFP, a proposé une réflexion sur la longue tradition de recherche communautaire dans les collectivités de la Saskatchewan et du Manitoba. Pour le CESFP, il est important de continuer à transmettre de l'information sur les femmes de la Saskatchewan aux organismes fédéraux et nationaux, ainsi que de servir de canal de communication agissant dans les deux sens, particulièrement lorsque de nouvelles politiques sont mises en place.

De nombreux changements ont été instaurés grâce à la recherche sur la santé des femmes en Saskatchewan. Par exemple, lorsque s'est amorcé le processus de régionalisation des services de santé, Diane Martz a reçu du CESFP une subvention de recherche pour l'étude de l'accès aux services de santé mentale dans les régions sociosanitaires qui venaient tout juste d'être créées. Ses travaux lui ont permis de découvrir que nombre de femmes se sentaient pénalisées par les limites territoriales de leur région, car elles sont forcées de parcourir de longues distances pour obtenir des services de santé mentale dans des centres désignés, plutôt que d'y avoir accès dans la ville la plus proche. Cette recherche a mené à une modification de la politique et à une réorganisation de l'accès aux services, ce qui a permis aux femmes d'obtenir les soins dont elles avaient besoin dans des centres situés beaucoup plus près de chez elles.

Atelier sur les questions rattachées à la condition féminine

Le lendemain, des scientifiques établis œuvrant dans un éventail de disciplines aussi variées que la littérature autochtone, la promotion de la santé des populations et la recherche en éthique, des étudiantes et étudiants ainsi que des prestataires de services se sont réunis pour participer à un atelier d'un jour sur la santé des femmes et la condition féminine. Les participants se sont déplacés de Saskatoon et sa périphérie, de Spiritwood et de Regina pour prendre part aux activités qui se sont déroulées à l'Université de la Saskatchewan. La journée a consisté en un mélange de présentations et de périodes de discussion sur les moyens de renforcer la recherche sur la santé des femmes dans la province. Lors des séances en atelier, les participants ont formé de petits groupes pour partager leur expertise et parler de leurs travaux de recherche en cours, après quoi on a discuté des sujets de recherche qui selon eux pourraient être prometteurs dans la cadre de travaux futurs. Trois présentations ont permis de souligner l'intérêt des travaux recourant à des méthodes de recherche innovatrices.

Colleen Anne Dell (titulaire de la Chaire de recherche sur l’abus d'alcool et d'autres drogues de l'Université de la Saskatchewan) a parlé du cheminement vers la guérison des femmes qui ont été incarcérées. Mme Dell, qui fait partie des premières chercheuses à avoir obtenu une subvention du CESFP, a consacré sa carrière à travailler avec des femmes toxicomanes. Elle est aujourd'hui associée de recherche principale au Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies. Elle a contribué à l'élaboration de protocoles adéquats pour travailler avec les femmes autochtones au sein du système judiciaire. Durant l'atelier, elle a fait découvrir aux participants un DVD et une chanson mémorables sur le cheminement des femmes vers la guérison.

Jennifer Poudrier (professeure agrégée de sociologie à l'Université de la Saskatchewan) a présenté une description du travail qu'elle a effectué avec le Conseil tribal de Battleford. Intitulé « Un corps sain : étude pilote de photovoix menée avec des femmes des Premières nations », son projet porte sur les moyens de faire participer les femmes des collectivités autochtones à des activités de recherche sur la notion de santé et sur ce qui constitue une image corporelle saine. Le projet a permis de faire ressortir les perceptions qu'ont les femmes de leur propre poids et comment elles se perçoivent. Par exemple, une femme dans la cinquantaine a dit se sentir en santé et en forme, alors que les autres la percevaient comme ayant un excès de poids.

Jenifer Nicol (musicothérapeute et professeure adjointe en psychologie de l'éducation et en éducation spécialisée) a présenté un exposé sur les effets bénéfiques de la musique pour les femmes souffrant de douleurs chroniques et sur la façon dont on peut utiliser la musique dans le cadre de stratégies d'adaptation à la douleur. Ce sujet a suscité l'intérêt de tous les participants et participantes, qui se sont montrés enthousiastes à l'idée d'en apprendre davantage sur la question. Il est intéressant de noter que la musicothérapie ne consiste pas seulement à faire entendre en boucle un bruit blanc à un patient, et qu'une personne peut arriver à surmonter un deuil en écoutant un arrangement musical qu'elle pourrait, une fois le deuil passé, ne plus jamais vouloir réentendre.

Margaret Haworth-Brockman, directrice générale du CESFP, a dressé un historique de la Stratégie pour la santé des femmes lancée par le gouvernement fédéral en 1999 et a expliqué comment la recherche sur la santé des femmes est financée dans l'ensemble du Canada depuis cette date. Cette dernière présentation a donné lieu à une discussion sur les possibilités d'une stratégie provinciale sur la santé des femmes et la condition féminine en Saskatchewan. Les participants ont clairement manifesté le désir de se réunir à nouveau et ont accueilli favorablement l'idée de créer un réseau pour la santé des femmes au sein des différentes collectivités de la province. Ensemble, ils ont examiné un certain nombre d'exemples qui existent au pays et pourraient servir de modèle pour la création d'un réseau saskatchewannais, lequel pourrait ressembler à l'ancien réseau WHR de la Colombie-Britannique (un exemple dynamique dont les activités au cours des dernières années bénéficiaient d'un financement de la Michael Smith Health Research Foundation).

