Diane-35: Reconsidérez les risques

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Publication Date: 
jeu, 2013-08-01

« La pilule anticonceptionnelle bloque la fonction immunologique; en fait, elle peut donc aggraver l’acné, en faisant empirer les problèmes sous-jacents, telle une mauvaise santé intestinale » explique Mme Matus. Diane-35 n’étant pas un remède, lorsque les femmes arrêtent de le prendre, elles risquent de voir réapparaître leur acné. Dans le bureau du médecin, il y a peu de chances qu’il soit question d’un traitement autre que pharmaceutique de l’acné, comme des changements dans le mode de vie en matière d’alimentation et d’exercice, quand les médecins et peut-être les patientes elles-mêmes préfèrent presque toujours la solution miracle.

« Leur dermatologue dit à la plupart des patientes souffrant d’acné que l’alimentation n’a rien à voir avec l’acné, en dépit des recherches prouvant le contraire » explique Pamela Frank, naturopathe à Toronto. « Toutes les patientes souffrant d’acné que j’ai eues ont identifié des facteurs d’origine alimentaire déclenchant leur état. La pilule n’est appropriée, selon moi, que si les femmes ne sont pas informées de solutions meilleures, plus sûres, plus naturelles, ou si elles ne veulent pas faire l’effort de modifier leur alimentation, faire de l’exercice chaque jour et réduire leur niveau de stress. La correction de la cause profonde conduit à une meilleure santé globale. »

Le syndrome des ovaires polykystiques 

À trente-deux ans, Shannon Tessier, canadienne, est clinicienne du travail social ; elle a pris Diane-35 pendant 10 ans. « [Diane-35] m’a été prescrit à 20 ans, à ma demande. J’étais vraiment contrariée par mon acné et j’avais essayé toutes les prescriptions connues pour le "guérir". Après avoir vu plusieurs publicités dans les toilettes pour femmes de mon université, je suis allée sur le site Web de la compagnie pharmaceutique. Ensuite, j’ai pris rendez-vous avec mon médecin. Il ne m’a rien demandé, il a simplement dit : "D’accord, faisons un essai". C’est tout. Il n’a pas été question d’effets secondaires ou de risques. Personne n’a jamais mentionné que je ne pourrais l’utiliser que pendant une période limitée. Ma peau était parfaitement nette, mais en gros je n’avais pas de désir sexuel. Quelque 12 ans plus tard, m’étant informée sur le système hormonal féminin, je pense que Diane-35 a dissimulé ce qui était les symptômes du SOPK [syndrome des ovaires polykystiques] et aggravé le problème sous-jacent de mon déséquilibre hormonal. »

Une étude menée à l’école de médecine de l’Université de Virginie et publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne en 2012 a conclu que, chez les femmes ne présentant pas le SOPK, la prise d’une pilule contraceptive pourrait doubler le risque de thrombose veineuse profonde. Donc, potentiellement, les femmes souffrant du SOPK sont confrontées au risque aggravé lié à leur état, en plus de celui entraîné par les contraceptifs oraux en général et du risque propre à Diane-35, si c’est ce qui leur a été prescrit pour leur acné symptomatique grave. Au moins une étude donne à penser que le SOPK est sous-jacent chez 83 % des femmes souffrant d’acné grave, quoiqu’il reste souvent non diagnostiqué.

Amy Medling est la fondatrice de la communauté en ligne PCOS Diva. Elle a pris la pilule pendant 10 ans pour supprimer les symptômes du SOPK. « Lorsque j’ai arrêté pour avoir mes enfants, je me suis rendu compte que j’avais simplement mis un pansement adhésif sur mes symptômes. J’ai désormais une  approche holistique, avec une alimentation pauvre en glucides, riche en nutriments, à base d’aliments complets, accompagnées des bons exercices pour rester en forme et réduire le taux d’hormones du stress. Quand je prenais la pilule, j’étais d’humeur très instable et irritable, et n’avais pas de libido. J’avais l’impression que le médicament avait piraté mon corps. La carence nutritionnelle et l’impact métabolique négatif aggravaient mon SOPK. Sur mon site Web, je mets en commun mes méthodes de traitement et elles semblent fonctionner chez la majorité des femmes. »

Un autre mode de traitement

La Dre Jerilynn Prior est directrice du Centre for Menstruation and Ovulation Research (CEMCOR), au sein de l’Université de la Colombie-Britannique. Sur le site Web du CEMCOR, la Dre Prior aborde l’utilisation de Diane-35 pour traiter l’acné, dans la section Questions et réponses aux patientes, « Ask Jerilynn ». Au lieu de ce médicament, elle recommande aux personnes souffrant d’acné lié au SOPK – qu’elle préfère appeler « excès d’androgène anovulant », pour en préciser l’origine physiologique – d’essayer une polythérapie de progestérone bioidentique sous forme orale durant la seconde moitié du cycle mensuel et de spironolactone, similaire à l’anti-androgène que renferme Diane-35 mais sans les effets nocifs de la coagulation sanguine et des dommages au foie, selon elle. 

« J’ai traité de 100 à 200 femmes avec cette combinaison et cela a très bien fonctionné chez elles. Cela équilibre l’hypothalamus, l’hypophyse et les ovaires et fait baisser le taux d’hormones mâles à l’origine de l’acné. Le déséquilibre n’est pas un problème irréversible. On peut briser le cycle et rétablir une santé normale. Inhiber son système avec Diane-35 ou n’importe quelle pilule contraceptive n’est pas une bonne chose; c’est supprimer la production d’hormones qui sont essentielles à la vie » dit la Dre Prior.