COLLABORATION SPÉCIALE - S’occuper activement de la santé de ses seins

Vendredi, February 15, 2013 - 17:54

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par Verna Hunt

Dans notre culture, quel que soit leur âge, les femmes et les filles sont tatouées à l’encre rose : rose comme la vie des princesses dans les contes de fées, à laquelle on nous fait croire qu’il faut aspirer. C’est comme si la société nous enveloppait dans une bulle de cellophane à la naissance. Dès cet instant, nous rêvons d’une vie merveilleuse que rien ne pourra entacher. Ni la vieillesse, ni la maladie. Ni la tristesse, la folie ou la peur. Le rose nous condamne à la perfection. Mais la réalité est toute autre. Voilà pourquoi les femmes ont souvent le sentiment de ne pas être « à la hauteur », dans cette existence imparfaite qui est inévitablement la leur; et c’est la même chose pour leurs seins.

Les campagnes comme celle du ruban rose propagent elles aussi une illusion, à savoir que toute maladie a un remède; si les scientifiques disposaient des sommes suffisantes, croit-on, ils découvriraient la potion magique.

Notre culture ne nous enseigne pas ce qu’il faut faire lorsqu’une personne proche de nous et chère à notre cœur contracte une maladie comme le cancer. Voilà comment survient, dans la recherche d’un moyen de canaliser notre désarroi vers quelque chose de constructif, l’idée d’une croisade comme celle de la Campagne du ruban rose.

Mais quel est le sens de tout cela? Trouver un moyen de guérir le cancer du sein ou découvrir les causes de la mauvaise santé mammaire des femmes? La Campagne du ruban rose détourne notre attention des véritables problèmes. Tous ces petits messages roses qui nous pressent de faire quelque chose et de trouver un remède comme s’il ne restait plus qu’à découvrir le maillon manquant, le Saint Graal, la solution ultime. Notre société tente de tout transformer en marchandise, comme si nous souffrions toutes exactement d’une même et unique maladie. Comme si nous portions toutes la même taille et le même modèle de chaussures.

L’autre boniment qu’on nous sert, c’est que les mammographies sont un moyen de prévenir le cancer du sein. C’est faux. (Voir « Le dépistage par mammographie... avantages et inconvénients pour la santé des femmes » ). Les mammographies permettent de détecter des masses pouvant être cancéreuses, mais cela, seul un pathologiste peut le confirmer après avoir étudié les résultats d’une biopsie. Avant toute chose, il faudrait se poser les questions suivantes : quelle est l’origine de ces masses ou de ces tumeurs et comment se développent-elles? Quels signes pourraient nous permettre de détecter qu’une masse est en train de prendre forme? À tout le moins, la Campagne du ruban rose nous aura fait prendre conscience d’une chose : si, dans la région des Grands Lacs, une femme sur quatre en Amérique du Nord risque de contracter un cancer du sein au cours de sa vie, c’est qu’il se passe quelque chose d’important.

Le cancer et l'environnement

L’hypothèse scientifique courante, c’est que le cancer du sein survient chez les femmes qui ont une prédisposition génétique. Bien que ce soit effectivement un facteur, il suffit d’étudier les statistiques mondiales pour constater que les taux d’incidence les plus élevés s’observent dans les régions industrialisées comme celles des Grands Lacs. Comment l’expliquer? Pour donner une réponse courte : la pollution de l’environnement et l’incapacité à neutraliser ses effets nocifs. Pour en savoir davantage sur ce sujet, je vous invite à lire Vivre en aval par Sandra Steingraber et à visionner le documentaire dont il est inspiré. (sous-titres français)

S’il faut tenir compte des nombreux éléments qui contribuent au cancer, c’est parce que nous vivons dans un environnement multifactoriel.

Le corps humain abrite en tout temps des cellules anormales ou cancéreuses; notre système immunitaire repère les cellules qui sortent de l’ordinaire et les élimine principalement par le biais des globules blancs (apoptose). Celui-ci nettoie aussi les cellules anormales mortes, les virus, les bactéries, la pollution et les vieilles hormones; il travaille 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Grâce à la microcirculation qui s’effectue par les vaisseaux lymphatiques, la lymphe transporte les déchets vers les filtres de l’organisme (appelés émonctoires), le foie et les reins principalement, mais d’autres organes remplissent aussi ce rôle.

Ces organes filtreurs décomposent les déchets que leur livre notre système immunitaire, mais ils peuvent aussi s’encrasser, à la manière d’un filtre d’aspirateur qu’on a oublié de nettoyer. Lorsque cela se produit, l’excrétion des déchets par l’urine, les selles, l’expiration, la peau et le sang menstruel est incomplète; les voies d’excrétion peuvent même s’obstruer. La constipation en est un bon exemple; c’est un mal plus courant que ce qu’on veut bien admettre.

