Compte rendu de livre - Becoming Trauma Informed

Taille du texte: Normal / Moyen / Grand
Version imprimableVersion imprimable
Publication Date: 
ven, 2013-04-26

Compte rendu de livre

Becoming Trauma Informed, dirigé par Nancy Poole and Lorraine Greaves, Centre for Addiction and Mental Health (CAMH), 2012.

Recension par Nancy Ross

Fondé sur des données probantes, Becoming Trauma Informed (dirigé par Nancy Poole et Lorraine Greaves, 2012) est un ouvrage ambitieux sur un sujet d’actualité, qui promet d’imprimer un élan à la conception de services sensibles au traumatisme dans le contexte canadien, en matière de toxicomanie et de santé mentale notamment.

Reflet d’un véritable changement de paradigme, ce recueil présente de nouvelles connaissances qui confirment la place centrale qu’occupe l’expérience du traumatisme à toutes les étapes de la vie. Depuis une trentaine d’années, le mouvement de lutte contre la violence nous a amenés à comprendre peu à peu les conséquences à court et à long terme, sur les femmes et sur les hommes, de la violence, des agressions sexuelles et de la maltraitance sexuelle pendant l’enfance. On sait désormais que le traumatisme est une expérience envahissante et qu’il peut bouleverser durablement une vie. Ses liens avec la toxicomanie et les problèmes de santé mentale sont profonds. Ce livre nous apprend entre autres que notre cerveau est sculpté par nos premières expériences et que « la maltraitance est un burin qui entraîne celui-ci à affronter l’adversité, mais au coût de blessures profondes et persistantes ». Il fournit des arguments convaincants sur la nécessité de prendre les mesures nécessaires pour outiller adéquatement les individus, les organisations et les structures, afin qu’ils puissent véritablement venir en aide aux personnes traumatisées.

Poole et Greaves insistent sur l’importance de tenir compte des liens entre le traumatisme, dont le traumatisme intergénérationnel et cumulatif, la violence, la santé mentale et la toxicomanie (y compris le tabagisme). À leur sens, c’est une condition essentielle à la prestation de soins intégrés et holistiques dans tous les secteurs qui interviennent dans le processus de guérison : services de santé, services sociaux, services de protection de l’enfance, services d’hébergement, services juridiques et autres.

L’ouvrage offre des exemples de pratiques avant-gardistes sensibles au traumatisme reposant sur cette approche, tout en soulignant que leur intégration réussie au sein des services et des structures de soins continue de présenter un défi important dans la plupart des régions au Canada.

Les première et deuxième parties du livre décrivent en quoi consistent une théorie et une pratique sensibles aux traumatismes, ainsi que leurs implications selon différents groupes et contextes. Le sexe, la race, la classe, la culture, le handicap, le statut d’immigrant et d’autres formes de diversité interagissent de telle façon qu’ils augmentent les vulnérabilités associées aux traumatismes, ce qui exige des interventions sur mesure. Les auteures proposent des exemples de méthodes innovatrices, qui permettent d’offrir des services adaptés à des personnes souffrant de déficiences développementales, d’un problème de toxicomanie ou du syndrome d’alcoolisation fœtale. D’autres chapitres portent sur les besoins particuliers des réfugiés, des hommes, des filles et des Autochtones. Même si l’on aurait pu aborder plus en profondeur la question de savoir comment la collecte d’information au sein des services pourrait contribuer à terme à une réduction des taux de traumatismes dans notre pays, plusieurs chapitres font néanmoins ressortir la nécessité d’une analyse critique continue et d’une reconnaissance du rôle des politiques gouvernementales et des facteurs sociaux et culturels dans la perpétuation du traumatisme. Cette idée est particulièrement bien formulée dans un chapitre intitulé « An Intergenerational Trauma-Informed Approach to Care for Canada’s Aboriginal Peoples » [Une approche sensible au traumatisme intergénérationnel en matière de prestation des soins aux Autochtones]; on y critique vivement le rôle des programmes gouvernementaux tout en situant le discours sur le traumatisme dans un cadre de justice sociale.

Dans un chapitre sur les besoins uniques des jeunes aux prises avec des troubles concomitants, on apprend que la majorité des jeunes accueillis par le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) ont des antécédents de stress traumatique (90 % des filles et 62 % des garçons) et de sévices sexuels. Le taux de traumatisme est plus élevé chez les femmes, mais le problème ne les concerne pas uniquement. On cite en effet une étude américaine qui révèle que plus de 50 % des hommes ont été exposés à un incident traumatique au moins une fois. On aurait pu insister davantage dans ce livre sur l’expérience des garçons et des hommes, en particulier lorsqu’on sait que parmi ceux qui commettent des actes de violence, un nombre élevé ont eux‑mêmes subi des expériences traumatiques susceptibles d’avoir un effet négatif sur leur rôle comme père. Roger Fallot et Richard Bebout, des auteurs bien connus, proposent un chapitre dans lequel ils traitent en particulier des approches sensibles au traumatisme qui s’adressent aux hommes.