Diane-35: Reconsidérez les risques

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Publication Date: 
jeu, 2013-08-01

Par Holly Grigg-Spall

Une jeune femme admire sa peau sans défaut dans le miroir de sa salle de bain; souriant à son reflet, elle est satisfaite de l’image qu’il lui renvoie. Ensuite, elle traverse le miroir et pénètre dans une vie meilleure, bien remplie, avec les amis, la danse, la mode, les régimes minceur, des parapluies transparents – elle n’a rien à cacher – et un partenaire beau et heureux. Au moment où la jeune femme revient d’un bond dans sa salle de bain, apparemment ravie du style de vie que lui a procuré sa peau nette, une boîte aux couleurs vives, contenant des pilules qui ressemblent  beaucoup à des contraceptifs oraux, apparaît en arrière-plan. « Diane 35 : Demandez à votre médecin ou votre dermatologue » dit le message d’accompagnement.


Depuis sa sortie au
Canada en 1998, Santé Canada n’a approuvé Diane-35 que pour les cas d’acné grave, en spécifiant que les femmes ne prennent ce médicament que durant quelques mois et uniquement si les autres traitements possibles ont échoué.

Diane-35 étant constitué d’acétate de cyprotérone, un anti-androgène, et d’éthinyl estradiol, un estrogène, tous deux synthétiques, il est aussi efficace que tous les contraceptifs oraux pour prévenir la grossesse, bien qu’il n’ait pas été approuvé à titre de contraceptif. Depuis sa sortie au Canada en 1998, Santé Canada n’a approuvé Diane-35 que pour les cas d’acné grave, en spécifiant que les femmes ne prennent ce médicament que durant quelques mois et uniquement si les autres traitements possibles ont échoué.

« C'était un problème auquel il fallait s’attendre »

Préalablement à la diffusion à grande échelle de la campagne publicitaire décrite ci-dessus, Santé Canada avait émis deux avertissements informant les femmes et leurs médecins du fait que Diane-35 comportait un risque de provoquer des caillots sanguins quatre fois plus élevé que celui associé aux autres contraceptifs oraux. Certains groupes de femmes se sont unis afin de déposer une plainte auprès de Santé Canada concernant la nature des publicités passant dans les cinémas, à la télévision, sur les tableaux d’affichage et dans les toilettes publiques. C’était l’année où la SRC a diffusé son enquête sur les dangers potentiels, « A Hard Pill To Swallow » [Une pilule dure à avaler].

« Le documentaire de la SRC a montré que la compagnie pharmaceutique encourageait activement la prescription de ce médicament comme un moyen de contraception et donc pour une utilisation étendue par les femmes » indique la Dre Barbara Mintzes, chercheuse en politique en matière de médicaments et professeure adjointe à l’Université de la Colombie-Britannique. « Diane-35 est un exemple d’échec de la réglementation. C’était un problème auquel il fallait s’attendre. »

Mme Mintzes était de ceux qui se sont associés aux groupes de santé des femmes canadiens, dont Action pour la protection de la santé des femmes, pour protester contre la campagne de marketing utilisée pour promouvoir Diane-35. « Il n’y a pas de preuves solides que c’est ce dont tout le monde a besoin. Les preuves donnent à penser que tous les contraceptifs oraux ont une certaine efficacité contre l’acné et celui-ci ne présente pas d’avantage évident, dit-elle. Ce médicament n’a jamais été réellement testé sur la population pour laquelle il est approuvé – c.-à-d. les personnes souffrant d’acné grave. Diane-35 a été l’un des premiers médicaments vendus au public de manière offensive et illégale, au Canada. » 

La prescription par les médecins à des fins contraceptives, une utilisation non indiquée sur l’étiquette, s’est combinée à la stratégie de commercialisation de Berlex, aujourd’hui de Bayer. C’est ainsi que Diane-35 a été prescrit à 800 000 femmes en 2002, la majorité l’ayant utilisé comme un contraceptif et donc pris pendant de longues périodes, en dépit des avertissements de Santé Canada. On peut attribuer au documentaire de la SRC une diminution temporaire du nombre d’utilisatrices; mais, de l’adolescente à la femme ménopausée, les prescriptions de Diane-35 ont continué d’augmenter depuis 2003.

