Méthode contraceptive : le choix de qui?

Lundi, June 3, 2013 - 16:42

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Parlons sexualité - blogue par Lyba Spring

Demandez à une femme si elle pratique la contraception et elle vous dira probablement si elle prend « la pilule » ou pas. En effet, pour la plupart des femmes, les deux sont synonymes. Souvent, une femme dira à son médecin de la « mettre sur » la pilule contraceptive, ce qui évoque l’image d’une consultation éclair, carnet de prescription en main. Alors, l’expression « consentement éclairé » a-t-elle vraiment un sens lorsqu’il s’agit de contraception?

Les femmes ayant besoin de la contraception sont susceptibles de changer plusieurs fois de méthode au cours de leurs années de fécondité, en fonction de leur âge, de leur état de santé, de leurs revenus, de leurs partenaires et du nombre de leurs enfants. Il est essentiel d’être informé de ces circonstances pour aider une femme à trouver la méthode qui lui convient à un moment précis de sa vie. En dépit des préjugés et partis pris que les fournisseurs de soins de santé peuvent avoir à l’égard de certaines méthodes, il devrait être de mise que le choix en revienne aux femmes.

Les contraceptifs oraux (la pilule) sont à l’évidence la méthode préférée de la plupart des praticiens de la santé, pour leur efficacité lorsqu’ils sont utilisés conformément à la prescription. Le stérilet ou DIU (dispositif intra-utérin) en cuivre est presque aussi efficace. Toutefois, les professionnels de santé n’ont modifié leurs pratiques de prescription que récemment, parce que son niveau de sécurité a été mis à jour. Cela a fait augmenter son utilisation, notamment chez les femmes n’ayant jamais été enceintes. Moins cher, le DIU non hormonal est souvent laissé de côté par les professionnels de santé, au profit du système intra-utérin (SIU) Mirena qui libère une progestine. Conçu à l’origine pour aider les femmes ayant des saignements très abondants, ce SIU a toutefois été communément prescrit, peut-être à cause d’une commercialisation agressive. Dans certaines provinces comme l’Ontario, une femme vivant des prestations de l’aide sociale est plus susceptible d’utiliser le stérilet Mirena plutôt que celui en cuivre, même si elle préfère une méthode non hormonale, parce qu’elle doit payer le DIU en cuivre tandis que le Mirena est pris en charge par le gouvernement. En plus d’être illogique, c’est du gaspillage car le Mirena coûte en réalité quatre fois plus que le DIU (lorsqu’on l’obtient d’une clinique subventionnée par l’État). Mais il est généralement plus cher lorsque c’est le médecin de famille qui le met en place.

Une femme voulant recourir à une méthode hormonale combinée, mais ne désirant pas prendre une pilule chaque jour, peut opter pour le timbre contraceptif ou l’anneau vaginal. Le timbre contient une dose d’hormones supérieure; l’anneau vaginal, une  progestine de « troisième génération » (voir ci-dessous). La solution hormonale qui lui reste est le Depo-Provera, une méthode qui devrait inclure des conseils complets sur les effets secondaires possibles.

Autrement, elle peut recourir aux condoms (masculins ou féminins), au retrait, à la planification familiale naturelle ou à une combinaison de ces méthodes. Il est peu probable qu’elle trouve une clinique qui vende encore le diaphragme ou le gel qui l’accompagne.

L’apprentissage des notions de base sur son cycle menstruel, en particulier la façon de reconnaître la glaire fertile afin d’établir sa courbe de fécondité, est une stratégie fondamentale pour apprendre à une femme à connaître son corps. Il existe même une application à cet effet. Si une femme veut se servir de ce savoir pour prévenir une grossesse, elle peut adopter la méthode des jours fixes.

Le fait de comprendre les mécanismes de la fertilité permet également d’augmenter l’efficacité d’une méthode comme le retrait, dont le taux d’efficacité est de 96 % en conditions d’« usage parfait ». C’est entendu, avec un usage habituel, ce taux chute à 73 %. Cependant, en cas d’incident, la femme peut prendre un contraceptif d’urgence (ou recourir à un stérilet post-coïtal). Ce plan B n’offre pas un degré d’efficacité constant, mais le fait d’être en vente libre l’a rendu plus accessible. 

En ce qui concerne les méthodes hormonales, il existe des problèmes de sécurité que les fournisseurs de soins de santé n’aborderont peut-être pas.

Souvent, des femmes prenant déjà la pilule souhaitaient l’acheter moins cher auprès de la clinique de santé sexuelle où je travaillais. Leur médecin avait prescrit Diane-35 à certaines. Ce médicament, qui n’a été approuvé que pour une utilisation de courte durée pour traiter l’acné sévère et l’hirsutisme, présente également des propriétés contraceptives. Les sociétés pharmaceutiques ont fait valoir cette dernière application auprès des médecins. Aussi, bien qu’il n’ait jamais été approuvé comme contraceptif, il est prescrit en « utilisation non indiquée sur l'étiquette » comme contraceptif oral. Lorsque les femmes me posaient des questions à propos de Diane-35, je les dirigeais vers le site Web et la mise en garde de Santé Canada, parce que les femmes prenant Diane-35 comme contraceptif ne sont vraisemblablement pas au courant que son utilisation à cet effet ne figure pas sur l'étiquette. Diane-35 n’est plus prescrit en France, en raison de quatre décès imputables à une thrombose, et Santé Canada a rappelé récemment aux prescripteurs « que Diane-35 ne doit pas être utilisé à titre de contraceptif oral ».

Les pilules contraceptives de troisième et quatrième génération renferment des progestines qui sont associées à un risque supérieur de formation de caillots. Les contraceptifs de marques Yasmin et Yaz font actuellement l’objet de poursuites, en raison de problèmes de sécurité liés à un progestatif, la drospirénone. L’anneau vaginal renferme une progestine de troisième génération, le désogestrel. Ce fait est-il discuté avant qu’une femme reçoive sa prescription? Mea culpa, je ne l’ai jamais mentionné.

Au départ, on a vendu les contraceptifs oraux à utilisation continue aux femmes en leur demandant si elles voulaient avoir leurs règles moins souvent, vraisemblablement dans l’intention de les « libérer » de cette fonction corporelle. De nombreuses femmes sont passées à ce type de contraceptifs. Cependant, je n’ai pas connaissance d’une quelconque recherche sur les conséquences potentielles à long terme (par exemple, sur la santé de leurs seins) d’une augmentation de longue durée du taux d’œstrogène.

Les fournisseurs de soins de santé ont la responsabilité de donner aux patientes de l’information claire et à jour, de sorte qu’elles puissent faire des choix éclairés. Les patientes ne doivent exiger rien de moins.

Envoyez-moi vos questions et vos commentaires : springtalks1@gmail.com.