Les femmes plus âgées et la sexualité ... parle-t-on encore seulement de lubrification?

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Publication Date: 
mar, 2012-07-17

Par Lyba Spring

Lee attribuait la cause de ses nombreuses infections à levures au fait qu’elle n’avait pas eu de relation sexuelle depuis longtemps. Aucun médicament en vente libre ne semblait en venir à bout. Ironie du sort, elle n’utilisait aucun lubrifiant, ce qui lui avait valu des infections à levures lorsqu’elle était plus jeune. Non, avec cet homme-là, la lubrification n’était pas du tout un problème. Ainsi, lorsque son médecin lui a demandé si elle avait déjà passé un test de dépistage du VIH, elle lui a ri au visage. Il s’est avéré que l’homme avec qui elle sortait de temps en temps consommait de la cocaïne les fins de semaine. Et oui, même s’il était dans la cinquantaine, il partageait des aiguilles.

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Lee avait des idées préconçues sur son partenaire. Des idées préconçues identiques ou analogues à celles que se font les jeunes au sujet de leur partenaire ou à celles qu’entretient la société concernant la vie sexuelle des femmes plus âgées. La différence, c’est que les jeunes ont davantage accès à de l’information sur leur sexualité.

Pendant mes 30 ans de carrière en tant qu’éducatrice en santé sexuelle dans une unité de santé publique, les femmes plus âgées n’étaient pas considérées comme étant un « groupe cible ». Toutefois, de récentes statistiques indiquant une augmentation des infections transmissibles sexuellement (ITS) chez les aînés devraient amener les unités de santé publique à porter attention à ce problème. Les éducateurs passent beaucoup de temps avec les adolescents et les jeunes adultes à leur parler de la nécessité de la communication en vue de favoriser une saine sexualité et de prévenir les risques. Les personnes plus âgées n’ont jamais appris ou mis en pratique ces habiletés, ce qui rend les femmes plus âgées vulnérables. Mais au-delà du danger immédiat et tangible que représentent les ITS, il m’apparaît évident en regardant la situation générale de la sexualité des femmes plus âgées qu’il y a d’autres questions à résoudre.

À l’instar des femmes plus jeunes qui savent que le plaisir sexuel féminin occupe l’avant-scène (du moins dans les magazines), les femmes plus âgées et leurs partenaires masculins peuvent écouter les messages véhiculés par l’industrie pharmaceutique leur offrant des solutions pour leur système sexuel vieillissant. Et à mesure que les femmes plus âgées s’affaiblissent, elles peuvent perdre le contrôle de leur personnalité sexuelle vers la fin de leur vie (voir l’encadré). 

Une recherche dans Google avec les mots « femmes plus vieilles et sexe » produit 5 379 000 résultats en 0,19 seconde, dont la plupart sont des sites pornographiques. Eh bien, il semble que les femmes plus âgées sont encore de la partie. Mais les quelques articles qui proposent des conseils aux femmes âgées se limitent plutôt à aborder des sujets comme « la communication avec votre partenaire » et « l’utilisation de lubrifiants ».  

Toutefois, nous ne pouvons pas tenir pour acquis que les femmes plus âgées ont des partenaires sexuels réguliers. Une recherche dans Google avec les mots « sites de rencontres pour les personnes âgées Canada » donne 412 000 résultats en 0,20 seconde.

Les travaux de recherche effectués entre 1999 et aujourd’hui confirment ce que nous savons déjà : l’activité sexuelle persiste pendant une bonne partie du troisième âge. La libido chez les femmes se maintient jusqu’à un stade avancé du processus de vieillissement. Dans un article publié en 2011, le Journal of American Geriatrics indiquait que le vieillissement jugé harmonieux, la qualité de vie et la satisfaction sexuelle semblaient stables par rapport à la détérioration de la santé physique, de certaines capacités cognitives et de l’activité et de la fonction sexuelles entre l’âge de 60 et 89 ans.

Mais, les messages sur la communication avec son partenaire et l’utilisation de lubrifiants ne sont d’aucun secours pour les incapacités liées au vieillissement, comme l’arthrite, ou pour les problèmes d’image corporelle, comme la mastectomie. La femme ménopausée stéréotypée dont les parois vaginales se sont amincies et possiblement atrophiées, qui connaît une diminution de la lubrification et atteint l’orgasme moins souvent, a grand besoin, du moins selon les sociétés pharmaceutiques, d’une intervention médicale. Dans un article paru en 2008 dans Geriatrics Aging, les auteurs, après avoir expliqué l’excitation et la réponse sexuelles chez la femme, sont passés directement à la solution hormonale pour réveiller une faible libido. Après avoir consacré quelques pages au traitement à la testostérone, ils ont présenté dans deux courts paragraphes une autre vision : à savoir qu’il pourrait y avoir des problèmes d’ordre psychosocial qui jouent un plus grand rôle dans la définition de la réponse sexuelle chez la femme et que les taux sériques d’androgènes ne correspondent pas nécessairement au niveau d’excitation ou d’intérêt sexuel.

La médicalisation de la dysfonction sexuelle féminine incite les sociétés pharmaceutiques à chercher la solution miracle équivalant aux petites pilules bleues pour les hommes. Toutefois, la campagne dirigée par de simples citoyens, New View Campaign exprime un autre point de vue sur la soi-disant « dysfonction sexuelle féminine », à savoir que les sociétés pharmaceutiques ont négligé un facteur crucial : les problèmes d’ordre psychosexuel.