L’examen réalisé par Santé Canada

En février 2013, l’organisme de réglementation de la France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), ayant décidé de bloquer la vente de Diane-35, Santé Canada a entrepris un examen de l’innocuité de ce médicament. L’ANSM a pris cette décision tandis qu’elle menait son examen des rapports de décès de quatre jeunes femmes en lien avec Diane-35. Confronté à 11 rapports de décès reliés à Diane-35 concernant des femmes par ailleurs en bonne santé, depuis la sortie de ce médicament en 1998 au Canada, Santé Canada n’avait guère d’autre choix que de reconsidérer les risques. Trois mois plus tard, avec peu d’explications sur le processus s’étant déroulé dans l’intervalle, Santé Canada a annoncé sa conclusion selon laquelle les bienfaits de Diane-35 l’emportent sur les risques, dans les limites de l’utilisation pour laquelle il a été approuvé. L’Agence européenne des médicaments – l’organisme de réglementation paneuropéen – s’est fait l’écho de cette déclaration, mais en France l’ANSM (au moment où nous rédigeons cet article) a maintenu la suspension des prescriptions de Diane-35, bien que la décision soit en cours d’examen.

Certains jugent la décision de Santé Canada contestable, étant donné qu’elle a découlé de la prescription généralisée de Diane-35 comme contraceptif, donc pour une utilisation non indiquée sur l’étiquette, et du non-respect des restrictions recommandées. 

D’après la description faite par Santé Canada, l’avantage de ce médicament est d’atténuer un problème sans danger pour la vie, mais mettant en danger la qualité de vie, soit l’acné grave. Or, le risque présenté par ce médicament est la formation d’un caillot sanguin (thromboembolie veineuse) constituant un danger de mort. Néanmoins, Santé Canada a choisi de permettre qu’on continue à l’utiliser, comme déclaré dans cet avertissement de l’organisme : 

« L’examen de l’innocuité du médicament contre l’acné Diane-35 réalisé par Santé Canada révèle que les avantages continuent de l’emporter sur les risques, lorsque le médicament est utilisé aux fins autorisées. Au Canada, l’utilisation de Diane-35 est approuvée pour le traitement temporaire de l’acné grave chez les femmes qui ne répondent pas aux autres traitements offerts et qui présentent des symptômes liés à un niveau élevé d’hormones masculines, dont séborrhée (peau grasse) et hirsutisme léger (pilosité excessive). Ce médicament est contre-indiqué chez les patientes qui courent un risque de développer des caillots sanguins en raison de leurs antécédents, et n’est pas approuvé à titre de contraceptif oral. » 

Diane-35 renferme un taux d’estrogène synthétique particulièrement élevé, en comparaison des autres contraceptifs oraux sur le marché. On pense que c’est ce qui entraîne le risque élevé de thromboembolie veineuse : causé par la coagulation du sang, un caillot se forme dans une veine et se déplace dans le corps, provoquant une embolie pulmonaire, soit un danger mortel, ou le blocage d’une artère principale du poumon. Lorsque Diane-35 a commencé à sortir sur le marché, son taux d’estrogène était similaire à celui des autres pilules couplant estrogène et progestérone de synthèse.

