Des filles trop sexy, trop tôt?

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Publication Date: 
mec, 2013-03-06

par Lyba Spring

Je pense que je ne devais pas avoir tellement plus de six ans dans les années 1950 lorsque, avec la bénédiction de mes parents, j’ai diverti les vacanciers du Muskoka Lodge avec mon imitation de Marylin Monroe chantant « ‘s Wonderful », un soutien-gorge bourré de papier de toilette et les lèvres brillantes.

Aujourd’hui, nous observons avec horreur les petites filles porter leur propre string, et chanter en se déhanchant tout en regardant des vidéos de musique en ligne.

Les enfants sont des êtres sexuels dès leur naissance. Les parents agissent presque immédiatement sur leur sexualité en leur imposant un rôle sexuel. Nous nous attendons des enfants d’âge préscolaire qu’ils explorent les rôles sexuels en se déguisant; mais les filles font plus que se déguiser. Leur développement sexuel est récupéré par les grands magasins qui leur offrent des vêtements séduisants et des jouets suggestifs, et par les médias qui les invitent à imiter les mouvements de danse de type pornographique de leurs vedettes préférées. Ce phénomène n’est pas passé inaperçu. La sexualisation précoce des jeunes filles, ou leur « hypersexualisation », est un sujet brûlant, tant dans les médias populaires que dans les travaux de recherche universitaire récents.

Mais, certaines versions de cette situation n’ont-elles pas toujours existé, tapies sous la surface de l’admiration pour les vedettes du cinéma classique d’Hollywood ? D’aucuns pourraient soutenir que la différence entre vouloir ressembler à Marilyn Monroe ou à Christina Aguilera et agir comme elles tient à la quantité de peau montrée et aux gestes sexuels représentés (bien qu’il n’y avait pas de clics de souris dans les années 1950 et 1960 ni d’appareils mobiles pour faciliter la diffusion omniprésente d’images à caractère sexuel explicite).

L’incarnation actuelle est peut-être particulièrement troublante pour les femmes qui ont récolté les fruits du féminisme et espéraient une vision plus positive de la sexualité pour leurs propres filles.

Est-ce que cette génération de filles pourra grandir et avoir du plaisir à porter des vêtements séduisants et même aguichants sans faire l’objet de récriminations et avoir peur de la violence? Ou est-ce que les messages de sexualisation précoce les amèneront à trop scruter leur corps et à suivre des régimes excessifs ? Est-ce que les parents inquiets auront tendance à devenir encore plus sévères à l’égard de la façon dont leurs filles expriment leur sexualité ? Et, en fin de compte, est-ce que cette sexualisation précoce attirera sur les filles projetant une image sexy précoce une attention agressive et indésirable, et donnera même aux pédophiles la permission de voir les petites filles comme des jouets sexuels accessibles ?

C’est comme si la société contemporaine préparait les filles pour quelque chose de particulier, ou peut-être est-ce tout simplement une question d’argent.

La chosification sexuelle

Le fait que le sexe fait vendre est un cliché. La publicité, qui joue un grand rôle dans les médias grand public, présente des images de la femme qui auraient passé pour de la pornographie légère il y a quelques décennies. Qui en tire du pouvoir, des profits et de l’influence — et aux dépens de qui?

Karen B.K. Chan, éducatrice en santé sexuelle, formatrice et propriétaire de l’entreprise Fluid Exchange, affirme que la chosification sexuelle fait partie de la « marchandisation du sexe ». L’évolution des rôles sexuels a renforcé le pouvoir des femmes, mais, dit-elle, certains croient que la sexualisation des femmes par les femmes est synonyme d’acquisition de pouvoir. Elles obtiendraient du pouvoir en devenant « des objets sexuels de plus en plus désirables (principalement pour les hommes) » sans remettre en question ce soi-disant pouvoir. « On continue  d’apprécier et de donner du pouvoir aux hommes tandis que les femmes continuent d’être appréciées pour la grande utilité qu’elles procurent aux hommes. »

Le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF) a consacré beaucoup de ses travaux au sujet de la sexualisation des filles au Canada — et a soulevé la question de la chosification sexuelle dans son analyse de l’industrie de la mode et de ses effets sur l’image corporelle. La pression pour être mince et porter des vêtements de taille zéro entraîne de l’insatisfaction par rapport au corps. Il est vrai que le Canada fait face à un important problème d’obésité, mais cela n’explique pas que 37 pour cent des filles en neuvième année et 40 pour cent des filles en dixième année se perçoivent comme trop grosses selon une étude de 2008, citée par le Centre national d’information sur les troubles dus à la nutrition. Même la population étudiante de poids normal (basé sur l’IMC) est touchée avec 19 pour cent des étudiants se considérant comme trop gros et 12 pour cent affirmant essayer de perdre du poids.

Selon le blogue du RQASF, la pornographie fait partie du problème. Cette industrie impose sa culture dans la publicité et les médias ainsi que dans le secteur de la fabrication pour les adolescents et les préadolescents. Le RQASF soutient que l’objectif de ces images sexuelles est de les normaliser.