Compte rendu de livre - Becoming Trauma Informed

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Publication Date: 
ven, 2013-04-26

La troisième partie de l’ouvrage donne des exemples de changements systémiques attribuables à l’éducation et à l’innovation. La transformation des systèmes de soins en structures sensibles aux traumatismes exige la fin du travail en silos; la collaboration entre les prestataires de services, les disciplines et les secteurs s’avère essentielle. Elle peut conduire à la formation interprofessionnelle, à l’intégration du dépistage et à d’autres formes de services collaboratifs. Un exemple de ces nouveaux modes de collaboration émane de Toronto, où les secteurs de la protection de l’enfance et de la lutte contre la toxicomanie ont réussi à coordonner des mandats disparates à première vue. Ils ont fait la preuve que des politiques, des programmes et des services sensibles aux traumatismes peuvent contribuer à réduire les risques pour les femmes et les enfants et favoriser les perspectives d’attachement et de guérison.

Bon nombre des chapitres présentés ici montrent qu’en dépit de toutes les données confirmant que les personnes qui fréquentent les centres de toxicomanie et de santé mentale sont pour la plupart des victimes de maltraitance, les prestataires de services ne tiennent pas compte de cette réalité. Une auteure rapporte notamment que 90 % des personnes souffrant de problèmes de santé mentale auraient été exposées à un traumatisme; et ce lien serait particulièrement prévalent dans les cas de psychose. L’ignorance de cette corrélation peut conduire à des erreurs de diagnostic à l’égard de phénomènes qu’il faut bel et bien interpréter comme des adaptations au traumatisme, de nature neurobiologique, psychologique ou psychosociale. De plus, le fait de ne pas tenir compte des besoins en cette matière revient à refuser d’admettre que la prestation des services peut-elle même s’avérer une expérience traumatisante. Une auteure explique que l’importance démesurée accordée au modèle médical en matière de traitement risque de limiter la pertinence de l’expérience vécue, de sorte que les besoins définis par le client lui-même sont occultés par la volonté de le voir respecter les directives médicales.

L’idée d’appliquer des principes d’intervention attentifs au traumatisme traverse le recueil d’un bout à l’autre. En Saskatchewan, des prestataires de soins primaires ont défini neuf principes se rapportant au besoin, pour la cliente ou le client, de se sentir en sécurité. Ils comprennent : le respect (rester attentif au sentiment de dépréciation); la disponibilité (prendre le temps de sonder le sentiment de dépersonnalisation et de dévalorisation); la qualité du rapport (pour accroître le sentiment de sécurité); l’information (pour diminuer l’anxiété et manifester du soutien); le respect des limites personnelles (pour éviter de nouveaux traumatismes); la valorisation de l’apprentissage mutuel; une compréhension de la nature non linéaire de la guérison; une connaissance du phénomène de la violence interpersonnelle. Dans une autre étude réalisée aux États-Unis (la United States Women Co-occurring Disorders and Violence Study), on a dressé une liste de dix principes sous-jacents à la prestation de services sensibles au traumatisme auprès des femmes; le premier concerne la nécessité d’admettre les effets de la violence et de la victimisation sur le développement et les stratégies d’adaptation. Dans les chapitres traitant de l’évolution des services offerts au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CTSM), on saisit que ces principes reposent sur une philosophie axée sur l’autonomisation du client. De cette conception découlent des initiatives comme l’adoption d’une Charte des droits des clients au CTSM, ainsi qu’une diminution du recours à la contention et à l’isolement dans les établissements de santé mentale. Consulter les clients et tenir compte de leurs commentaires dans la conception et l’évaluation des services constitue l’un des principes fondamentaux de toute pratique attentive au traumatisme, au même titre que la réduction des préjudices.

Le fait d’envisager les choses à la lumière du traumatisme modifie l’angle d’approche : au lieu de se demander quel est le problème d’une personne, on s’interroge sur ce qui a pu lui arriver. C’est là l’une des principales caractéristiques d’un service sensible au traumatisme. Dans un chapitre consacré au travail auprès des hommes traumatisés, on souligne qu’une culture sensible à la spécificité des sexes et au traumatisme enseigne d’abord et avant tout que les prestataires de soins doivent s’enquérir des antécédents de leur clientèle en matière d’exposition à la « violence ».

Dans ce type de service, on n’exige pas des professionnels qu’ils traitent les traumatismes; on leur demande plutôt de savoir à quel point cette expérience est courante, combien il peut être difficile d’établir un lien thérapeutique et tout le doigté que peut exiger la démarche. À cet égard, les approches sensibles au traumatisme ressemblent aux interventions axées sur la réduction des préjudices; elles impliquent un principe universel de précaution suivant lequel on tient pour acquis que l’individu que l’on soigne est selon toute vraisemblance une personne traumatisée. Dans cette optique, le traumatisme est considéré comme une expérience déterminante et constitutive. Tous les membres du personnel des services sociaux, incluant ceux de la réception, de la sécurité et de la cuisine, gagneraient à suivre une formation générale qui les amènerait à comprendre que l’expérience traumatique constitue la norme plutôt que l’exception chez la clientèle. Nul besoin d’avoir divulgué un traumatisme ou d’avoir reçu un diagnostic à cet égard pour profiter des bienfaits découlant de services sensibles à cette réalité.