Diane-35: Reconsidérez les risques

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Publication Date: 
jeu, 2013-08-01

Le travail de Mme Shnier est axé sur les problèmes de conflits d’intérêts au sein de l’industrie médicale. En plus de la publicité s’adressant aux jeunes femmes, les médecins sont également la cible de la promotion de produit de la compagnie pharmaceutique. « Les études ont montré qu’une chose aussi simple que le don d’un stylo par un représentant médical peut pousser un médecin à être plus favorable à un médicament » indique Mme Shnier. À cette situation, s’ajoute le fait que les médecins voient ou lisent rarement toutes les données disponibles sur les risques potentiels liés à un médicament. Non seulement ils ont peu de temps pour lire tout ce qui est à disposition, mais une partie de l’information n’est carrément pas rendue disponible. « Nous avons vu que les compagnies pharmaceutiques suppriment, ne divulguent pas ou détruisent les données ressortant de leurs recherches, lorsque celles-ci présentent leur médicament sous un jour défavorable. Parfois l’information n’apparaîtra que durant un litige, lors d’un procès » précise Mme Shnier. « Au minimum, les médecins ont besoin de toutes les données de recherche. Santé Canada a besoin de toutes ces données. Sinon, personne ne prend de décision éclairée. » 

Aux États-Unis et en France

Barbara Mintzes est intriguée par la décision de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis de ne pas approuver Diane-35. Selon elle, ce choix apparemment inhabituel a eu pour origine un lien possible entre l’acétate de cyprotérone que renferme Diane-35 et le cancer du foie, une maladie non susceptible d’être définitivement associée à ce médicament parce qu’elle met longtemps à apparaître et qu’elle est peu connue pour être l’un de ses effets nocifs. Mme Mintzes est critique à l’égard du manque de transparence entourant les méthodes de décision de Santé Canada et de la FDA en ce qui concerne la réglementation des médicaments. La publicité directe auprès des consommateurs est pour l’essentiel interdite au Canada, mais il existe peu de ressources pour faire face à la ténacité de l’industrie pharmaceutique à contourner les lois afin de rejoindre les clients potentiels.

Une évaluation de la FDA aux États-Unis s’est conclue en 2012 par une décision de garder en marché toutes les pilules renfermant de la drospirénone – les avantages étant encore déclarés comme l’emportant sur les risques – en dépit des accusations de conflits d’intérêt au sein du comité d’évaluation et d’un processus discutable. Les membres du comité ont voté favorablement à 15 contre 11, lorsqu’on leur a demandé « Pensez-vous que, chez l’ensemble de la population des femmes désirant un moyen de contraception, les avantages des contraceptifs oraux renfermant de la drospirénone en prévention de la grossesse l’emportent sur les risques? » 

Étant donné qu’il existe d’autres choix plus sûrs pour prévenir la grossesse, cette décision est pour le moins sujette à caution. 

En France, où la vente de Diane-35 est toujours suspendue, l’organisme de réglementation a entrepris une révision en réaction au scandale entourant un autre médicament controversé : le Médiator. Comme Diane-35, ce médicament a été commercialisé pour une utilisation non indiquée sur l’étiquette, avec des conséquences mortelles. En effet, approuvé pour traiter le diabète, le Médiator a été également commercialisé à des fins non indiquées, soit la perte de poids. Le chef de la compagnie pharmaceutique produisant le Médiator, qui a causé jusqu’à 2 000 décès, est à présent poursuivi pour homicide involontaire. Dans la plupart des pays, dont le Canada, les membres des organismes de réglementation médicale et l’industrie pharmaceutique sont à l'abri de telles poursuites.

Les traitements contre l’acné

Fondatrice de Justisse Healthworks for Women, un organisme ayant son siège à Edmonton, Geraldine Matus soutient que nous devons admettre que tous les contraceptifs hormonaux sont prescrits pour une utilisation non indiquée sur l’étiquette, s’il s’agit de « réguler » les règles ou de prévenir le SPM (syndrome prémenstruel). Selon Mme Matus, que les preuves existent ou non, Diane-35 ou tout contraceptif hormonal ne doit pas être donné aux femmes souffrant d’acné. « Je suis horrifiée que, pour une chose comme l’acné, nous donnions un perturbateur endocrinien aussi puissant aux jeunes femmes. C’est comme réparer une montre suisse avec un marteau pneumatique. C’est totalement exagéré. Quel que soit son type, la pilule contraceptive ne guérit jamais rien. Elle ne fait que modifier les symptômes. »

L’acné peut résulter d’un déséquilibre hormonal; mais Diane-35, comme n’importe quel contraceptif hormonal, ne fait qu’inhiber le cycle hormonal naturel et le remplacer par un flux continu d’hormones de synthèse, en bloquant le fonctionnement de tout le système endocrinien. Les pilules ne corrigent pas le déséquilibre. Des problèmes métaboliques, des problèmes alimentaires et des allergies peuvent également être à l’origine de l’acné. Selon Mme Matus, pour de nombreuses femmes, une petite intervention comme le fait de restreindre la quantité d’aliments malsains ou un apport accru de zinc peut apporter de grands changements.