PARLONS SEXUALITÉ AVEC LYBA - Êtes-vous confuse concernant le test Pap?

Mardi, July 2, 2013 - 05:00

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par Lyba Spring


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Lorsque les recommandations de l’Association médicale canadienne concernant les nouvelles lignes directrices en matière de dépistage du cancer du col de l’utérus ont été publiées récemment, plusieurs de mes collègues œuvrant en santé sexuelle ont été fort surpris et m’ont demandé si ces recommandations faisaient partie d’un programme d’austérité. À mon avis, pas cette fois.

Les femmes et les professionnels de la santé savent très bien que le test Pap s’inscrit dans les pratiques essentielles en matière de santé des femmes. Cette procédure de dépistage a réduit le taux de mortalité due au cancer de l’utérus de 70 pour cent. La raison pour laquelle ce test est si efficace est la suivante. Lorsque des cellules irrégulières sont détectées chez une femme, celle-ci peut être suivie et traitée si nécessaire pour empêcher que ces cellules ne deviennent cancéreuses. Le cancer de l’utérus se développe très lentement (10 à 20 ans).

Jusqu’à récemment, les femmes étaient fortement encouragées à subir un test Pap à tous les ans. Il était souvent fait lors du bilan de santé annuel. Certaines cliniques le faisaient coïncider avec le renouvellement de la pilule anticonceptionnelle pour s’assurer que le dépistage était fait.

L’âge recommandé pour subir le premier test et l’intervalle entre les tests constituent les changements les plus notables proposés par l’AMC.

Selon l’AMC, le premier test doit avoir lieu à l’âge de 25 ans. Un dépistage régulier doit être fait aux trois ans, jusqu’à 70 ans. Il y a évidemment des exceptions, notamment les femmes affichant des symptômes de cancer de l’utérus ou dont le dernier test Pap révélait des résultats anormaux. Les femmes immuno- supprimées en font aussi partie (p. ex. les femmes atteintes du VIH/sida).

Le raisonnement de l’AMC est le suivant. Bien qu’il existe d’importantes données probantes indiquant la nécessité de faire des tests de dépistage chez les femmes de 30 à 69 ans, la valeur du dépistage et l’équilibre entre les bienfaits et les dangers chez les femmes qui n’appartiennent pas à ce groupe d’âges ne sont pas clairs. C’est pourquoi les recommandations de dépistage systématique sont plus faibles pour les femmes de 25 à 29 ans. C’est pourquoi les recommandations de dépistage systématique sont plus faibles pour les femmes de 25 à 29 ans. Pour les femmes de 20 à 24 ans, l'AMC recommande le dépistage non systématique du cancer du col de l'utérus, et la cessation du dépistage chez les femmes de 70 ans et plus.

Nous savons depuis plus d’une décennie que le cancer de l’utérus est causé par une infection au virus du papillome humain (VPH) persistant, combinée à d’autres causes, comme le tabagisme. Nous avons cerné plus récemment la façon dont le corps gère ce virus. Non seulement la plupart des gens éliminent ce virus de leurs corps sans intervention médicale, mais chez la majorité des femmes de moins de 30 ans (surtout celles qui ne fument pas), les résultats seront normaux après un constat d’atypie des cellules malpighiennes de signification indéterminée (ASCUS), d’une lésion malpighienne intra-épithéliale (LMIÉ), et dans certains cas, d’une lésion de haut grade. La procédure actuelle de gestion des résultats irréguliers (rappel de test Pap et colposcopies répétées) a été jugée comme faisant plus de mal que de bien. Comme c’est le cas pour l’autoexamen des seins, la détection d’anomalies entraîne parfois une surcharge d’examens et un sentiment d’anxiété chez les femmes qui subissent les tests, sans pour autant réduire les taux de maladie et de décès.

Le deuxième changement fut la mise au point d’un test de dépistage pour le VPH. Parce que certaines souches sont liées au cancer du col de l’utérus, il semble sensé de limiter les tests, comme la colposcopie, chez les femmes affichant de telles souches. Depuis plus d’une décennie, des groupes de chercheurs tentent d’intégrer le test du VPH au test Pap. Dans certaines provinces, on offre le test du VPH à des femmes de plus de 30 ans à la suite d’un résultat anormal spécifique.

Au fil de la recherche, la gestion des résultats anormaux dans la clinique de santé sexuelle où je travaillais a fait des progrès. Les femmes subissent des colposcopies de façon plus sélective, selon les résultats, comme c’est le cas pour les rappels à la suite de test Pap anormaux.

Bien que je considère les nouvelles lignes directrices comme étant un pas dans la bonne direction, je suis déçue par l’absence de discussion sur les activités sexuelles à risque et les infections transmissibles sexuellement (ITS).  D’après mon expérience, les femmes pensent souvent qu’elles subissent un test pour les ITS alors qu’elles subissent un test Pap, et lorsqu’elles subissent un test Pap, elles pensent qu’elles se soumettent à un dépistage d’ITS. En fait, ce n’est pas nécessairement le cas.

Certaines femmes de moins de 25 ans sont sexuellement actives, d’autres ne le sont pas. Par conséquent, l’AMC reconnaît que les femmes qui n’ont pas eu de pratiques sexuelles orales, vaginales ou digitales avant l’âge de 25 ans n’ont pas besoin de se soumettre à un premier test Pap.

Toutefois, celles qui ont eu des pratiques sexuelles non protégées doivent subir un test pour la chlamydia, la gonorrhée et le VIH. Les femmes qui partagent des aiguilles ou des pipes à crack doivent subir un test pour l’hépatite C. Les femmes qui remarquent des symptômes (ou dont le/la partenaire présente des symptômes inhabituels) doivent consulter leur fournisseur de soins. Le test Pap peut révéler la présence du VPH ou de l’herpès sur le col de l’utérus, sans toutefois constituer un test pour les ITS en soi.

Donc, voici ce dont vous devez vous rappeler :

Quiconque a un col de l’utérus doit subir des tests Pap. Si vous avez des rapports sexuels avec les femmes ou si vous êtes un homme trans doté d’un cervix, cela s’adresse à vous.

Soumettez-vous aussi à des tests de dépistage d’ITS au besoin – nouveau partenaire, symptômes inhabituels, bris de condom…

L’information transforme les pratiques, et c’est bien ainsi.

Envoyez-moi vos questions et vos commentaires : springtalks1@gmail.com.