PARLONS SEXUALITÉ AVEC LYBA - Éducation sexuelle : Soyons réalistes

Jeudi, August 1, 2013 - 18:19

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Blogue par Lyba Spring

Les programmes d’éducation sexuelle, qui les rédige et pour qui? Un programme est-il fait pour le bien des étudiants ou bien sa formulation est-elle soigneusement révisée afin de calmer les organisations dissidentes et rassurer des bureaucrates nerveux? À la publication de nouveaux programmes, les opposants à l’éducation sur la santé sexuelle seront immanquablement prêts à choisir cette matière et discréditer les contenus. Les gouvernements provinciaux s’inquiètent des répercussions politiques d’une éducation sexuelle progressiste qui informe sur le plaisir, le choix, l’inclusion et les réalités sexuelles actuelles.

C’est pourtant le travail d’un éducateur sexuel.

Une éducation sexuelle complète est vitale pour la société. Au Canada, elle a contribué en partie à la baisse spectaculaire des grossesses précoces dans les années 1970, les autres facteurs étant la disponibilité accrue de la contraception et l’accès à l’avortement. Cependant, l’éducation sur la santé sexuelle doit aller bien au-delà de la contraception et des infections transmissibles sexuellement. L’Organisation mondiale de la santé définit la santé sexuelle comme étant « un état de bien-être physique, mental et social associé à la sexualité » qui requiert « une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences sexuelles qui soient source de plaisir et sans risque, libre de toute coercition, discrimination ou violence. »

En quoi l’éducation à la sexualité contribue-t-elle au développement des enfants de sorte qu’ils deviennent des personnes ayant une sexualité saine? Les Lignes directrices nationales pour l'éducation en matière de santé sexuelle sont un bon début et doivent être lues par toute personne projetant d’offrir ce service. Toutefois, je voudrais aborder quelques questions d’aujourd’hui.


 

Le meilleur programme au monde n’est d’aucune utilité quand on n’a pas la maîtrise de sa vie.

 


 

Une bonne éducation en matière de santé sexuelle intègre le fait que l’aptitude à avoir le contrôle sur sa vie sexuelle ne s’exerce pas dans le vide. Il faut également prendre en compte les réalités vécues par les jeunes – comme des violences sexuelles antérieures, un statut socioéconomique faible, le sexisme et le racisme – et y faire face. Le meilleur programme du monde n’est d’aucune utilité quand on n’a pas la maîtrise de sa vie. Par exemple, tout programme digne de ce nom inclura de l’information sur l’abus sexuel, le traumatisme sexuel et la compassion pour les survivantes et survivants. Sinon, comment pourrons-nous contrer les messages diffusés sur les médias sociaux, qui font d’un viol collectif un divertissement?

J’ai abordé précédemment, ici, le rôle des parents dans une éducation favorisant la santé sexuelle chez les enfants. Toutefois, ce sont les établissements scolaires qui doivent être courageux et relever le défi d’aider les enfants et les jeunes à faire face aux réalités déroutantes d’un monde hypersexualisé et parfois malveillant.

Cela signifie parler de la pornographie et des images pornographiques dès les cours sur la puberté. À 10 ans, les enfants admettront sans peine avoir vu des images pornographiques (généralement par inadvertance). Qu’est-ce qui a changé depuis les années 1980, quand la recherche donnait à penser que la pornographie était l’éducation sexuelle des garçons de 12 à 17 ans? La réponse est que, pour tout enfant y ayant accès, Internet a accru la disponibilité des images sexuelles et leur caractère explicite. Ces images inculquent dans les jeunes esprits la misogynie, l’association du sexe à la violence, tout en laissant de côté la sécurité, la notion de consentement et la possibilité d’avoir des relations équitables.

Certaines personnes critiques à l’égard de l’éducation sexuelle déplorent l’absence des valeurs dans les programmes d’éducation sexuelle. C’est-à-dire l’absence de leurs valeurs. Selon moi, les valeurs à transmettre aux jeunes sont l’honnêteté, le respect, le consentement, l’équité et l’intégrité. De telles valeurs imprègneraient leurs relations. Elles pourraient même devenir l’arrière-plan de tout matériel érotique et pornographique futur qui alimentera leur plaisir en tant qu’adultes. 

Je reconnais que l’éducation sexuelle a fait du chemin depuis l’époque où elle ne parlait que de ce qu’un couple marié (hétérosexuel) fait au lit, vraisemblablement dans l’intention de faire un bébé. Il y a des décennies que les éducateurs sexuels se sont mis à utiliser un langage non sexiste, remplaçant « mari », « épouse », « homme » et « femme » par « personne » ou « partenaire ». Depuis, ils sont allés progressivement vers une inclusion étendue. Toutefois, nous devons également apprendre à éviter le vocabulaire reflétant une hiérarchie des unions sexuelles ayant le mariage pour idéal. Les adultes savent qu’il n’est pas nécessaire d’être « en amour » ou dans une relation durable pour apprécier les plaisirs de l’intimité sexuelle. Serions-nous critiqués parce que permettons à certains jeunes adultes de pouvoir envisager comme des options viables une aventure d’un soir, une relation sexuelle occasionnelle, comme la « partie de jambes en l’air » organisée de temps à autre entre amis, ou une entente de « sexe entre amis »? Nous devons admettre la réalité – leur réalité – plutôt qu’insister sur un idéal social.

On ne peut atteindre « un état de bien-être physique, mental et social dans le domaine de la sexualité » et profiter de « la possibilité d’avoir des expériences sexuelles qui soient source de plaisir et sans risque » sans information sur le plaisir. Les étudiants se plaignent amèrement depuis des années de vouloir apprendre plus que « la plomberie ».

Nous, éducateurs sexuels progressistes, ne leur enseignons pas comment se masturber, mais nous leur disons que les gens se donnent couramment du plaisir à eux-mêmes. Nous parlons de l’orgasme. Nous leur répondons quand ils demandent pourquoi certaines femmes utilisent un godemiché et pourquoi certains amants sont très bruyants.

Pour être crédibles, quand disons que nous répondrons à toutes leurs questions, nous devrions le faire. Dans certains programmes, on dissuade les éducateurs de répondre aux questions qui n’y sont pas directement abordées. Les concepteurs de programmes préfèrent-ils que les étudiants comptent sur les images des médias de masse, plutôt que de recevoir de l’information précise de sources fiables? Probablement pas.

Nous avons parcouru un long chemin depuis le temps où nous n’enseignions que comment faire des bébés; mais c’est encore insuffisant. L’éducation sur la santé sexuelle doit instruire de la vie. C’est personnel, mais tellement politique.

Envoyez-moi vos questions et vos commentaires : springtalks1@gmail.com.