Plusieurs hypothèses étayent le choix de Santé Canada dans ce cas. L’organisme fait la supposition que Diane-35 est un traitement efficace de l’acné grave, ce que les recherches existantes n’ont pas prouvé. Même si le médicament remédie à la gravité de l’acné ou l’atténue, il n’en traite pas la cause. Santé Canada suppose également que les traitements offerts actuellement par la plupart des médecins – médicaments et crèmes pharmaceutiques – sont les seuls traitements efficaces disponibles. Cela ne tient pas compte des preuves de résultats positifs résultant de changements dans le mode de vie et des traitements complémentaires (non pharmaceutiques) de l’acné. Par ailleurs, Santé Canada suppose qu’en prescrivant ce médicament les médecins respecteront désormais les règles qu’il a fixées. Cela reste à voir. Enfin, Santé Canada laisse entendre que la thromboembolie veineuse est le seul effet nocif préoccupant; mais cela ne tient pas compte du fait qu’un médicament puissant, capable de causer un problème de santé aussi grave, est susceptible d’avoir d’autres effets négatifs sur le corps.

Certaines femmes sont connues pour présenter plus que d’autres des risques de formation de caillots sanguins, notamment celles qui font de l’embonpoint, sont âgées, celles qui fument, boivent trop d’alcool ou ont une prédisposition génétique. Les femmes ne présentant pas d’autres facteurs de risque seraient plus susceptibles d’établir un rapport entre l’apparition soudaine d’un problème de santé grave et leur utilisation de Diane-35. Il est probable que les 11 décès signalés au Canada ne sont pas la somme totale des dommages corporels et des morts causés par ce médicament dans notre pays et qu’il en existe un nombre non signalé chaque année, par manque de sensibilisation.

Adrienne Shnier est doctorante à l’Université York de Toronto, où elle étudie en politiques et équité sanitaires à l’École de politique et d'administration de la santé. Pour elle, les raisons de la surprescription sont nombreuses et complexes.

« Habituellement, si une patiente sait quel médicament elle veut et décrit ses symptômes à son médecin, en ayant peut-être en tête une publicité ou un questionnaire de diagnostic en ligne, le médecin prescrira ce médicament-là en moins de cinq minutes » déclare Mme Shnier. « Il n’a pas le temps de discuter efficacement des antécédents de la patiente ou de prendre en compte les facteurs liés au mode de vie qui pourraient l’amener à revoir sa prescription. »

Lorsqu’elles parlent d’un problème comme l’acné, les patientes peuvent insister sur leur autodiagnostic d’acné « grave », si leur expérience leur cause suffisamment d’anxiété. Associez à cela un médecin qui a été encouragé à prescrire cette pilule, par les représentants médicaux et le matériel promotionnel, et vous avez tous les ingrédients de la surprescription.

Le travail de Mme Shnier est axé sur les problèmes de conflits d’intérêts au sein de l’industrie médicale. En plus de la publicité s’adressant aux jeunes femmes, les médecins sont également la cible de la promotion de produit de la compagnie pharmaceutique. « Les études ont montré qu’une chose aussi simple que le don d’un stylo par un représentant médical peut pousser un médecin à être plus favorable à un médicament » indique Mme Shnier. À cette situation, s’ajoute le fait que les médecins voient ou lisent rarement toutes les données disponibles sur les risques potentiels liés à un médicament. Non seulement ils ont peu de temps pour lire tout ce qui est à disposition, mais une partie de l’information n’est carrément pas rendue disponible. « Nous avons vu que les compagnies pharmaceutiques suppriment, ne divulguent pas ou détruisent les données ressortant de leurs recherches, lorsque celles-ci présentent leur médicament sous un jour défavorable. Parfois l’information n’apparaîtra que durant un litige, lors d’un procès » précise Mme Shnier. « Au minimum, les médecins ont besoin de toutes les données de recherche. Santé Canada a besoin de toutes ces données. Sinon, personne ne prend de décision éclairée. » 

Aux États-Unis et en France

Barbara Mintzes est intriguée par la décision de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis de ne pas approuver Diane-35. Selon elle, ce choix apparemment inhabituel a eu pour origine un lien possible entre l’acétate de cyprotérone que renferme Diane-35 et le cancer du foie, une maladie non susceptible d’être définitivement associée à ce médicament parce qu’elle met longtemps à apparaître et qu’elle est peu connue pour être l’un de ses effets nocifs. Mme Mintzes est critique à l’égard du manque de transparence entourant les méthodes de décision de Santé Canada et de la FDA en ce qui concerne la réglementation des médicaments. La publicité directe auprès des consommateurs est pour l’essentiel interdite au Canada, mais il existe peu de ressources pour faire face à la ténacité de l’industrie pharmaceutique à contourner les lois afin de rejoindre les clients potentiels.