Le miracle, quand on parle de système immunitaire, c’est que chaque être humain acquiert une immunité aspécifique avant l’âge de six ou sept ans; avant l’âge de la puberté, il aura développé une immunité spécifique relativement complète. Ainsi, le système immunitaire dote tous les individus d’un système de défense, à moins qu’il y ait interférence ou interruption du processus de maturation. Les facteurs responsables comprennent entre autres : les réactions indésirables aux médicaments, les polluants et les pesticides comme les xénœstrogènes (des substances chimiques qui miment l’œstrogène et se fixent aux récepteurs de cette dernière); les carences en nutriments attribuables aux aliments transformés; et les déséquilibres hormonaux causés par un stress prolongé.

Les substances toxiques

Au cours de l’histoire, toutes les cultures autochtones suffisamment évoluées ont mis au point des rituels de purification ou des méthodes de désintoxication. Leurs membres utilisaient ce qu’il y avait à leur disposition : aliments fermentés; herbes, eau, soleil, souffle/air, bains thermaux et ainsi de suite. Un phénomène semblable s’observe dans le règne animal : on voit par exemple des chiens manger de l’herbe fraîche afin d’absorber de la chlorophylle et des traces de minéraux bénéfiques à la purification de l’organisme. Nettoyer nos filtres est instinctif; chez l’être humain, le réflexe le plus évident consiste à remplacer les 70 % de notre poids corporel qui sont constitués d’eau.

Nous vivons à une époque où la charge en toxines physiques et non physiques est la plus élevée de toute l’histoire. Certaines substances qui ne devraient pas se retrouver dans notre organisme y pénètrent, comme les dérivés pétrochimiques et l’amiante. Ceux-ci peuvent s’incruster dans les tissus, quand le système immunitaire et les organes filtreurs ne savent qu’en faire. Avec le temps, cette charge cause de l’irritation et peut causer un dysfonctionnement cellulaire, ce qui donne lieu à de l’enflure et à de l’inflammation. Avec le temps, ces transformations peuvent provoquer des mutations cellulaires et mener au cancer des cellules.

Outre la charge en substances toxiques physiques, on observe une augmentation de la charge non physique, à savoir la pollution par le bruit, la surinformation attribuable au cyberespace et ainsi de suite. Il nous faut faire le tri de tous ces stimuli, ainsi que de la soupe toxique qui empoisonne notre organisme. La tâche est trop lourde pour notre organisme sur le plan physique, émotionnel, cognitif et, selon certains, énergétique. Nos filtres se bloquent de plus en plus; notre organisme transporte de plus en plus de déchets nuisibles pour notre résilience immunitaire.

Le corps féminin doit trier une quantité supérieure d’hormones et sa tâche est alourdie par les multiples rôles qu’assument les femmes : travail, grossesse, maternité, courses et préparation des repas, prestation des soins, prise de décisions, entretien du ménage et des biens matériels, coordination de la famille moderne. Nous sommes nombreuses à connaître ce genre de chaos permanent. L’art de tout faire en même temps et de tout connaître, hormis le silence, le calme et la relaxation. C’est comme si nous étions constamment en train de retenir notre expiration, alors que nous aurions tant besoin de souffler.

D’après les recherches, l’incidence du cancer du sein est moins élevée chez les femmes qui ont allaité que les autres. Bien que toutes ne fassent pas ce choix, il ne faut pas pour autant que leurs seins deviennent des dépotoirs de déchets métaboliques. Nous pouvons éviter le contact avec les toxines en adoptant certaines habitudes de vie : ingérer des fibres en quantité suffisante; utiliser des huiles bonnes pour la santé; choisir des aliments sans additifs et peu transformés; consommer quotidiennement quatre tasses ou plus de légumes crus ou cuits à la vapeur; manger crus des fruits frais en saison, cultivés localement; boire de l’eau potable en quantité suffisante; se reposer adéquatement et se détendre; passer du temps dans la nature; s’adonner à des activités physiques qui nous plaisent; se retrouver en agréable compagnie et développer son estime de soi.

Les soins destinés à préserver la santé mammaire pourraient comporter des techniques de massage dispensées par une personne compétente, habituellement une ou un massothérapeute autorisé. Ces techniques contribuent à normaliser le fonctionnement des tissus mammaires tout au long de la vie d’une femme, en particulier avant et après l’allaitement. Les massages stimulent le système lymphatique au niveau du sein de façon à le débarrasser de tout déchet qu’il pourrait avoir accumulé; ils peuvent aussi aider à réduire le tissu fibrokystique des canaux galactophores et à décoller en douceur les adhérences.

