INTERdépendance

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Publication Date: 
lun, 2013-04-01

- La création d’une communauté de soins par un regroupement d’amies ou d’autres personnes partageant les mêmes convictions pour établir un tableau de service. Lorsqu’une personne a besoin que quelque chose soit fait, elle envoie sa demande par courriel et des volontaires en font le suivi. Cette façon de procéder s’est avérée utile récemment pour une amie qui a subi une importante intervention chirurgicale et qui ne parvenait pas à faire beaucoup de choses seule. Plusieurs se sont portés volontaires pour « être disponibles » pour magasiner, nettoyer, faire une promenade, tout ce qu’elle voudrait, lorsque son partenaire (et cela aurait pu aussi s’appliquer à son enfant) retournerait au travail ou serait simplement épuisé. L’ouvrage de June Callwood Twelve weeks in spring: The inspiring story of Margaret and her team (1986) raconte comment un groupe d’amis ont soutenu, dans ce cas-ci, une femme aux derniers jours de sa vie. Ce livre mérite d’être lu et relu.

- Une variante consiste à actualiser l’idée des « vigies de quartier » dont plusieurs ont fait partie il y a des décennies et de l’appliquer aux immeubles à logements multiples. Une pancarte sur la porte d’un appartement suffit pour indiquer qui participe et qui peut ainsi aider aux tâches à l’intérieur (ou à l’extérieur) ou qui a besoin d’aide pour ces mêmes tâches; ou qui souhaite seulement recevoir de la visite. Nous surveillons tout simplement le voisinage d’une façon légèrement organisée.

- Une autre formule que plusieurs femmes ont employée avec succès avant l’instauration de garderies lorsqu’elles avaient de jeunes enfants, et qui demeure tout aussi pertinente à l’heure actuelle : créer des coopératives de garde d’enfants non officielles qui sont organisées de façon à ce que des heures soient attribuées à chaque femme pendant lesquelles elle s’occupe de tous les enfants alors que le reste de la semaine elle peut disposer de son temps libre comme elle l’entend. Dans la coopérative à laquelle j’appartenais, un groupe planifiait l’horaire de sorte qu’une période de travail de trois à quatre heure, un matin par semaine, équivalait à quatre matins que nous pouvions utiliser à volonté pendant que les autres effectuaient leur quart de travail. Les enfants adoraient cette formule tout comme les mamans. Un système semblable existait pour faire garder les enfants le soir, dans lequel nous nous servions de « reçus », du troc ou d’autres méthodes d’échange non monétaires. Pour actualiser ces formules, nous pourrions envisager d’y inclure les grands-mamans qui n’habitent pas trop loin de leur famille, les femmes célibataires qui souhaiteraient devenir « tantes » et les autres qui aimeraient offrir ces services à des mères surmenées : du temps libre pour la maman, tandis que l’autre personne a le plaisir de lire des histoires ou d’enseigner certaines habiletés à cette famille élargie.

- La mise sur pied de « banques de temps » où les gens pourraient échanger des services sans utiliser d’argent, selon différents modèles possibles. Celles-ci contribuent également à créer un cadre social et une solidarité.

Diffusé récemment à la radio CBC, un documentaire consacré à un projet pour les femmes âgées en France a suscité plusieurs réactions positives, dont beaucoup demandaient « pourquoi ne pouvons-nous pas avoir ça ici ». Bien, pourquoi ne pouvons-nous pas mettre sur pied notre propre maison des Babayagas, ou une variante quelconque, ici?

Pendant trop longtemps, les femmes ont été éduquées avec la pensée que leur rôle dans la vie consistait à s’occuper des autres, surtout à leur donner des soins en étant non rémunérées et non valorisées pour le faire. Il s’agit là d’un postulat que nous devons bien sûr rejeter. Malgré cela, l’action de donner nous permet de nous sentir mieux et ce sentiment renforce le comportement. Par contre, l’action de recevoir de l’aide n’a pas cet attrait : la société a tendance à nous faire sentir inaptes ou pire lorsque nous demandons de l’aide et à nous attaquer et à nous stigmatiser pour ce qui est perçu comme notre « indigence » et notre « dépendance ». Toutefois, nous devons solidairement valoriser les actions d’obtenir et de donner en se servant de moyens collectifs et féministes.

Il est peu probable que ce message soit facile à accepter pour une génération ou plus de femmes qui ont appris à leurs dépens à subvenir à leurs propres besoins lorsque le divorce, une blessure ou la maladie nous ont soudainement fait prendre conscience du peu d’habiletés de survie que nous avions développées en raison d’une socialisation fondée sur les sexes qui a limité nos possibilités en matière d’études et d’emploi. Et pour lesquelles, nous ne disposions que de solutions individuelles dans nos répertoires. Un message compliqué surtout pour les femmes hétérosexuelles mariées qui tardivement se sont senties assez solides pour dire qu’elles n’étaient plus constamment disponibles pour satisfaire les caprices et les besoins des autres, généralement les hommes dans leur vie à la maison et au travail.