Des filles trop sexy, trop tôt?

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Publication Date: 
mec, 2013-03-06

La American Psychological Association (APA) examine également la chosification des femmes dans le rapport qu’a publié son groupe d’étude sur la sexualisation des filles et conclut que ce sont « les modèles de féminité qui sont présentés aux jeunes filles dans le but que celles-ci les étudient et les imitent ». On encourage les filles à adhérer à leur chosification et à la perte de pouvoir qui en découle, le mot d’ordre ici étant l’adhésion. Ce processus peut décourager les filles et les jeunes femmes de contester leur manque de pouvoir. Selon une étude publiée dans Psychological Science, « les femmes que l’on a préparées à s’autoévaluer en fonction de leur apparence et de leur attrait sexuel avaient moins de motivation à contester les inégalités et les injustices fondées sur le sexe.

Déjà, dans les années 1960, les féministes avaient soulevé les questions de chosification sexuelle et de pouvoir. L’analyse contemporaine de Caroline Heldman rappelle le premier documentaire tourné en 1979 par Jean Kilbourne de sa série intitulée Killing Us Softly. Nous ne semblons pas du tout avoir « fait du chemin, la belle » (come a long way, baby), comme l’affirme le slogan d’une marque de cigarettes américaines. Seulement, à présent, ce sont les toutes jeunes filles que la publicité cible. Les industries de la mode et des jouets se cherchent de nouveaux marchés, tout comme les industries du tabac et de l’alcool ciblent les adolescents. Les magazines traditionnellement vendus aux femmes adultes se tournent à présent vers les adolescentes et les préadolescentes. Le rapport de l’APA mentionne les poupées Bratz qui portent des minijupes, des bas résille et des boas de plumes, et les magasins qui vendent des strings de taille sept à dix ans, poussant ainsi les filles dans le monde des adultes.

Karen Chan prétend que les enfants grandissent vite en ce qui a trait à leur utilisation du langage, et l’adoption de comportements et de divertissements adultes. Ils sont « désensibilisés au sexe, à la violence sexuelle et à la chosification, et, ajoute-t-elle, les enfants et les adultes ont de moins en moins des mondes distincts ».

Ces mondes distincts sont « souvent imposés aux enfants plutôt que choisis par eux », précise le rapport de l’APA. « L’exploration sexuelle initiée par l’enfant, par contre, ne constitue pas de la sexualisation selon notre définition, ni l’exposition à de l’information sur la sexualité qui est appropriée à l’âge de l’enfant. »

L’auteure Peggy Orenstein donne un aperçu lucide de la situation dans le documentaire Sext Up Kids : « Les filles doivent réaliser que la sexualité est quelque chose qui vient de l’intérieur et qui les met en contact avec elles-mêmes, avec leur désir et leurs  besoins, et qu’elle devient une source de pouvoir au fur et à mesure qu’elles grandissent; tandis que la sexualisation est la représentation de tout ça; et c’est une représentation de la sexualité et une représentation du droit à la sexualité qui en fait coupent les filles de cette perception de soi extérieure plus solide. »

Et c’est là la question. Élever des enfants sexuellement sains implique aussi de les aider à trouver l’expression sexuelle personnelle avec laquelle ils sont à l’aise. La sexualisation précoce imposée les chosifie et les coupe d’eux-mêmes, et interrompt ce processus.

Le mal est-il réel?

Les images ouvertement sexuelles présentées dans les documentaires sur ce sujet continuent de produire ce que Tatiana Fraser, cofondatrice de la Fondation filles d’action et associée de recherche à cet organisme, appelle une « panique morale », un réflexe rotulien qui embrouille la discussion. Parmi ces documentaires, notons It’s a Teen’s World, Sexy Baby, et Sexy Inc. Mme Fraser se demande si nous ne sommes pas en train de faire de « l’humiliation des salopes » envers les petites filles, en leur reprochant d’avoir une sexualité légitime.

Le Commissioner for Children and Young People de l’Australie-Occidentale suggère que la sexualisation est devenue le « bruit de fond » ou « le papier peint » de la vie des enfants et que cela pourrait leur faire du mal. (Voir son document de discussion sur la sexualisation qui présente un résumé de plusieurs études réalisées en Australie et au Royaume-Uni). Il faut toutefois noter que bien que certaines études soutiennent que la sexualisation des enfants peut entraver le développement mental et sexuel sain des enfants, elles soulignent « qu’à ce jour, on possède peu de données probantes importantes ou empiriques à l’appui de ces déclarations ».