INTERdépendance

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Publication Date: 
lun, 2013-04-01

Sans aucune doute, j’ai toujours aimé l’idée des habitations partagées et j’ai pris conscience comment les relations (avec la famille, les amies, les collègues et les voisines) sont importantes pour mon bien-être. Mais à l’ère néo-libérale, ces liens semblent être marginalisés, voire banalisés, pendant que nous sommes poussés à nous fier de plus en plus à nous-mêmes pour considérer tout (achats, décisions, comportements, etc.) comme n’étant qu’une question de choix personnel et à faire cavalier seule. Nous devons vraiment réagir et faire pression. De ce point de vue, il est probablement plus important que jamais d’examiner à quel point notre prétendue autonomie est conditionnelle et encore plus de nous pencher sur la nécessité de repenser à notre mode de vie. Nous devons aussi envisager des politiques et des pratiques à l’extérieur de l’économie de marché qui permettront aux relations essentielles à notre bien-être de s’épanouir dans l’intérêt de toutes les parties concernées.

Nous pouvons commencer à explorer un « mode de vie centré sur la solidarité » (Federici) en nous intéressant à nos conditions de logement et en réfléchissant à la manière d’en faire des « communautés de soins » (Federici) qui encouragent et soutiennent l’INTERdépendance (radicale) en tant que façon de vivre pour plusieurs femmes, surtout pour les femmes plus âgées.

Non, je ne suis pas en train de parler des communes que plusieurs personnes de ma génération ont connues il y a quelques années – bien que certains qui y ont vécu (et les autres qui n’ont fait qu’en rêver) éprouvent peut-être une certaine nostalgie de cette époque. Je veux plutôt plaider en faveur d’une sorte d’interdépendance radicale que peut offrir le cologement, une structure dans laquelle vivent des personnes, des couples ou des familles de différents âges et de divers milieux et où chacune dispose d’un espace privé et séparé, mais où les ressources communautaires sont également mises en commun, notamment les espaces pour la socialisation, les repas, la lessive, ou tout ce que les occupantes souhaitent partager au moment où elles le veulent. Le cologement répond aux besoins d’intimité en plus de reposer sur les principes de solidarité et de collaboration. Grâce à ces principes, il nous est possible d’effectuer des achats mutuels au besoin, de voir les soins donnés aux enfants comme une façon de créer des liens intergénérationnels, de s’asseoir et de prendre un café ou un verre de vin avec les autres, de préparer des repas collectifs tout en étant en mesure de fermer les portes et de se retrouver seuls au moment de notre choix.

La création de telles structures exigera l’appui du gouvernement pour des conditions de logement novatrices ainsi que des engagements de la part de tous ceux et celles qui prendront part à la définition des objectifs pour le projet de cologement auquel ils et elles ont adhéré avant même d’entreprendre la recherche d’un site. De même, les participants doivent accepter de prendre les décisions en commun sur tout ce qui peut influer sur leur vie communautaire (p. ex., sur les achats collectifs, les réparations, etc.). Le consensus est valorisé et favorisé; la solidarité s’avère essentielle.

Ce n’est pas du tout facile à faire. Et la pénurie de telles structures au Canada le démontre. Par exemple, il existe actuellement un réseau de cologement au Canada, mais il semble que ce soit une initiative plutôt nouvelle, puisqu’il n’y a pas beaucoup d’endroits où des projets sont en cours ou même en élaboration. Le Québec ne compte qu’une seule entrée, tandis que sont répertoriés plusieurs endroits dispersés en Colombie-Britannique. Il semble qu’il y ait également un autre projet à l’étude à Montréal – bien que mes tentatives infructueuses pour communiquer avec les responsables laissent penser que ce projet est au point mort. De même, la Montréalaise Janet Torge espère voir la création de ce qu’elle appelle ici les « maisons de retraite radicales ». C’est une bonne idée, mais ce projet devrait peut-être porter un autre nom que « maisons de retraite » puisqu’il est peu probable qu’il cerne vraiment les activités de ses résidents éventuels – et qui ne sont pas nécessairement des personnes âgées. 

Toutefois, la concrétisation de ce nirvana ne se fera pas assez tôt pour certaines, il faut donc faire preuve tout de suite d’une certaine improvisation afin de favoriser, et de normaliser, l’INTERdépendance. Parmi les quelques idées plutôt évidentes, dont aucune n’est particulièrement novatrice en soi, qui constituent potentiellement des points de départ simples, et certaines d’entre elles étant peut-être déjà en cours de réalisation, mentionnons :