Vu les effets cumulés des toxines environnementales, il est plus que jamais nécessaire de purifier notre organisme. Mais ça n’est pas si simple, vu la nature complexe de substances comme les toluènes, les métaux lourds, le polychlorure de vinyle et les dioxines, qui se mélangent à la manière d’une soupe et produisent de nouvelles réactions que nous n’avons aucun moyen de mesurer. Comment faire pour parvenir à excréter ces « supertoxines » en toute sécurité?

Idéalement, la détoxification, ou purification, doit être adaptée en fonction de chaque femme par une professionnelle ou un professionnel de la santé qualifié, qui s’appuieront pour se guider sur l’évaluation que fait la patiente de ses moyens. En ce qui concerne la santé mammaire, on effectuera un examen proactif cadrant avec le portrait de santé général de la personne. L’analyse d’échantillons de sang, de cheveux, d’haleine, de salive et de selles, ainsi de la chaleur corporelle (thermographie infrarouge), peut révéler des changements bien avant l’apparition d’une maladie pathologique ou même d’un dysfonctionnement prononcé. Les résultats sont corrélés dans le cadre d’une consultation et d’un examen physique complet, en cherchant à déterminer les causes à l’origine des symptômes et à améliorer le fonctionnement global à tous les niveaux.

Même s’il existe de nombreux professionnels qualifiés pour les dispenser, comme les naturopathes ou les spécialistes de la médecine douce, le coût de ce type de services reste élevé pour un grand nombre. Notre culture n’encourage pas les gens à investir dans leur santé; elle les incite plutôt à débourser de larges sommes qui vont à l’industrie du traitement des maladies, après qu’ils aient contracté une affection qu’on « traite » à l’aide d’un médicament d’ordonnance breveté censé « gérer » celle‑ci.

Les méthodes proactives

Il existe des méthodes proactives de nettoyage cyclique de nos filtres naturels qu’on peut appliquer en toute sécurité chez soi afin d’amorcer le processus de détoxification. Parmi les moyens abordables, soulignons : s’alimenter uniquement de bouillon de légumes pendant toute une journée; faire des séances régulières de sauna; se promener dans une réserve forestière; se débrancher du cyberespace une fois tous les sept jours, ce qui comprend les nouvelles, Internet, la télé et la radio. L’idée est de s’accorder une pause pour cesser d’être constamment occupés et surstimulés. Même si ces conseils peuvent sembler insignifiants à première vue, la recherche démontre qu’une simple promenade en forêt d’une trentaine de minutes peut avoir sur le système immunitaire un effet bénéfique pendant près d’un mois.

L’auto-examen des seins fait l’objet d’une grande controverse [lien vers l’article L’auto-examen des seins]; or s’il est possible de détecter un nouveau bouton en se lavant le visage le matin, on peut aussi tout aussi bien apprendre à déceler des changements en se palpant les seins au moment de la douche ou du bain. Grâce à cette amicale familiarité avec cette partie de votre anatomie, vous parviendrez à reconnaître un changement de texture sans avoir à chercher la « bosse » tant redoutée. Le fait d’enseigner dès le jeune âge aux filles à quoi ressemblent des seins en bonne santé les aidera plus tard à accepter leur propre poitrine et à l’apprécier. On trouvera pour ce faire des images de seins qui ne sont pas sexualisés à l’adresse.

Voici d’autres moyens de préserver notre santé mammaire : éviter les produits de soins de beauté contenant des substances nocives, comme celles qu’on trouve dans les déodorants, les détergents à lessive et les assouplissants et qui présentent un potentiel cancérogène; s’abstenir de porter des soutiens-gorge à armature, car ceux-ci entravent la circulation sanguine et lymphatique, ce qui produit une congestion des toxines.

Ainsi, la prochaine fois que les organisateurs de la Campagne du ruban rose vous imploreront de « marcher pour la cause », envisagez la possibilité de vous tourner vers une autre campagne, axée celle-là sur le lien entre environnement et santé mammaire et sur les mesures proactives à prendre pour protéger la santé de vos seins.

 

Dre Verna Hunt, B.Sc., D.C., N.D., est docteure en chiropraxie et naturopathe depuis plus de 30 ans. En 2005, elle fondait le Centre for Health and Well Being à Toronto. Elle agit comme conseillère médicale auprès de collègues et d’entreprises qui dispensent des soins de santé holistiques. Par l’intermédiaire de sa société Being Well Communications, elle écrit des articles, donne des conférences et enseigne. Elle appuie le RCSF depuis de nombreuses années, notamment à titre de membre. On peut communiquer avec elle à verna@healthandwellbeing.info ou au 416-604-8240

Ressources :

RCSF - PARLONS-EN! Apropos de la prévention du cancer du sein

Action Cancer du Sein de Montréal (ACSM)