Une évaluation de la FDA aux États-Unis s’est conclue en 2012 par une décision de garder en marché toutes les pilules renfermant de la drospirénone – les avantages étant encore déclarés comme l’emportant sur les risques – en dépit des accusations de conflits d’intérêt au sein du comité d’évaluation et d’un processus discutable. Les membres du comité ont voté favorablement à 15 contre 11, lorsqu’on leur a demandé « Pensez-vous que, chez l’ensemble de la population des femmes désirant un moyen de contraception, les avantages des contraceptifs oraux renfermant de la drospirénone en prévention de la grossesse l’emportent sur les risques? » 

Étant donné qu’il existe d’autres choix plus sûrs pour prévenir la grossesse, cette décision est pour le moins sujette à caution. 

En France, où la vente de Diane-35 est toujours suspendue, l’organisme de réglementation a entrepris une révision en réaction au scandale entourant un autre médicament controversé : le Médiator. Comme Diane-35, ce médicament a été commercialisé pour une utilisation non indiquée sur l’étiquette, avec des conséquences mortelles. En effet, approuvé pour traiter le diabète, le Médiator a été également commercialisé à des fins non indiquées, soit la perte de poids. Le chef de la compagnie pharmaceutique produisant le Médiator, qui a causé jusqu’à 2 000 décès, est à présent poursuivi pour homicide involontaire. Dans la plupart des pays, dont le Canada, les membres des organismes de réglementation médicale et l’industrie pharmaceutique sont à l'abri de telles poursuites.

Les traitements contre l’acné

Fondatrice de Justisse Healthworks for Women, un organisme ayant son siège à Edmonton, Geraldine Matus soutient que nous devons admettre que tous les contraceptifs hormonaux sont prescrits pour une utilisation non indiquée sur l’étiquette, s’il s’agit de « réguler » les règles ou de prévenir le SPM (syndrome prémenstruel). Selon Mme Matus, que les preuves existent ou non, Diane-35 ou tout contraceptif hormonal ne doit pas être donné aux femmes souffrant d’acné. « Je suis horrifiée que, pour une chose comme l’acné, nous donnions un perturbateur endocrinien aussi puissant aux jeunes femmes. C’est comme réparer une montre suisse avec un marteau pneumatique. C’est totalement exagéré. Quel que soit son type, la pilule contraceptive ne guérit jamais rien. Elle ne fait que modifier les symptômes. »

L’acné peut résulter d’un déséquilibre hormonal; mais Diane-35, comme n’importe quel contraceptif hormonal, ne fait qu’inhiber le cycle hormonal naturel et le remplacer par un flux continu d’hormones de synthèse, en bloquant le fonctionnement de tout le système endocrinien. Les pilules ne corrigent pas le déséquilibre. Des problèmes métaboliques, des problèmes alimentaires et des allergies peuvent également être à l’origine de l’acné. Selon Mme Matus, pour de nombreuses femmes, une petite intervention comme le fait de restreindre la quantité d’aliments malsains ou un apport accru de zinc peut apporter de grands changements.

« La pilule anticonceptionnelle bloque la fonction immunologique; en fait, elle peut donc aggraver l’acné, en faisant empirer les problèmes sous-jacents, telle une mauvaise santé intestinale » explique Mme Matus. Diane-35 n’étant pas un remède, lorsque les femmes arrêtent de le prendre, elles risquent de voir réapparaître leur acné. Dans le bureau du médecin, il y a peu de chances qu’il soit question d’un traitement autre que pharmaceutique de l’acné, comme des changements dans le mode de vie en matière d’alimentation et d’exercice, quand les médecins et peut-être les patientes elles-mêmes préfèrent presque toujours la solution miracle.

