La sexualité des jeunes – débridée, vraiment?

Jeudi, April 25, 2013 - 23:41

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Parlons sexualité - blogue par Lyba Spring


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On a aujourd’hui l’impression, il est vrai, que les appareils portatifs donnent aux jeunes un accès quasi illimité aux images à caractère sexuel (y compris des photos de leurs amis qu’ils n’avaient pas demandé à voir) et l’occasion de découvrir tout ce qui peut s’apprendre sur le sexe, le bon comme le mauvais. Les photos non sollicitées font évidemment partie de cette dernière catégorie, mais les aspects positifs méritent d’être soulignés : les portables permettent aux jeunes de trouver une clinique, de texter une demande d’information à un service de santé ou même d’informer anonymement un partenaire qu’il a une MTS et devrait subir un test de dépistage.

Vu la multitude de renseignements provenant de sources de toutes sortes, on observe de réels progrès en matière de santé sexuelle chez les adolescents et les jeunes adultes; de sérieux problèmes subsistent également. Mais où en sont les jeunes, exactement?

Les médias donnent aux adultes une fausse impression de l’activité sexuelle chez les jeunes et les portent à croire qu’ils s’y adonnent de plus en plus tôt. Or les enquêtes fédérales et provinciales à ce sujet racontent une histoire apparemment bien différente. En 1996, 32 % des 15 à 17 ans ont déclaré avoir eu des relations sexuelles (avec pénétration vaginale); en 2003 et en 2009, la proportion était de 30 %. De plus, chez les 18 et 19 ans, un nombre moins élevé qu’auparavant a déclaré avoir eu une relation sexuelle; en 1996, le pourcentage s’élevait à 70 %; en 2009, il avait baissé à 68 %.

L’usage du préservatif augmente. Soixante-huit pour cent des Canadiens sexuellement actifs âgés de 15 à 24 ans ont déclaré avoir eu recours au condom en 2009, contre 62 % en 2003. Toutefois, l’usage est moins régulier chez les plus âgés parmi les adolescents : chez les 18 et 19 ans (avec un partenaire), 72,7 % ont utilisé un condom la dernière fois qu’ils ont eu une relation sexuelle, contre 81,2 % chez les 15 à 17 ans. L’explication la plus vraisemblable, en ce qui concerne les adolescents hétérosexuels, c’est que les jeunes filles prennent la pilule. Tout comme la décision de reporter des relations sexuelles à plus tard, l’usage du préservatif requiert une certaine négociation. Dans certains groupes sociaux, il est de rigueur.

À l’époque où je travaillais dans une clinique de santé sexuelle, j’ai observé que certains jeunes avaient une bonne longueur d’avance sur bien des adultes en ce qui concerne la capacité de prendre des décisions en matière sexuelle. Pour donner un exemple, certains jeunes hommes étaient accompagnés par leur copine lors des tests de dépistage; rien de tel pour donner du piquant à une sortie romantique.

Le taux de grossesse chez les adolescentes a chuté radicalement depuis les années 1970, notamment grâce à l’accès à l’éducation sexuelle ainsi qu’à la contraception et à l’avortement sécuritaire en cas d’échec. On pourrait réduire les poches de grossesse qui restent en améliorant l’accès à l’essentiel : une saine alimentation, un logement adéquat, la sécurité, y compris la sécurité sexuelle.

Autre point positif : les jeunes dévoilent leur orientation sexuelle à leurs pairs de plus en plus tôt, ainsi que d’autres aspects liés au genre. On peut donc affirmer nous avons bien fait les choses sur certains plans, notamment, en changeant notre discours à la maison et l’école pour faire en sorte de transmettre des messages positifs au sujet des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transgenres (LGBT).

Toutefois, il nous faut faire encore mieux.

Les adolescentes dans la tranche d’âge supérieure qui cessent d’utiliser le condom ne tombent plus enceintes, mais elles contractent des MST en nombre record.

À titre d’exemple, le nombre de cas de chlamydia continue de grimper chez les 14 à 24 ans. Un constat en partie attribuable au dépistage, plus fréquent et efficace qu’autrefois. (Le test d’urine, au lieu des prélèvements, facilite grandement la tâche de convaincre les hommes de s’y prêter.) Comme je l’évoquais plus haut, les jeunes hétérosexuelles qui s’embarquent dans une relation plus longue (trois semaines ou davantage!) se tournent vers la contraception hormonale comme méthode anticonceptionnelle. Toutefois, elles ont tendance à le faire avant de subir un dépistage pour les MST. Dès qu’elles commencent à prendre la pilule, elles cessent d’utiliser le condom. Or il arrive qu’elles ignorent qu’elles ont déjà contracté une MST à cause d’un partenaire précédent ou que leur conjoint stable et aimant leur a transmis une MST sans savoir qu’il était lui-même infecté.

À mon avis, le plus grand obstacle à la santé sexuelle des adolescents et des adolescentes, comme je l’ai évoqué dans un blogue précédent, concerne la persistance des agressions sexuelles pendant les fréquentations et le manque apparent d’empathie à l’égard des victimes. La violence conjugale (psychologique, physique et sexuelle) est indissociable de ce phénomène; elle commence souvent à l’adolescence et se poursuit à l’âge adulte, la vaste majorité de ses victimes étant de sexe féminin.

Même si je reconnais amplement que chacun de ces problèmes découle de facteurs variés, y compris des comportements à risque élevé liés à l’iniquité économique et sociale, je persiste à croire que l’éducation reste un élément essentiel. Grâce à l’éducation et à l’accès aux services, nous réussirons à faire baisser les chiffres sur les MST et la grossesse chez les adolescentes. Toutefois, il nous faudra savoir comment utiliser les appareils portatifs à notre avantage. Les agents du changement devront apprendre comment s’y prendre pour bombarder les jeunes de messages positifs. C’est pourquoi je propose d’adopter sans délai un nouveau mot-clic sur Twitter : #goodteensex.

Envoyez-moi vos questions et vos commentaires : springtalks1@gmail.com.