Je pensais justement à l’orgasme

Vendredi, February 15, 2013 - 15:46

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Parlons sexualité - blogue par Lyba Spring


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Pendant des années, les femmes se faisaient dire qu’elles étaient responsables de leurs orgasmes et qu’elles ne devaient pas s’attendre à ce qu’on leur offre sur un plateau d’argent.  Or, la plupart d’entre nous se débrouillent très bien, merci.

Évidemment, certains facteurs peuvent empêcher une femme d’atteindre l’orgasme, comme la présence de traumatismes antérieurs, une éducation sexuelle répressive, la timidité, un flot incessant de pensées, une incapacité à se détendre, des problématiques liées au contrôle, des difficultés dans la relation ou d’autres facteurs de stress. Quel rôle le(la) partenaire joue-t-il(elle) quant au désir d’une femme et sa capacité de jouir?

Les deux-tiers des femmes qui ont des partenaires masculins n’atteignent pas l’orgasme pendant un coït vaginal. Ces femmes minimisent leur désir d’avoir des orgasmes et disent qu’elles apprécient les sensations et l’intimité qu’elles vivent pendant les rapports sexuels. Cependant, les partenaires des femmes, masculins ou féminins, se sentent parfois floué(e)s, tant par l’absence de désir de leur partenaire d’atteindre l’orgasme que par le fait qu’elle ignore comment jouir. Rien de neuf, puisque Shere Hite soulignait la présence de ce problème dans les années 1970 (Rapport Hite, 1976). La communication est évidemment la clé. Mais l’attitude « je veux vraiment que tu aies un orgasme » peut être perçue comme de la pression. La question « comment puis-je te faire jouir? » prend pour acquis que c’est ce que vous voulez. D’autre part, « je veux avoir un orgasme/laisse-moi te montrer comment t’y prendre » a l’air d’une recette.

La plupart des ateliers sur l’orgasme invitent d’abord les gens à se familiariser avec leur propre réponse sexuelle et éventuellement à trouver le type de stimulation qui mène à l’orgasme. Certaines femmes vivent des orgasmes qui sont qualitativement différents, selon la stimulation exercée sur l’anus, le point G ou le clitoris. Peut-être aimez-vous une stimulation clitoridienne directe ou indirecte, avec un doigt, un vibrateur, être pénétrée dans le vagin ou dans l’anus avec un objet, une stimulation anale, avec ou sans lubrifiant, une pression directe et forte sur la vulve, avec une cuisse, un oreiller, ou aucune pression. Certaines femmes éjaculent, d’autres pas. Certaines parfois. Nous ne souhaitons pas toujours jouir de la même façon à chaque fois ou nous n’en sommes pas toujours capables, et nous ne vivons pas toujours l’orgasme de la même manière, même quand nous jouissons plusieurs fois pendant une relation sexuelle.

Disons que vous pouvez atteindre l’orgasme par vous-même. Êtes-vous à l’aise de jouir devant votre partenaire? Est-ce excitant, gênant? Avez-vous les yeux ouverts, fermés? Regardez-vous votre partenaire vous regarder? Est-ce que son plaisir vous excite? Y a-t-il un autre type de stimulation que votre partenaire peut explorer? Si vous avez l’habitude d’une stimulation forte et rapide avec un doigt ou un vibrateur et que votre partenaire tente de vous faire jouir avec sa bouche, ressentez-vous une obligation de performer? Avez-vous peur que votre partenaire se lasse ou soit frustré(e)? Et surtout, pouvez-vous montrer à votre partenaire ce qui fonctionne bien pour vous sans lui présenter une liste détaillée et exhaustive? Le sexe, c’est d’abord le plaisir. Si le souci de la performance prend toute la place, où est le plaisir?

Le livre de Carol Shields, Republic of Love, offre un exemple hilarant de la façon dont le sexe peut prendre l’allure d’un travail épuisant et couper chez un(e) partenaire toute envie de poursuivre.

« Il aimerait mieux être célibataire et porter des œillères toute sa vie plutôt que de travailler fort et de s’abaisser à offrir à Charlotte Downey des orgasmes de qualité… Des orgasmes de qualité sont les seuls qui valent la peine, lui dit-elle » (pp. 144-145).

Certaines femmes ont besoin de contrôler tous les aspects de leur vie, ce qui pourrait nuire à la dynamique érotique. Quel cadeau que de vous remettre entre les mains de votre partenaire et de faire sauter les obstacles. Parfois, je me demande si surmonter des obstacles à l’orgasme est aussi simple – et aussi compliqué – que de résoudre un problème d’insomnie. Au lieu d’attendre anxieusement d’atteindre cet état (d’orgasme ou de sommeil), nous n’avons qu’à le laisser « venir ».

C’est merveilleux d’être sur la même longueur d’ondes.  Si cela vous plaît, faites-le. Si une pratique vous ennuie, cessez-la et faites autre chose. Tout cela peut se vivre en souriant, en riant et en partageant la joie d’être complices dans la découverte. C’est cela l’intimité, un état partagé.

Et l’orgasme de votre partenaire? Une fois de plus, cela dépend de l’importance qu’il(elle) lui accorde. Votre rôle est-il d’être la personne qui découvrira sa formule magique? La réponse est : la magie, c’est ce qui se passe entre vous, et non entre les jambes.

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