« Leur dermatologue dit à la plupart des patientes souffrant d’acné que l’alimentation n’a rien à voir avec l’acné, en dépit des recherches prouvant le contraire » explique Pamela Frank, naturopathe à Toronto. « Toutes les patientes souffrant d’acné que j’ai eues ont identifié des facteurs d’origine alimentaire déclenchant leur état. La pilule n’est appropriée, selon moi, que si les femmes ne sont pas informées de solutions meilleures, plus sûres, plus naturelles, ou si elles ne veulent pas faire l’effort de modifier leur alimentation, faire de l’exercice chaque jour et réduire leur niveau de stress. La correction de la cause profonde conduit à une meilleure santé globale. »

Le syndrome des ovaires polykystiques 

À trente-deux ans, Shannon Tessier, canadienne, est clinicienne du travail social ; elle a pris Diane-35 pendant 10 ans. « [Diane-35] m’a été prescrit à 20 ans, à ma demande. J’étais vraiment contrariée par mon acné et j’avais essayé toutes les prescriptions connues pour le "guérir". Après avoir vu plusieurs publicités dans les toilettes pour femmes de mon université, je suis allée sur le site Web de la compagnie pharmaceutique. Ensuite, j’ai pris rendez-vous avec mon médecin. Il ne m’a rien demandé, il a simplement dit : "D’accord, faisons un essai". C’est tout. Il n’a pas été question d’effets secondaires ou de risques. Personne n’a jamais mentionné que je ne pourrais l’utiliser que pendant une période limitée. Ma peau était parfaitement nette, mais en gros je n’avais pas de désir sexuel. Quelque 12 ans plus tard, m’étant informée sur le système hormonal féminin, je pense que Diane-35 a dissimulé ce qui était les symptômes du SOPK [syndrome des ovaires polykystiques] et aggravé le problème sous-jacent de mon déséquilibre hormonal. »

Une étude menée à l’école de médecine de l’Université de Virginie et publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne en 2012 a conclu que, chez les femmes ne présentant pas le SOPK, la prise d’une pilule contraceptive pourrait doubler le risque de thrombose veineuse profonde. Donc, potentiellement, les femmes souffrant du SOPK sont confrontées au risque aggravé lié à leur état, en plus de celui entraîné par les contraceptifs oraux en général et du risque propre à Diane-35, si c’est ce qui leur a été prescrit pour leur acné symptomatique grave. Au moins une étude donne à penser que le SOPK est sous-jacent chez 83 % des femmes souffrant d’acné grave, quoiqu’il reste souvent non diagnostiqué.

Amy Medling est la fondatrice de la communauté en ligne PCOS Diva. Elle a pris la pilule pendant 10 ans pour supprimer les symptômes du SOPK. « Lorsque j’ai arrêté pour avoir mes enfants, je me suis rendu compte que j’avais simplement mis un pansement adhésif sur mes symptômes. J’ai désormais une  approche holistique, avec une alimentation pauvre en glucides, riche en nutriments, à base d’aliments complets, accompagnées des bons exercices pour rester en forme et réduire le taux d’hormones du stress. Quand je prenais la pilule, j’étais d’humeur très instable et irritable, et n’avais pas de libido. J’avais l’impression que le médicament avait piraté mon corps. La carence nutritionnelle et l’impact métabolique négatif aggravaient mon SOPK. Sur mon site Web, je mets en commun mes méthodes de traitement et elles semblent fonctionner chez la majorité des femmes. »

Un autre mode de traitement

La Dre Jerilynn Prior est directrice du Centre for Menstruation and Ovulation Research (CEMCOR), au sein de l’Université de la Colombie-Britannique. Sur le site Web du CEMCOR, la Dre Prior aborde l’utilisation de Diane-35 pour traiter l’acné, dans la section Questions et réponses aux patientes, « Ask Jerilynn ». Au lieu de ce médicament, elle recommande aux personnes souffrant d’acné lié au SOPK – qu’elle préfère appeler « excès d’androgène anovulant », pour en préciser l’origine physiologique – d’essayer une polythérapie de progestérone bioidentique sous forme orale durant la seconde moitié du cycle mensuel et de spironolactone, similaire à l’anti-androgène que renferme Diane-35 mais sans les effets nocifs de la coagulation sanguine et des dommages au foie, selon elle. 

