Des filles trop sexy, trop tôt?

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Publication Date: 
mec, 2013-03-06
  • Abercrombie and Fitch au R.-U. s’est pliée à la pression parentale, et a retiré ses hauts de maillot de bain rembourrés pour les filles prépubères.
  • En réponse à une campagne de consommateurs ayant pour instigatrice une fille de huitième année, le magazine Seventeen a créé un « traité de paix corporel » par lequel il s’engage à n’utiliser que de « vraies filles » et « des mannequins en bonne santé ».
  • Le documentaire Miss Representation « conteste la représentation limitée et souvent désobligeante des femmes et des filles dans les médias, qui rend difficile pour la femme moyenne de sentir elle-même qu’elle a du pouvoir ».
  • YMCA a créé une page Facebook intitulée « Taking Sexy Back » qui sert de forum contre la sexualisation.

Pourtant, nous n’avons toujours pas de vision claire de ce qui pourrait être « sexy » et acceptable. Se faisant l’écho des commentaires de Tatiana Fraser, de la Fondation filles d’action, une blogueuse dans YouTube qui a regardé le documentaire Sext Up Kids de la CBC accuse la société d’humilier les salopes et de ne pas accepter la sexualité des adolescents.

À quel âge les parents doivent-ils accepter que leurs filles soient en train de devenir des femmes actives sexuellement ? Une partie du dilemme tient au fait que certaines adolescentes considèrent comme stimulant de prendre en charge leur sexualité en textant des photos d’elles nues, en portant des vêtements provocants ou en faisant un numéro aguichant pour imiter leurs idoles célèbres. Elles naviguent ainsi en eaux troubles, souvent avec peu de balises et en courant même le risque de représailles juridiques. Les États-Unis ont connu plus de poursuites judiciaires contre de jeunes gens qui avaient publié des photos d’adolescents presque nus, mais le Canada n’est pas en reste. L’article 163.1 du Code criminel qui porte sur la pornographie juvénile précise que l’acte de sextage est illégal lorsqu’il implique des personnes âgées de moins de dix-huit ans.

Le blogue de L’Association canadienne de counseling et de psychothérapie sur le documentaire Sext Up Kids laisse entendre que la pression exercée sur les filles pour qu’elles deviennent des interprètes sexy pourrait avoir des conséquences « dévastatrices ».

Et pourtant, dans de nombreuses cultures, on fait l’éloge du talent des petites filles qui se produisent en imitant les mouvements de danse des adultes. Il y a quelques années, j’ai eu une conversation avec un ami trinidadien sur la reine de l’école de samba de Viradouro au Brésil, qui a remporté le titre à l’âge de sept ans. Les agences de protection de l’enfance étaient critiques à l’égard du père qui avait permis à sa fille de participer au concours.

Je lui ai dit que j’avais vu des petites filles à des carnavals locaux rouler des hanches lascivement, de la position debout à accroupie, et m’étais toujours demandée si les regards sur elles étaient plus lubriques qu’admiratifs de leur habileté. Dans le contexte du Carnaval de Rio, m’a-t-il dit, elle est une enfant prodige et a ajouté qu’en Amérique du Nord, nous sommes obsédés par le sexe et que nous n’avons pas vraiment dépassé notre vision puritaine.

Tatiana Fraser soulève une autre question provocante : cette panique morale à l’égard de la sexualisation excessive a-t-elle plus à voir avec la protection des filles blanches de classe moyenne, surtout lorsqu’on condamne la musique rap?  Elle suggère que nous réfléchissions et trouvions une façon de parler de ces questions aux filles de divers groupes raciaux ou milieux socioéconomiques. Nous devons tenir compte des différences culturelles dans la réflexion sur la sexualisation des jeunes filles.

Comme femmes adultes, certaines d’entre nous ont de la difficulté à trouver un équilibre entre être « attirante » et « sexy »; et cette difficulté implique en partie de briser le mythe voulant qu’il y ait un lien entre l’habillement d’une femme et son agression sexuelle. À Toronto, après qu’un policier a fait remarquer que « les femmes devraient éviter de s’habiller comme des putes » pour ne pas être victimisées, un mouvement a vu le jour, celui de la marche des putes. Si nous n’acceptons pas de nous faire humilier et traiter de salopes, nous devons éviter de faire la même chose à nos filles.

À un atelier que j’animais avec les parents, une mère a parlé de sa réaction à la question de sa fille qui lui demandait pourquoi elle ne pouvait pas aller à l’école habillée comme sa chanteuse préférée : « Parce qu’elle est une artiste. C’est le genre de vêtements qu’elle est censée porter. »

Il est difficile de défier toute une industrie pendant que votre fille fait une scène dans le rayon des vêtements, mais peut-être qu’une conversation plus franche avec les jeunes filles sur la sexualisation de la culture de consommation aidera à réduire la demande de vêtements et de jouets suggestifs.