Poils corporels

Mercredi, April 3, 2013 - 14:32

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... brillance et volume, les mots qui ne conviennent pas

Parlons sexualité - blogue par Lyba Spring

Dans les publicités pour shampooing qui passent à la télévision, sa chevelure brillante et vibrante est « une gloire » pour la femme  qui y passe ses mains, l’agitant d’un côté à l’autre comme une crinière pleine de vie, hypnotisant les téléspectateurs, les invitant à y passer leurs mains eux aussi. En revanche, si vos jambes sont couvertes de poils, personne ne semble avoir envie d’y passer les mains, du moins dans les publicités.

Évidemment, les critères de beauté varient à travers les époques et les cultures. En Amérique du Nord, l’épilation s’est étendue aux hommes également. De nos jours, les « ours » (les hommes poilus) sont devenus une catégorie particulière pour leurs admirateurs, masculins pour la plupart.

On a prétendu que la prévalence d’images pornographiques de femmes sans poils, aux vulves de fillettes, était à l’origine de l’épilation des poils pubiens pratiquée en masse actuellement. Quelle qu’en soit la raison, un très grand nombre de femmes épilent leurs corps – à en croire la prolifération des salons d’épilation dans mon voisinage.

Dans le vestiaire de ma salle de gym, où la plupart des femmes ne sont pas du tout intimidées, j’ai vu de tout, des vulves nues à la « piste d’atterrissage », en passant par la couverture de poils classique. C’est un fait, il y a bien une mode en matière de vulves. J’ai vu également quelques femmes avec du poil aux jambes. Je l’admets volontiers, c’était plus à la mode dans les années 1960 et 1970, mais c’est surprenant parce que c’est très éloigné de la norme actuelle.

Les femmes choisissent de nombreuses manières pour s’épiler, certaines permanentes, d’autres douloureuses. Chaque méthode s’accompagne également de risques pour la santé. L’épilation au laser est un acte médical requérant une formation pour pouvoir le pratiquer et nécessitant habituellement plusieurs séances. On dit aux femmes de s’attendre à de l’inconfort et à une décoloration temporaire de la peau.

Une brochure du Bureau de santé publique de Toronto sur l’épilation corporelle suggère fortement d’éviter de se raser le pubis en particulier. L’épilation évite de s’infliger des bosses de rasoir, que certaines femmes auto-diagnostiquent trop rapidement comme des verrues ou de l’herpès. Pour ne pas transmettre les virus d’autres personnes en appliquant la cire, les salons doivent suivre des procédures particulières. Il est également recommandé aux femmes qui s’épilent le pubis – de quelque manière que ce soit –, de s’abstenir d’avoir des relations sexuelles pendant les 48 heures suivantes; ce qui, pour certaines, peut aller à l’encontre de leurs intentions.

Quand on leur demande pourquoi elles s’épilent, certaines femmes disent qu’elles aiment la sensation ou que c’est plus hygiénique ou que leur partenaire préfère cela. La sensation de douceur est l’incitatif utilisé dans les publicités de produits d’épilation et de soins de la peau. Une femme douce est une femme désirable.

Il en irait autrement pour la nature. En effet, les poils du pubis et des aisselles sont des pièges à odeurs. Nous nichons notre nez dans les odeurs érotiques comme le font tous les mammifères – sauf que nous avons éliminé nos odeurs et les poils qui les retiennent. Le sexe est naturellement une histoire confuse d’odeurs, que nous avons épurée de notre mieux.

En septembre 2012, après avoir été ridiculisée en public, une Sikhe ayant du duvet sur le visage s’est défendue, ainsi que ses croyances religieuses, de la manière suivante : « Les Sikhs baptisés croient au caractère sacré du corps […]. Je me rends compte que mon genre prête souvent à confusion et que j’ai  l’air différente de la plupart des femmes ». Elle poursuivait en disant que le corps est un don de l’être divin et doit être conservé intact.

Lors d’une récente baladodiffusion sur la réduction cosmétique des organes génitaux féminins auquel je participais, la sexothérapeute et psychologue Leonore Tiefer a noté que, lorsque les femmes font  augmenter la taille de leur poitrine ou réduire celle de leurs lèvres ou de leur clitoris, cela accentue leur féminité et diminue leur masculinité. Les femmes qui ont des poils les retirent vraisemblablement pour paraître plus féminines.

Je me souviens d’un numéro du comique Tim Nutt. Il disait qu’il aimait arriver derrière des femmes aux cheveux courts et dire : « Pardon, monsieur. » Selon lui, c’était elles les responsables parce que, lorsqu’elles coupent leurs cheveux courts, cela signifie qu’elles ne font plus l’amour (avec un homme, on suppose). Toutefois, on dit que chaque stéréotype renferme un brin de vérité. Certaines femmes semblent opter pour une sorte d’aspect asexué à mesure qu’elles vieillissent. D’autres se déchaînent contre l’âge dans une frénésie cosmétique. Mes amis savent que je ne suis pas une gravure de mode. Néanmoins, par vanité personnelle, ma vieille amie d’université et moi avons fait un pacte il y a quelques années. Lorsque nous serons toutes deux dans une résidence pour personnes âgées, elle m’épilera les poils du menton et j’épilerai les siens, comme je l’ai fait pour ma mère de 90 ans avant sa mort. Je suppose que ce sera l’expression de notre refus d’abandonner complètement – ou de céder à l’androgynie du grand âge. Et vous, jeunes femmes, pour qui les épilez-vous?

Envoyez-moi vos questions et vos commentaires : springtalks1@gmail.com.