L’auto-examen des seins : ce que cela signifie et pourquoi les opinions ont changé

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Publication Date: 
mar, 2012-07-17

À la fin de 2011, le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs a publié son guide sur le dépistage du cancer du sein chez les femmes présentant un risque moyen (âgées de 40 à 79 ans). Ce guide est une mise à jour des recommandations en la matière formulées en 2001 par le prédécesseur du Groupe, le Groupe d’étude canadien sur l’examen médical périodique. Le guide porte surtout sur le dépistage par mammographie, mais les auteurs recommandent également de ne pas effectuer d’examen clinique des seins (réalisé par les médecins) et de ne pas conseiller aux femmes de pratiquer l’auto-examen des seins. Le Groupe d’étude a publié des lignes directrices à l’intention des praticiens en soins primaires (médecins de famille) sur toute une série de questions liées aux soins préventifs. Dans l'articles, la journaliste Ann Silversides analyse la controverse récemment suscitée par le guide, en expliquant les enjeux soulevés et en résumant les données existantes et les façons de voir actuelles à propos de l’auto-examen des seins. Voir aussi l'article sur le dépistage par mammographie.


Par Ann Silversides

De nombreuses femmes se sont senties perplexes et même en colère lorsque le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs a formulé une recommandation à l’encontre de l’auto-examen des seins dans le cadre de son guide 2011 sur le dépistage du cancer du sein.

Pourquoi déconseiller une pratique qui favorise l’autonomie en matière de santé, ne coûte rien et ne comporte apparemment aucun désavantage? Cette recommandation semble contredire une certitude que nous avions acquise : que de nombreuses femmes découvrent elles-mêmes la présence d’un cancer parce qu’elles remarquent des changements lorsqu’elles examinent leurs seins.  

Une mauvaise communication de la part du Groupe d’étude et le manque de clarté des reportages médiatiques expliquent en bonne partie la confusion qui règne autour de la recommandation.

Le Groupe d’étude a formulé la même recommandation déconseillant l’auto-examen des seins (AES) en 2001 et, au cours de la décennie qui a suivi, plusieurs intervenants canadiens de premier plan dans le domaine de la santé des femmes – qui étaient auparavant des partisans de l’AES – ont cessé d’enseigner cette pratique ou de la recommander activement à leurs patientes.

Même Our Bodies Ourselves, une influente publication sur la santé des femmes, a révisé sa position sur l’AES et a cessé de mettre cette pratique de l’avant dans sa plus récente édition, en 2011.

Que se passe-t-il donc?

D’abord, la réaction suscitée par la recommandation du Groupe d’étude s’explique en grande partie par les différentes interprétations que l’on donne au terme « auto-examen des seins ».

Pour nombre de femmes, ce terme signifie tout simplement examiner ses seins pour vérifier s’il y a des changements. Mais pour les professionnels canadiens de la santé, l’AES fait référence à une pratique systématique – à enseigner aux femmes – consistant à vérifier la présence de changements en procédant d’une façon bien précise, au même moment chaque mois.

La Dre Ruth Wilson, directrice des politiques en matière de santé au Collège des médecins de famille du Canada, souligne qu’« il est très important de faire la distinction entre les cas où une femme découvre une bosse en prenant sa douche et la pratique régulière, mensuelle de l’auto-examen ».

Mais le Groupe d’étude n’a pas expliqué clairement cette distinction dans le cadre de ses communications avec les femmes. Dans le document de deux pages intitulé FAQ destinée aux patientes, on peut voir un signe d’« ARRÊT » (une main barrée par un trait diagonal) à côté d’un paragraphe déconseillant la pratique systématique de l’auto-examen des seins.

Des images aussi lourdes de sens donnent à beaucoup de femmes l’impression que tout examen des seins devrait être évité. C’est ce message que de nombreuses femmes ont cru comprendre à partir de la couverture médiatique de la question.

Le Dr Marcello Tonelli, porte-parole du Groupe d’étude et coauteur des recommandations de 2011 sur le dépistage du cancer du sein, a insisté pour dire, lors d’une entrevue, que le Groupe d’étude « ne dit pas aux femmes de ne pas examiner leurs seins, ou de ne pas apprendre à connaître leurs seins ».

La recommandation déconseillant l’AES se fonde plutôt sur des données indiquant que « le fait de consacrer des ressources et du temps pour que les médecins et les programmes enseignent l’AES aux femmes de façon structurée ne semble pas se traduire par une amélioration de la santé des femmes », dit le Dr Tonelli.

En dépit de la mise au point du Dr Tonelli, on peut également lire dans le document FAQ destinée aux patientes (toujours à côté du très éloquent signe d’« ARRÊT ») que selon des données en provenance de certaines études, l’AES « peut accroître les effets négatifs ».