« J’ai traité de 100 à 200 femmes avec cette combinaison et cela a très bien fonctionné chez elles. Cela équilibre l’hypothalamus, l’hypophyse et les ovaires et fait baisser le taux d’hormones mâles à l’origine de l’acné. Le déséquilibre n’est pas un problème irréversible. On peut briser le cycle et rétablir une santé normale. Inhiber son système avec Diane-35 ou n’importe quelle pilule contraceptive n’est pas une bonne chose; c’est supprimer la production d’hormones qui sont essentielles à la vie » dit la Dre Prior.

« L’acné étant très stigmatisé, les femmes sont suffisamment désespérées pour prendre un médicament dangereux afin d’obtenir un soulagement. Si Diane-35 les soulage, elles ne voudront pas retourner à l’acné et voudront conserver le médicament. On ne les informe pas des autres solutions » dit la Dre Prior. Pour une régénération encore plus rapide de la peau, elle suggère, en plus de la progestérone bioidentique et de la spironolactone, la possibilité d’ajouter au traitement de routine un médicament topique très efficace renfermant de l’acide rétinoïque et du Stievamycin.

Le terme « bioidentique » est très débattu et certains pensent qu’il fournit une description relativement dénuée de sens, car il n’existe aucun moyen de reproduire de manière synthétique des hormones féminines totalement semblables à celles produites par le corps. Du point de vue moléculaire, elles sont semblables à celles du corps et ce dernier y répond comme si elles l’étaient; mais la façon dont elles sont modifiées une fois métabolisées est peu connue.

Mme Prior pense que certains médecins, une fois informés des risques liés à Diane-35, choisiront peut-être de faire passer leurs patientes à Yaz ou Yasmin. Ces deux marques de contraceptifs renferment de la drospirénone, un progestatif de synthèse, mais une quantité moindre d’estrogène synthétique, et sont approuvées pour le traitement de l’acné. Yaz et Yasmin, également produites par la compagnie pharmaceutique Bayer, sont au cœur d’une importante poursuite civile aux États-Unis et des centaines de Canadiennes ont récemment déposé une poursuite similaire, avec le soutien de la société d’avocats Siskinds LLP. Yaz et Yasmin présentaient également un risque élevé de provoquer des caillots sanguins, près de trois fois supérieur à celui lié aux autres contraceptifs oraux.

La drospirénone et la dépression

Shannon Tessier est passée à Yaz sur la recommandation de son médecin, après avoir pris Diane-35 pendant des années. Dans la même veine que les données empiriques fournies par les femmes qui ont fait part en ligne des conséquences négatives de ce médicament sur les plans psychologique et émotionnel, Shannon décrit ainsi son expérience : « Je ne me sentais simplement "pas bien". J’étais mal dans ma peau. Alors, j’ai pris un autre rendez-vous et demandé à revenir à Diane-35. Cependant, à présent je me rends compte de notre dépendance excessive, nous voyons la pilule comme la réponse à notre besoin  et cela nous empêche d’avoir accès aux autres traitements. »

