Compte rendu du film : « Majorité Opprimée »

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Publication Date: 
lun, 2014-04-07

COMPTE RENDU DU FILM

Majorité Opprimée, réalisé par Eléonore Pourriat, 2010

Compte rendu par Mélissa Boizot-Roche

« Majorité Opprimée » est un court-métrage réalisé par Eléonore Pourriat en 2010.  À l’époque, il avait connu un succès plutôt modéré, gagnant le prix du meilleur court-métrage à Kiev mais n’attirant jamais l’attention du grand public.  Ce n’est que récemment que ce film connaît soudainement une popularité grandissante.  Il a été vu près de 9 millions de fois sur YouTube (en français et sous-titré en anglais), et a fait le sujet de plusieurs articles et débats dans les médias.

Le film débute avec Pierre, le personnage principal, qui marche en poussant une poussette.  Cette première scène est tout de suite intrigante, on s’imagine que le film représentera peut-être une société égalitaire, où les hommes et les femmes se divisent les tâches de façon égale…

Mais on se rend rapidement compte que le film met plutôt en scène un monde où les rôles sont renversés, où ce sont les femmes qui détiennent le pouvoir et le contrôle.  Pierre se fait harceler et intimider par plusieurs femmes lors de sa promenade.  Les harcèlements verbaux deviennent de plus en plus extrêmes et culminent en une agression sexuelle violente.  Pierre se rend au commissariat où il est traité avec manque de respect et de sympathie.  Quand il essaie de s’affirmer, la policière le menace de l’accuser de l’avoir insultée.

En une dizaine de minutes, ce film fait réfléchir à la situation des femmes dans notre société où l’égalité des sexes est tenue pour acquise, malgré de flagrantes inégalités encore bien présentes.

Se faire harceler dans la rue, c’est une expérience tristement familière pour la grande majorité d’entre nous.  La fin du film, où est représentée la scène de violence sexuelle, se veut évidemment un commentaire sur l’importance de prendre au sérieux les femmes victimes de violence.  C’est un sujet très important qui vaut la peine d’être abordé. La réalisatrice Eléonore Pourriat présente des scènes malheureusement très courantes dans la vie des femmes, et, en renversant les rôles, démontre que ces situations sont inacceptables et ne devraient pas être tolérées, peu importe le sexe des agresseurs et des victimes.

Je m’attendais vraiment à aimer le film, mais je me suis surtout sentie mal à l’aise en le regardant.  Il est vrai que j’ai tendance à être très sensible à la violence sur film, et que j’ai du mal à regarder tout film violent.  À un certain niveau, cet inconfort m’a empêché de profiter pleinement du film.  Dès que j’avais fini de le regarder, je voulais passer à autre chose, changer d’activité et de pensées.  Mais d’un autre côté, ce sentiment d’inconfort était sûrement souhaité par Eléonore Pourriat.  En effet, cette violence est inacceptable et le fait qu’elle soit si répandue devrait nous rendre inconfortables. 

Il est clair que le film a touché un nerf.  La réalisatrice a reçu de nombreuses plaintes et attaques personnelles.  Elle se dit étonnée et heureuse de la popularité soudaine du film, mais pas surprise des réactions que cela a générées.  Le concept est original et les idées sont intéressantes. Le sujet est évidemment toujours d’actualité. Ce film, court et accessible, vaut le détour.  Il est diffusé sur YouTube.

Mélissa Boizot-Roche est une étudiante sage-femme à l’Université Laurentienne.  Elle est heureuse de pouvoir réunir ses passions pour la francophonie et la santé des femmes au cours de son premier stage dans l’Est de l’Ontario.