Au moment de conclure la journée, les participants ont formulé d'autres suggestions, dont les suivantes :

  • « Continuer de donner des ateliers et offrir de la formation pratique également. »
  • « Ce serait intéressant si cet événement pouvait (au moins) être un colloque annuel. »
  • « J'espère que les idées échangées aujourd'hui ne l'auront pas été en vain. Une journée de recherche ou la mise sur pied d'un groupe Facebook permettraient d'établir des liens et de créer les conditions favorables à d'autres initiatives. »

Ce premier événement ayant été couronné de succès, le CESFP a fait parvenir aux participants une liste de contacts et créera une page Facebook. Les autres propositions comprenaient la création d'une chaire de recherche, l'établissement d'une journée consacrée à la recherche sur la santé des femmes ainsi que la mise sur pied d'initiatives de réseautage comme une page Facebook afin de stimuler encore davantage la discussion. Dans l'ensemble, l'événement a laissé aux participants une impression positive à l'égard de l'avenir et leur a inspiré le désir de se concentrer sur des tâches immédiates et concrètes afin d'y donner suite. L'enthousiasme de tous et toutes était palpable.

Merci à tous les bailleurs de fonds, aux conférencières et aux personnes qui sont venues partager leurs expériences et leurs conseils.

Pour de plus amples renseignements, visiter www.pwhce.ca.


Au moment de sa création, le CESFP avait pour mission d'offrir des subventions à des équipes de recherche œuvrant dans les universités et le milieu communautaire. Récemment, le conseil d'administration du CESFP a pris la décision d'axer ses activités de recherche sur quatre piliers : les femmes et la pauvreté; la condition féminine et la planification sanitaire; la santé des femmes en milieu rural, dans les régions éloignées et dans le Nord; la santé des femmes autochtones. Au fil des ans, le  CESFP a administré, mené et favorisé des activités de recherche communautaire en mettant de l'avant des méthodes de recherche innovatrices.

Par exemple, s'est formé à Saskatoon il y a quelques années un comité de recherche sur la santé des femmes autochtones dans le but d'examiner ce qu’il faudrait mobiliser comme ressources pour mettre sur pied un centre pour la santé des femmes autochtones. Le CESFP a pris part au projet en apportant du soutien administratif au comité, qui s'est chargé de mener le travail concernant les sujets prioritaires, d'embaucher une personne responsable de la recherche, de superviser les travaux et d’y donner suite en en discutant avec les décideurs pouvant jouer un rôle important pour le projet. Cette initiative s'est poursuivie sous les auspices du programme « Continuing Good Health », qui est toujours dirigé par des femmes de Saskatoon. Le comité des femmes de Saskatoon a rencontré les chefs et le conseil et a entrepris de façon indépendante les étapes suivantes du projet.

Dans le cadre d'un autre projet, le CESFP a contribué à faciliter la recherche communautaire au moyen de la populaire méthode du photovoix. Dans ce type recherche, les collectivités choisissent les enjeux qui pour elles sont les plus importants, ce qui a donné lieu à des projets de photovoix comme les suivants :

  • Regards extérieurs et intérieurs : femmes, pauvreté et politiques publiques, à Saskatoon;
  • Voir l'intérieur de l'extérieur : projet de photovoix de la jeunesse de Prince Albert, à Prince Albert;
  • S'affranchir de la pauvreté, à Regina.

Après une formation donnée par un photographe professionnel, les femmes photographient à l'aide d'un appareil photo jetable des images représentant les expériences qu'elles ont connues en vivant dans la pauvreté ainsi que les politiques et les programmes qu'elles souhaiteraient modifier ou conserver. Elles se réunissent ensuite pour partager leurs photos et discuter de ce qu'elles signifient pour elles. Les images saisissantes photographiées par des femmes ayant participé à de tels projets ont fait l'objet d'expositions publiques destinées à mieux conscientiser les gens à l'égard des enjeux auxquels les femmes sont confrontées et à stimuler la prise de mesures de justice sociale ainsi que l'établissement de politiques économiques permettant d'améliorer le sort des femmes. S'inspirant des leçons apprises au cours d'une décennie de recherche dans les milieux communautaires au Canada, le CESFP offre un guide pour les projets de photovoix visant à enseigner étape par étape les moyens de réunir de petits groupes de femmes afin de leur permettre de saisir en images leur histoire.

Aujourd'hui, le CESFP continue de soutenir et de mener des activités de recherche en Saskatchewan et au Manitoba, y compris les travaux de recherche en cours d'Yvonne Hanson sur l'insécurité alimentaire des femmes de la Saskatchewan (Recipes for Hunger: SK Women Speak About Food Insecurity) ainsi que le rapport, le dossier sur les politiques et le séminaire en ligne préparés par Roberta Stout sur l'emploi des femmes dans les métiers non traditionnels et dans l'industrie des ressources naturelles (Women's Employment in Non-traditional and Resource Extractive Industries).