Compte rendu de livre - Breasts: A Natural and Unnatural History par Florence Williams

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Publication Date: 
jeu, 2012-10-25

COMPTE RENDU DE LIVRE

Breasts: A Natural and Unnatural History par Florence Williams, W.W. Norton and Co., 2012

Compte rendu de livre par Alex Merrill

« Nos seins sont notre organe sentinelle. Ils nous offrent une fenêtre sur un monde en transformation rapide, ainsi qu’une raison de mieux gérer son évolution ».

Avertissement : pendant ma lecture de Breasts, j’ai souvent eu envie de serrer mes bras contre ma poitrine pour la protéger. J’ai remercié le ciel d’avoir allaité mes enfants il y a seize ans, car je n’aurais pas voulu le faire en le lisant. Néanmoins, je l’ai dévoré d’un bout à l’autre.

Florence Williams réussit, grâce à une plume merveilleuse, à condenser l’histoire des seins en une lecture accessible et à expliquer de façon claire des idées complexes sur la recherche médicale. S’appuyant sur des images dénotant un esprit vif et une impertinence délibérée, elle nous raconte leur évolution depuis l’époque du Trias tardif jusqu’à aujourd’hui. Malgré le ton parfois badin, il s’agit d’un ouvrage on ne peut plus sérieux sur un problème préoccupant : les effets toxiques de notre environnement sur les seins et, par ricochet, sur la santé humaine.

 Breasts couvre un spectre de sujets impressionnant. Le chapitre sur les implants mammaires fait grincer des dents. Il amènera peut-être les lectrices à se demander, comme moi, si un homme accepterait de se faire injecter des copeaux de bois, des billes de verre ou du cartilage de bœuf pour des raisons purement esthétiques ou pour quelque autre motif que ce soit. Dans un autre chapitre, l’auteure retrace le développement, voilà plus d’un demi-siècle, de la pilule contraceptive et de l’hormonothérapie; elle explique en quoi la forte dose d’hormones que nous ingérons durant notre cycle de vie est responsable, selon toute vraisemblance, de l’augmentation spectaculaire des cas de cancer du sein.

Se penchant sur le XXIe siècle, Florence Williams analyse la façon dont certaines autres substances chimiques synthétiques qui sont omniprésentes dans l’environnement (comme le fameux bisphénol A) pourraient, en avançant l’âge de la puberté, transformer radicalement la vie des fillettes. Elle traite également des nombreux produits courants, présents dans nos maisons, dont on n’a pas encore étudié les répercussions sur la santé. La hausse soudaine des cancers du sein observée chez les marines d’une base américaine en Caroline du Nord, avance-t-elle, permettra peut-être aux scientifiques d’élucider le lien entre les toxines présentes dans l’environnement et cette maladie.

L’idée principale qui ressort du livre, c’est qu’il existe une relation très étroite entre les seins et l’environnement. Comme les seins sont constitués de tissus adipeux et glandulaires, souligne l’auteure, « ils absorbent les polluants à la manière d’une paire d’éponges souples ». D’où les véritables dilemmes auxquels font face les femmes aujourd’hui. À l’époque où elle rédigeait son ouvrage, Florence Williams allaitait son deuxième enfant. Elle avait décidé de faire analyser son lait et a appris que celui-ci contenait de nombreux polluants, dont certains produits ignifuges, un phénomène courant chez les femmes américaines. L’allaitement, conclut-elle, est « un moyen très efficace de transmettre nos résidus à la génération suivante ». Elle soupèse les arguments pour et contre l’allaitement et se pose la question suivante : les femmes de pays industrialisés devraient-elles donner le sein? Question sur laquelle elle n’est pas parvenue à trancher.

Pendant ma lecture de Breasts, j’ai parlé avec une amie qui était en train de le lire elle aussi. Elle a un fils de six mois à qui elle continue de donner le sein. « Mince, lui ai-je dit, et comment tu te sens? » « Tiraillée », m’a-t-elle répondu d’un air contrit. « Mais je pense quand même avoir pris la bonne décision. De toute façon, les préparations pour nourrisson sont fabriquées dans le même environnement et exposées aux mêmes toxines, n’est-ce pas? Sans compter qu’elles ne présentent pas les mêmes avantages que l’allaitement. 

J’ai 55 ans, si bien que je ne risque plus d’être placée devant un choix pareil. Mais de millions de femmes le sont.

L’ouvrage de Florence Williams suffit à nous convaincre que les responsables de la réglementation devraient commencer à appliquer le principe de précaution, à savoir « agir, en présence d’information, sans exiger de certitude ». Elle estime que c’est de la « folie » de penser que les individus sont capables de se protéger et de protéger leurs enfants par leurs propres moyens face à la panoplie de substances chimiques présentes dans l’environnement. Sur 82 000 produits en usage, rappelle-t-elle, seulement « quelques centaines » ont fait l’objet d’études pour connaître leurs effets sur la santé.

Selon Florence Williams, les autorités de réglementation tendent à tenir pour acquis que les substances chimiques sont inoffensives jusqu’à preuve du contraire. Breasts présente un argumentaire solide sur la nécessité de renverser cette approche risquée.

L’auteure, Alex Merrill, travaille depuis plusieurs années au Réseau canadien de la santé des femmes.