Un lien a également été établi entre Diane-35 et la dépression. Il est indiqué dans la notice que cet éventuel effet indésirable ne pourrait être que « léger », mais des femmes prenant Diane-35 ont fait état de dépression grave conduisant à des pensées suicidaires. La Medications and Healthcare products Regulatory Agency (MHRA) du Royaume-Uni a mené un examen en 2006 sur la base de ces déclarations. Les femmes expliquaient en détail comment les médecins prescrivaient des antidépresseurs au lieu d’envisager un lien entre ce changement dans leur état et la pilule. L’examen a également mis en évidence la longue période durant laquelle la  plupart des femmes concernées avaient pris Diane-35 (Dianette, au R.-U.), laquelle était bien plus longue que la période approuvée. Le MHRA a recommandé la vigilance aux médecins, mais leur a également suggéré la possibilité de supprimer le médicament pour ne le prescrire que si l’acné revenait, ce qui, comme mentionné, arrivera probablement.

« Diane-35 a fait l’objet d’une prescription excessive, mais ce n’est là que l’extension d’un problème plus vaste.» [see the rest below]

Amy Sedgwick est la cofondatrice de l’organisation de Toronto Red Tent Sisters. Elle compte parmi ses clientes de nombreuses femmes ayant décidé d’arrêter d’utiliser la pilule, en contraceptif ou pour traiter différents problèmes pour lesquels elle est prescrite, notamment l’acné et le SOPK. Mme Sedgwick accompagne ces femmes durant la transition, les guidant dans l’observation des signes corporels  et leur connaissance de la fécondité.

« On ne prescrit pas la pilule comme les autres médicaments. Certains présument que toutes les jeunes femmes devraient la prendre. Nous supposons que la pilule est sécuritaire et sans conséquence, en partie parce qu’elle est omniprésente » affirme Amy Sedgwick. « Diane-35 a fait l’objet d’une prescription excessive, mais ce n’est là que l’extension d’un problème plus vaste. C’est à peine si les gens pensent à la pilule comme à un médicament. Elle est simplement devenue habituelle. La publicité cible les jeunes adolescentes comme si la pilule contraceptive était un accessoire, semblable à toute autre chose qu’on trouverait dans la chambre ou le sac d’une jeune femme. »

Mme Sedgwick admet qu’aucune de ses clientes n’a le sentiment d’avoir été correctement informée des risques possibles liés à la pilule lorsqu’on la lui a prescrite, pas plus qu’elles n’ont été averties de ce qui pourrait arrivait, lorsqu’elles ont arrêté de la prendre. « Le seul cas où les avantages l’emporteraient sur les risques de prescrire ce médicament serait s’il n’y avait pas d’autres solutions; mais il y en a , dit Mme Sedgwick. Nous devons nous assurer d’avoir des soutiens en place […] Peut-être les femmes feraient-elles d’autres choix, si elles savaient qu’il existe des solutions de remplacement. » 

Un mois seulement après la décision rendue par Santé Canada concernant Diane-35, alors que le présent article est prêt à être publié, les pilules contraceptives mentionnées ci-dessus, Yaz et Yasmin, qui servent également à traiter l’acné, font de nouveau la une des journaux, les rapports faisant état d’un nombre de décès de jeunes femmes estimé à 23 au Canada. Cette nouvelle rappelle avec force le danger de prescrire des médicaments puissants ayant des effets nocifs graves, alors qu’il existe des solutions de remplacement viables et sûres.  

Quant à Diane-35, son utilisation à des fins non indiquées sur l’étiquette se poursuit malgré les avertissements de Santé Canada et le fabricant Bayer répond de ses trois produits, en dépit des décès et des poursuites en justice.

Il nous faut changer en profondeur notre réflexion sur la sécurité globale des contraceptifs oraux. Avec des histoires comme celles de Diane-35, Yaz et Yasmin, n’est-il pas grand temps d’en débattre publiquement?

Holly Grigg-Spall est rédactrice et militante pour la santé des femmes. Son livre, Sweetening the Pill or How We Got Hooked on Hormonal Birth Control [Adoucir la pilule ou comment nous sommes devenues accros aux contraceptifs hormonaux], sera publié par Zero Books, le 27 septembre 2013 (www.sweeteningthepill.com).