L’auto-examen des seins : ce que cela signifie et pourquoi les opinions ont changé

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Publication Date: 
mar, 2012-07-17

Elle ajoute que selon son expérience, l’AES ne s’est pas révélé particulièrement utile pour détecter le cancer du sein. « Même quand nous prônions activement la pratique de l’AES, la grande majorité des femmes qui se présentaient avec des préoccupations réelles venaient nous consulter parce qu’elles avaient remarqué une anomalie dans la douche ou par hasard en se regardant dans le miroir. »

Mme Scurfield dit qu’« il est important d’éduquer les femmes à propos de leurs seins et de leur indiquer en quoi consistent les types de changements pour lesquels elles devraient consulter un médecin. C’est cela que nous devrions leur montrer. Il n’est pas nécessaire de leur enseigner qu’il s’agit [l’AES] d’une loi ».

La Dre Susan Love, auteure du livre Dr. Susan Love’s Breast Book, insiste aussi pour dire que les femmes devraient se familiariser avec leurs seins pour être en mesure de détecter tout changement et d’effectuer un suivi auprès de leur médecin, mais les raisons pour lesquelles elle ne fait pas la promotion de l’AES soulèvent d’autres enjeux. 

Elle affirme dans son livre que l’AES « contribue à aliéner les femmes par rapport à leurs seins au lieu de les rendre plus à l’aise ». Quand on pratique l’AES, « on est à la recherche de quelque chose. . . [il] a avant tout été présenté comme une façon d’examiner ses seins dans l’optique d’y déceler un cancer », écrit-elle. 

Au bout du compte, ce sont les données provenant d’études scientifiques qui ont convaincu les auteures de l’ouvrage Our Bodies Ourselves de mettre un terme à leur appui de longue date à l’AES. Ces études « n’ont pas conclu que les femmes qui pratiquent l’AES sont moins susceptibles de mourir d’un cancer du sein que celles qui ne font pas cet examen », peut-on lire dans l’édition 2011 du livre. On peut aussi y lire ceci : « Toutefois, l’exploration de vos seins constitue une bonne façon de vous familiariser avec votre corps et avec ce qui est normal pour vous. »

Les fondements scientifiques de la recommandation

Les recommandations du Groupe d’étude contre l’enseignement de l’AES – tant en 2001 qu’en 2011 – se fondent avant tout sur deux importants essais contrôlés randomisés (ECR) réalisés en Russie et à Shanghai, qui ont été publiés respectivement en 1987 et en 1997. Les ECR sont considérés comme l’« étalon-or » en matière d’essais dans le domaine de la médecine fondée sur des données probantes. 

Les essais n’ont révélé aucune réduction de la mortalité par cancer du sein associée à la pratique de l’AES. Ils ont aussi permis de conclure que cette pratique pouvait être préjudiciable, car elle entraînait un taux accru de biopsies mammaires inutiles (bénignes).

Si de nombreux chercheurs et spécialistes dans le domaine du cancer du sein, notamment les Dres Baines et Love, en sont arrivés à la même conclusion – cesser d’enseigner l’AES aux femmes –, leurs raisons (mentionnées précédemment) ne se fondent pas nécessairement sur les données issues des essais contrôlés randomisés. En fait, Mmes Baines et Love affirment que ces essais comportent des lacunes et que leurs résultats ont été mal interprétés.

Dans le cadre de l’essai clinique le plus couramment cité, celui de Shanghai, on a enseigné l’AES à des travailleuses d’usine. Mme Baines soutient que les résultats ont été contaminés parce que, au cours de la période de deux ans sur laquelle s’est échelonné l’essai, les femmes ont été fréquemment transférées d’une usine à l’autre – passant ainsi du groupe pratiquant l’AES au groupe témoin et vice versa. Mme Love a aussi des réticences quant à l’essai de Shanghai, soulignant dans son livre que, dans le groupe témoin, certaines femmes ont découvert elles-mêmes leur cancer. Cela vient appuyer la thèse selon laquelle les femmes devraient se familiariser avec leurs seins, écrit-elle.

Pour sa part, le Dr Narod considère l’essai de Shanghai comme valable, bien qu’idiosyncrasique. « Le problème est que tout le monde pense que la réponse est coulée dans le béton, et bien peu de nouvelles recherches ont été réalisées sur l’AES… Je peux me tromper, mais je crois qu’il est beaucoup trop tôt et qu’il existe encore trop peu de données pour suggérer que cette pratique est préjudiciable et inefficace. Mais mon instinct me dit qu’elle est efficace. »

En fait, le Groupe d’étude canadien de 2001 recommandait que des recherches supplémentaires soient effectuées sur l’AES. Et dans une entrevue accordée à la revue The Lancet, la principale auteure de la recommandation de 2001, la Dre Nancy Baxter, disait craindre que les femmes cessent d’être attentives à leurs seins, et que là « n’était pas le message que [le Groupe] souhaitait que les femmes retiennent ».

Si les essais contrôlés randomisés sur l’AES attribuent un préjudice aux biopsies inutiles, le porte-parole du Groupe d’étude, le Dr Tonelli, a indiqué que l’on ignorait si les biopsies inutiles liées à l’AES étaient plus nombreuses que celles liées aux mammographies, parce que le Groupe d’étude n’avait pas comparé ces taux. 

Il a plutôt souligné ceci : « La principale différence entre la mammographie et l’AES est que la mammographie semble entraîner une faible réduction de la mortalité, tandis qu’il n’existe aucune donnée prouvant que l’AES réduit la mortalité. »